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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 15:25

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MAISON DE LUXEMBOURG /  HAUS  VON   LUXEMBURG

 

.CHARLES IV  / KARL IV (1316-1378),                                                         empereur / kaiser de 1347 à 1378

 

 

Charles , petit-fils de l’empereur Henri VII ,  fils de Jean l’Aveugle, roi de Bohême et de Pologne, comte de Luxembourg et d'Elisabeth Přemyslovna, héritière par son père Venceslas II de la couronne de Bohême né à Prague en 1316 et baptisé sous le nom du prince tchèque Venceslas, saint patron du royaume de Bohème ; il épouse le 4 avril 1323, à 7 ans seulement, par dérogation papale, Blanche de Valois et vit jusqu’à ses 15 ans à la cour du roi de France Charles IV ou il  reste jusqu’à ses 15 ans. Il y remplace son prénom par celui de Charles. En 1330 donc il quitte la France pour rejoindre avec son épouse son comté de Luxembourg puis part en Italie. Au côté de son père Jean, il participe à sa première bataille en 1331. En 1333, il devient Margrave (marquis) de Moravie, titre de l’héritier du royaume de Bohême.

L’année 1335 voit l’élection d’un nouveau pape français Benoit XII qui réside à Avignon. Il règne jusqu’en 1342, date de l’élection comme successeur et troisième pape d’Avignon de Clément VI.

Charles est proclamé roi de Bohême à la Diète de Prague de 1347 et est couronné le 2 septembre 1347.

 

Clément VI qui a été son précepteur à la Cour de France  décide,  après plusieurs excommunications de l’empereur Louis de Bavière, de manœuvrer pour le faire remplacer par Charles. Au cours de l’année 1348, Charles de Luxembourg, roi de Bohême, va de ville en ville se faire reconnaitre empereur car Louis, Margrave de Brandebourg lui dispute sa couronne.

L’ancien archevêque de Mayence l’excommunie; le comte palatin Rupert, le duc de Saxe  cassent l’élection de Charles et nomment Édouard III, roi d’Angleterre, qui refuse. Ils s’adressent alors au marquis de Misnie, gendre du feu empereur qui refuse lui-aussi. Ils offrent début 1349 la couronne à Gunther de Schvartzbourg, noble thuringien qui accepte mais meurt quelques mois après.  Louis de Bavière, margrave de Brandebourg, finit par céder ses droits.                                                  

Charles est élu finalement, sans opposition, le 17 juin 1349, roi de Germanie, et couronné le 25 juillet de la même année.                                                           

Innovent IV  succède en 1352  à Clément VI. Il est le cinquième pape qui réside à Avignon ; comme son prédécesseur, c’est un pape français.

Charles IV  de Luxembourg est couronné roi des Romains le 6 janvier 1355, il se rend à Rome. Le pape envoie d’Avignon le détail de tout ce qu’on doit observer au couronnement de l’empereur. Il marque que le préfet de Rome doit porter le glaive devant lui, et que ce n’est qu’un honneur, et non pas une marque de juridiction. Le pape doit être sur son trône, entouré de ses cardinaux, et l’empereur doit commencer par lui baiser les pieds, puis il lui présente de l’or, et le baise au visage, etc. Pendant la messe l’empereur fait quelques fonctions dans le rang des diacres; on lui met la couronne impériale après la fin de la première épître. Après la messe, l’empereur, sans couronne et sans manteau, tient la bride du cheval du pape. Ce cérémonial n’a plus été pratiqué depuis que les papes demeurent dans Avignon. L’empereur reconnait d’abord par écrit l’authenticité de ces usages et se fait couronner à Rome comme empereur  le 5 avril 1355, jour de Pâques sous le nom de Charles IV sans pour autant, en l’absence du pape avoir à les respecter.

Quelques mois plus tard, il convoque la Diète d’Empire qui s’ouvre à Nuremberg le 25 novembre 1355 pour mettre de l’ordre dans les institutions et corriger les plus graves de leurs défauts ; de ce programme, une partie seulement est réalisée. Les travaux reprennent à Metz le 25 décembre 1355 et aboutissent à la promulgation de la Bulle impériale du 10 janvier 1356.

 

Cette  Bulle  est le texte considéré comme le véritable fondement de la constitution. Pour la première fois, les principes d'élection du roi sont fermement codifiés, évitant par la suite les doubles élections. Le groupe des princes électeurs est également défini. Ces derniers sont déclarés indivisibles pour éviter que leur nombre n'augmente. De plus, la Bulle d'Or exclut tout droit papal sur l'élection du roi et réduit le droit de mener des guerres privées.

Le pape Innovent IV meurt en 1362. Est élu pour lui succéder Urbain V, nouveau pape d’origine française et sixième à régner depuis Avignon.

Le 4 juin 1365, comme l’avait fait avant lui Frédéric Ier Barberousse, Charles IV se rend à Arles accompagné depuis Morat (en Suisse, à l’entrée alors des Etats de Vaud savoyards) par son vassal  le comte de Savoie dit le comte Vert Amédée VI ou il se fait couronner roi de Bourgogne-Provence.                                                      

Sur sa route, Charles IV voit le pape Urbain V à Avignon qui lui parle de croisade  pour contenir les Turcs, qui ont pris Andrinople.                                                           

L’année 1366, les grandes compagniesreviennent encore sur le Rhin, et de là vont tout dévaster jusqu’à Avignon. Urbain V doit se réfugier à Rome, soixante et douze ans après que les papes l’aient quittée pour Avignon. Il y décède en 1370.  Lui succède Grégoire XI  septième et dernier pape d’origine française en résidence à Avignon. Ce pape Grégoire XI meurt le 27 mars 1378. 

                                                                                                                          

 Les cardinaux italiens peuvent enfin choisir librement un pape italien qui prend le nom d’Urbain VI. Urbain, dans son premier consistoire, déclare qu’il fera juger le roi de France Charles V, et Édouard III, roi d’Angleterre, qui troublent l’Europe. La plupart des cardinaux, choqués de l’humeur violente et intolérable du pape, se retirent à Naples, déclarent l’élection d’Urbain forcée et nulle et choisissent Robert, fils d’Amédée III, comte le Genève, qui prend le nom de Clément, et va établir son siège antiromain dans Avignon. L’Europe se partage. L’empereur, la Flandre, son alliée, la Hongrie appartenant à l’empereur, reconnaissent Urbain.  La France, l’Écosse, la reine Jeanne de Naples, la Savoie, sont pour Clément. Charles IV meurt peu après en laissant la Bohême à Venceslas avec l'empire, le Brandebourg à Sigismond, son second fils, la Lusace et deux duchés de Silésie à son troisième.

 

 

 

 

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.VENCESLAS (1361-1419),                 

empereur/kaiser   de 1378 à 1400

 

Fils de Charles IV, roi de Bohême sous le nom de Venceslas IV, électeur de Brandebourg de1373 à 1378, comte de Luxembourg de 1383 à 1390.

 

Contemporain du roi de France Charles VI et du duc de Bourgogne  Jean sans Peur, il succède à son père à la tête de l’empire en 1378 mais n’est jamais formellement couronné empereur par le pape.

 

Le pape Urbain VI  se rend tellement odieux auprès des cardinaux français que, six mois plus tard, ceux-ci, appuyés par le Sacré Collège élisent pour le remplacer le pape «  avignonnais  » Clément VII. C’est le début du Grand Schisme d’Occident, qui verra deux (et même parfois trois) papes sur le trône de Saint Pierre.

Venceslas commence par dissiper les trésors de son père dans des débauches à Francfort et à Aix-la-Chapelle, sans se soucier de son royaume de Bohême de sorte que tous les seigneurs bohémiens se révoltent contre lui au bout d’un an.

En outre  la maison de Bavière se réunit pour lui déclarer la guerre et il n’a pas d’autre choix que de rendre au comte palatin de Bavière les villes du Haut Palatinat, dont Charles IV s’était saisi ; Il cède d’autres villes au duc de Bavière, comme Muhlberg et Bernaw. Toutes les villes du Rhin, de Souabe et de Franconie, se liguent entre elles. .

Enfin les cantons suisses se renforcent avec l’entrée de Berne dans la Confédération et battent  Léopold, le duc d’Autriche, prémices de leur indépendance de fait de l’empire.

En 1389, son demi-frère Sigismond est le gendre de la régente Marie de Hongrie. Les états de Hongrie, mécontents de la régente offrent la couronne à Charles Durrazo qui est couronné.  La régente et sa fille le font assassiner.   Le ban de Croatie se constitue alors juge des deux reines, fait noyer la mère, et enfermer la fille. Sigismond lève des troupes dans son électorat de Brandebourg, et dans les États de son frère et défait les Hongrois.                                                            

 

Soutenu par la France, le pape Clément VII s'installe en Avignon, d'où  il entreprend de lutter contre Urbain VI. Ce dernier perd peu à peu ses alliés, devenant un tyran paranoïaque. Il fait torturer et disparaître ses propres cardinaux qui songeaient à le remplacer. Il meurt le 15 octobre 1389.

Boniface IX, noble napolitain, est élu pape le 2 novembre 1389, consacré le 9 novembre à Rome, accepté par l’Empire, l'Angleterre, la Hongrie, la Pologne et la plus grande partie de l'Italie tandis que l’ antipape Clément VII continue  à tenir une cour papale à Avignon sous la protection du roi de France.

A Prague ou il se trouve enfermé, Venceslas ne commet que des actions de barbarie et de démence. Venceslas, dans un de ses accès de fureur,  jette dans la Moldau et noie le moine Jean Népomucène, qui  ne veut pas  lui révéler la confession de l’impératrice sa femme. Les magistrats de Prague l’obligent à s’enfuir de la ville. Sigismond, son frère, roi de Hongrie, saisit l’occasion pour se faire reconnaître régent de Bohême et fait enfermer son frère dans le château de Prague puis le renvoie à Vienne chez le duc Albert, et retourne en Hongrie s’opposer aux Turcs, qui commencent à étendre leurs conquêtes de ce côté.  Mais Venceslas s’échappe encore de sa nouvelle prison et retourne à Prague ou il trouve des partisans.

Clément VII meurt à Avignon le 16 septembre 1394, mais les cardinaux français élisent rapidement un successeur : le cardinal Pedro de Luna, qui prend le nom d'antipape Benoît XIII. La Diète de Francfort de 1397 essaye d’obtenir la démission de Boniface IX. Venceslas et Charles VI, roi de France, qui ont  une maladie à peu près semblable s’entendent pour  régler la question papale. En 1398  Venceslas propose à Charles VI de le rencontrer  à Reims  pour  mettre fin au scandale du schisme.  L’Université de Paris ayant proposé la première que les deux papes se démissent et qu’on élise un nouveau pape, Charles VI s’engage à obtenir la démission de Benoit XII et Venceslas  celle de Boniface IX mais aucun  des deux papes ne veut abdiquer. Le roi de France tenant parole, Benoît XII  se voit retenir prisonnier cinq ans entiers dans son propre château d’AvignonEn 1398 et 1399, Boniface IX appelle l'Europe chrétienne à soutenir l'empereur byzantin Manuel II Paléologue, menacé à Constantinople par le sultan Bayezid Ier mais l'enthousiasme pour une nouvelle croisade est  très limité.

Lors de la Diète de Lanstein près de Mayence, les Princes-électeurs  déposent Venceslas  le 20 aout 1400 en faveur de  Rupert Ier dont Venceslas refuse de reconnaitre  la  légitimité.                                       

                                                                                                                                                                               

MAISON DE PALATINAT/  HAUS  VON PFALZ  (WITTELSBACH)

 

.ROBERT Ier DE PALATINAT / RUPERT  VON PFALZ  (1352-1410),  empereur / kaiser  de 1400 à 1410, comte palatin du Rhin/ Graf von Pfalzrhein de 1398 à 1410

 

 

 


 

 

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 15:21

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MAISON  DE BAVIERE /  HAUS  VON  BAYERN

 

.LOUIS IV / LUDWIG IV (1282-1347),                                                            empereur / kaiser de 1314 à 1347

 

Fils du duc Louis II de Bavière et de Mathilde de Habsbourg. Il épouse Marguerite II de Hainaut qui lui apporte pour dot le Hainaut et la Hollande avec la Zélande et la Frise qui ne sont pas considérés comme des fiefs masculins.

 

A la mort de l’empereur Henri VII en 1313, le fils de Philippe le Bel, comte de Poitiers  (futur roi Philippe V) est candidat avec Louis de Bavière et Frédéric le Beau de Habsbourg. Les princes électeurs sont divisés en deux factions, celle des Wittelsbach avec pour candidat  Louis de Bavière et celle des Habsbourg avec Frédéric le Beau ;  le pape toujours à Avignon Jean XXII croit pouvoir affirmer son autorité, refuse de faire connaitre sa préférence, déclare l’empire vacant, et nomme le 14 mars 1314 le roi de Naples Robert le Sage, son vassal, comme vicaire pour le Royaume d’Italie (du Nord). Il s’octroie des pouvoirs à l’égard de l’empire qu’il n’a pas. Louis est couronné roi de Germanie le 20 octobre 1314 puis est couronné de la couronne impériale par l’évêque de Mayence à Aix la Chapelle le 25 novembre 1314 alors que Frédéric a été sacré de son côté par l’évêque de Cologne.

 

Alors que son père Philippe III le Hardi, n'avait pu accéder au trône impérial en 1273  après lui, Philippe le Bel n’aura pas réussi à faire élire empereur ni son frère Charles de Valois en 1308, ni son fils le comte Philippe de Poitiers en 1314.

Philippe le Bel meurt le 29 novembre 1314. Son fils ainé Louis lui succède sous le nom de Louis X. Il n’a pas d’enfant. Il meurt en 1316 et son frère Philippe lui succède puis meurt en 1322 également sans enfant. Son frère cadet Charles lui succède sous le nom de Charles IV le Bel. Avant de mourir, confronté à l’absence de postérité de ses deux fils ainés  a décidé d’innover dans le droit des apanages (un apanage est un bien que le roi démembre de son domaine pour le donner à l'un de ses fils cadets, en avance sur l'héritage). Par lettres patentes scellées le jour de sa mort, il révise le statut de l'apanage de Poitou. Faute d'héritier mâle, le Poitou reviendrait à la couronne de France.

Cette clause de « masculinité »  fait là son apparition tout comme l’invocation  peu de temps plus tard de la « la loi salique ».

 

Exhumée par les Valois, la « loi salique » leur permettra d’abord d’écarter en 1328 à leur profit de la succession du royaume de France, Isabelle de France, fille de Philippe IV  Bel,  épouse du roi d’Angleterre Edouard II Plantagenêt et son fils Edouard III, cause de la guerre de « Cent ans » de 1357 à 1453.

 

Opposé à Marie de Bourgogne, fille du duc de Bourgogne Charles le Téméraire et à ses descendants nés de son mariage avec  Maximilien de Habsbourg  en 1477, le principe de la masculinité de certains fiefs royaux donnés en apanage, permettra  de leur refuser l’héritage du Duché de Bourgogne. Une des Causes des guerres entre les rois de France et empereur notamment entre François Ier et Charles Quint.

 

En 1316, est élu le pape Jean XXII pour succéder à Clément V. Il est le deuxième pape à résider à Avignon.

 

En Italie, le conflit tourne à l’épreuve de force avec les Gibelins : le duc de Milan Matteo Visconti, excommunié par le pape, envoie son fils Marco, assiéger Gènes, cité Guelfe. Robert le Sage débloque cette ville le 21 juillet 1318.

 

Louis IV l’emporte sur son rival Frédéric le Beau le 28 septembre 1322 à la bataille de Muhldorf  au cours de laquelle ce dernier est fait prisonnier avec son frère Henri et le duc de Lorraine Ferri.  Léopold d’Autriche, frère des deux prisonniers, continue en vain la guerre. 

 

Puis Louis IV descend  son armée en Italie ou il délivre Milan assiégée, occupe Pavie. Le pape Jean XXII déclare que Louis usurpe ses droits et menace de l’excommunier. Jean XXII veut faire comprendre au monde chrétien que le déplacement de la papauté à Avignon ne diminue aucunement son autorité.        Il nomme lieutenant-général de l’Eglise contre les Gibelins en Italie Philippe de Valois neveu de Philippe le Bel qui s’y rend en 1320-1321 mais les Visconti parviennent à lui faire repasser les Alpes. Jean XXII déclare les Visconti hérétiques; et comme l’empereur favorise les Visconti, il déclare l’empereur fauteur d’hérétiques: et, par une bulle du 9 octobre, il ordonne à Louis de Bavière de se désister dans trois mois de l’administration de l’empire, « pour avoir pris le titre de roi des Romains sans attendre que le pape ait examiné son élection » ; le 23 mars 1324, il l’excommunie.

                                                     

Louis ne fléchit pas et convoque un concile pour juger le pape accusé d’hérésie et d’usurpation de biens d’autrui ;  puis  par une nouvelle bulle du 15 juillet 1324, il déclare l’empereur contumax, et le prive de tout droit à l’empire, s’il ne comparaît devant lui avant le 1er octobre. Puis il tente de faire élire empereur à sa place Charles IV le Bel, troisième fils de Philippe le Bel, roi de France depuis 1322 et surtout époux de Marie de Luxembourg, fille de l’empereur Henri VII de Luxembourg. Entretemps ses légats convient pour octobre les princes électeurs à Bar ou Charles se rend .Mais seul  Léopold d’Autriche, frère du duc Frédéric emprisonné s’y rend également ; en revanche  l’archevêque de Trèves Beaudoin, frère de Jean de Bohême et de Marie de Luxembourg s’abstient de venir signe du refus des princes électeurs de prendre le risque d’élire son époux Charles.  Marie  meurt le 26 mars 1324 mettant fin aux ambitions impériales de son mari.

Louis décide alors de se rendre à Rome avec son armée. Le 31 mai  1327, il reçoit  à Milan la couronne du royaume d’Italie (couronne des Lombards) des mains de l’évêque de Venise assisté de celui d’Aléria, tous deux excommuniés par le pape  car l’archevêque de Milan a trouvé un prétexte pour ne pas être présent et il fait arrêter le duc de Milan Galéas Ier Visconti qui ne se montre pas assez docile.

 

Même ses supporteurs Gibelins se détournent de lui à tel point qu’il doit assiéger Pise pendant un mois pour pouvoir y entrer. Nouvelle bulle de Jean XXII, à Avignon, le 23 octobre:    « Nous réprouvons ledit Louis comme hérétique. Nous dépouillons ledit Louis de tous ses biens meubles et immeubles, du palatinat du Rhin, de tout droit à l’empire ».

 

Le roi de France Charles IV le Bel meurt le 25 décembre 1327 sans héritier mâle.

Rome  ouvre ses portes sans résister à Louis mais le clergé a quitté la ville sur l’ordre du légat du pape de sorte que c’est un laïc Sciarra Colonna, un membre puissant de la noblesse romaine, représentant le Sénat Romain qui le couronne empereur le 17 janvier 1328.

Le pape réagit en prononçant la déchéance de l’empereur mais ne parvient pas à  obtenir des princes électeurs l’élection d’un remplaçant. Louis IV réplique et prononce le 14 avril 1328 la déchéance du pape pour hérésie. Le 18 avril l’empereur tient une assemblée générale à l’issue de laquelle est lue la sentence par laquelle il dépose le pape  convaincu d’hérésie et de lèse-majesté, etc. » puis l’empereur prononce un arrêt de mort contre le pape, et même contre le roi de Naples, qui ont accepté du pape le vicariat de l’empire sur l’Italie. Puis il décrète le 23 avril que les papes ne pourront plus quitter Rome plus de deux jours sans l’accord du Sénat du peuple romain et nomme pape sous le nom de Nicolas V le franciscain Pietro Rainalducci qu’il fait acclamer par le peuple romain puis couronné à Saint Pierre le 22 mai 1328.

Sept jours plus tard est couronné roi de France Philippe de Valois sous le nom de Philippe VI, fils aîné de Charles de Valois, frère cadet du roi Philippe le Bel, et de Marguerite d'Anjou. Son accession sur le trône de France découle d'un choix politique, fait en deux temps, à la mort de Louis X le Hutin en 1316 puis à celle de Charles IV le Bel en 1328, afin d'éviter que la couronne ne passe dans les mains d'Édouard III d'Angleterre, pourtant petit-fils de Philippe le Bel, ainsi évincé au profit du neveu de ce dernier (la maison de Valois dont il est issu tire son nom de l'apanage donné à Charles, fils de Philippe III le Hardi et père de Philippe VI). Pour empêcher Edouard III, roi d’Angleterre, fils d’Isabelle de France, d’hériter du royaume de France, plusieurs siècles après Clovis, un article du code salique des francs saliens est exhumé, isolé de son contexte, employé par les juristes de la dynastie royale des Valois pour justifier l'interdiction faite aux femmes de succéder au trône de France appelé loi salique. L'éviction des femmes du pouvoir par cette loi s'appuie sur un certain nombre de faux en écriture, de mensonges et d'omissions de l'histoire.

 

Ainsi  en droit féodal français, on va distinguer les fiefs masculins des fiefs féminins ce qui n’est pas le cas dans l’empire. Si les femmes peuvent héritier des fiefs dits féminins, il ne leur serait pas possible d’hériter des fiefs masculins. Le fief féminin est opposé au fief masculin, qui ne peut être possédé que par un mâle comme le royaume de France, lequel « ne tombe point en quenouille ». Ainsi Le Duché de Bourgogne, terre du royaume donné en apanage est considéré comme un fief masculin tandis que le comté de Bourgogne, terre d’empire est considéré comme un fief féminin.

Mais la grande majorité de la chrétienté reste fidèle à Jean XXII et le roi de Naples arrive avec des troupes aux portes de Rome. L’empereur Louis IV doit finalement abandonner Rome le 4 aout 1328 et l’antipape Nicolas doit fuir et aller le rejoindre à Pise dérogeant ainsi à l’édit de Louis  du 23 avril. Le roi de Naples Robert fait rentrer alors  sous la domination, ou plutôt sous la protection papale, Rome et plusieurs villes d’Italie. Les Visconti abandonnent alors l’empereur et se rangent du parti de Jean XXII, qui est toujours réfugié dans Avignon.  Louis préfère regagner en 1329 rapidement sans armée la Germanie tandis que Nicolas V finit par tomber aux mains de Jean XXII et doit abjurer publiquement ses erreurs.

Mais Louis continue de refuser de faire dépendre son pouvoir de l’approbation du pape qui lui maintient ses exigences d’allégeance et demande à Jean de Luxembourg, roi de Bohême, de déposer l’empereur. 

                                                       

Jean de Luxembourg vient au secours de Brescia cité guelfe assiégée par les Gibelins partisans de Louis.  Il la libère et continue son combat contre les Gibelins, prend en 1331 Bergame, Verceil, Pavie, Novare., Parme, Regio et Modène puis Lucques paraissant réussir à créer un royaume guelfe d’Italie du Nord vassal du pape comme celui de Sicile (Italie du Sud) ; mais Louis IV suscite alors la révolte contre Jean de Luxembourg en Bohême en liguant contre lui Othon d’Autriche,  le marquis de Misnie, et Charobert, roi de Hongrie, et jusqu’à la Pologne. Jean de Bohême laisse son fils Charles vicaire en Italie puis revient en Allemagne ou il bat tous ses ennemis l’un après l’autre.

 

Jean de Luxembourg négocie une alliance à Fontainebleau avec le roi  Philippe VI qui prévoit que si Jean parvient à s’emparer du Royaume d’Italie (du Nord) et celle de Bourgogne-Provence, le roi de France lui reconnaitra la couronne des Lombards en échange de cette dernière.  

 

De son côté, Louis IV envisage un instant d’abdiquer en faveur de son cousin Henri de Bavière soutenu financièrement par le roi de France Philippe VI contre la mise en gage de royaume de Bourgogne-Provence mais il en est dissuadé par le roi de Naples, Robert d’Anjou dit le Sage, vassal du pape pour son royaume et qui ne veut pas se retrouver vassal du roi de France pour son comté de Provence.

 

En Italie, les Guelfes et les Gibelins,  se liguent alors contre  Charles de Bohême Son père  passe les Alpes pour le secourir et  arrive lorsque ce jeune prince vient de remporter une victoire le 25 novembre dans le Tyrol.  Ils rentrent ensemble Prague, et Jean donne à son fils la Marche de Moravie, en lui faisant prêter un hommage lige. 

 

Les cités guelfes ou gibelines du Royaume d’Italie sont très hostiles aux prétentions de Jean de Luxembourg, du pape et du roi de France et constituent la Ligue de Ferrare dont les troupes  battent celles de  Jean et du pape de sorte qu’à l’automne 1332, les cités de Brescia, Bergame, Modène et Pavie reviennent dans le camp gibelin ; Jean de Luxembourg doit rentrer en Bohême en 1333.

                                                        

Le pape Jean XXII meurt en 1334 à Avignon. Son successeur Benoit XII, nouveau pape français et troisième pape à résider à Avignon, reprend ses prétentions hégémoniques sur l’empire.

 

En 1337, Louis IV achète l’alliance du roi d’Angleterre Edouard III ce qui lui permet de raffermir ses positions en Flandre contre le roi de France allié du nouveau pape.

 

Puis le 17 mai 1338, la position du pape devenant impopulaire en Italie, il fait publier le manifeste Fidem Catholicam dans lequel il est proclamé que l’empereur occupe un rang aussi élevé que le pape comme élu des princes électeurs sans qu’il soit besoin d’une quelconque approbation du Saint Siège. En outre, il soutient qu’un vrai concile représentant l’Eglise Universelle qu’il estime avoir le droit comme le pape de convoquer est supérieur aux simples assemblées que ce dernier peut réunir. Les princes électeurs ne peuvent qu’approuver et le 16 juillet 1338, réunis à Rhense, ils adoptent le point de vue de Louis IV et déclarent que l’élection par eux de l’empereur suffit à rendre légitime l’autorité de l’empereur ce qui est acté à l’issue de la Diète de Francfort du 4 aout 1338.

 

Peu de temps après, son allié le roi Edouard III débarque en Flandre ; après l’avoir reçu lors de la Diète de Coblence du 5 septembre 1338, Louis IV le nomme vicaire pour la Basse-Germanie et les troupes impériales se joignent aux anglaises et investissent  le Cambrésis en 1339 ; puis Edouard écrase la flotte française à la bataille de l’Ecluse ; en revanche les Flamands sont écrasés à Saint Omer et l’armée anglo-impériale est tenue en échec devant Tournai ; en outre Edouard III s’avère incapable de payer ses alliés et l’alliance éclate.

                                                      

En raison de l’alliance existant entre les rois de France et les papes d’Avignon, c’est un homme de confiance du roi Philippe VI qui est élu pape à la mort de Benoit XII en 1342 sous le nom de Clément VI ; celui-ci somme Louis IV d’abdiquer et parvient à faire élire contre lui un anti-roi de Germanie en la personne Charles de Bohême. Louis IV s’apprête à reprendre les armes quand il meurt subitement le 11 octobre 1347.

 

                                                                                                            

MAISON DE LUXEMBOURG /  HAUS  VON   LUXEMBURG

 

.CHARLES IV  / KARL IV (1316-1378),                                                              empereur / kaiser de 1347 à 1378

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 15:13

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MAISON  DE LUXEMBOURG  / HAUS VON LUXEMBURG

 

.HENRI  VII / HENRICH  VII (1275-1313), comte de Luxembourg de 1288 à 1309,  empereur / kaiser de 1308 à 1313

 

Fils d'Henri VI de Luxembourg, comte de Luxembourg, et de Béatrice d'Avesnes, né vers 1275; il épouse  le 9 juin 1292 Marguerite de Brabant, fille de Jean Ier, duc de Brabant et de Marguerite de Flandre.

  

Avec son épouse, Ils ont pour enfants :

-Jean Ier l’Aveugle (1296-1346) comte de Luxembourg, élu en 1310 roi de Bohême

-Marie mariée en 1322 à Charles IV, roi de France

-Béatrice

Après l’assassinat d’Albert de Habsbourg le trône impérial demeure vacant sept mois. On compte parmi les prétendants à ce trône le frère du roi Philippe le Bel, Charles de Valois, [] comte de Valois et d'Alençon en 1285, comte de Chartres et du Perche en 1290 et la même année, comte d’Anjou et du Maine par cession de son beau-père Charles II d'Anjou également roi titulaire d'Aragon et empereur titulaire de Constantinople. Charles est un prince qui courre partout chercher des royaumes. Il a reçu la couronne d’Aragon des mains du pape Martin IV, et lui a prêté l’hommage et le serment de fidélité que les papes exigeaient des rois d’Aragon mais il n’a plus qu’un vain titre. Boniface VIII lui a promis de le faire roi des Romains.  Jusqu'alors, le Saint Empire Romain Germanique a tenu la première place dans la politique européenne et, bien qu'il soit désormais sur le déclin, Philippe le Bel s'empresse d'en revendiquer le trône. En ce début du XIV° siècle la charge d'Empereur a gardé tout son prestige. Cinq ans plus tôt, le pape Boniface VIII (en conflit avec le roi de France) a affirmé que nul souverain n'échappe à l'autorité de l'Empereur, lui-même vicaire du pape. Si "l'Empire universel" n'existe plus de facto, tant sont nombreux les royaumes dégagés de toute subordination à son égard, il conserve une existence de jure, ses lois s'appliquant partout en Occident. Philippe le Bel a songé à se porter candidat au trône impérial  mais il a craint de provoquer la coalition des monarchies occidentales et de la papauté contre un royaume de France par trop hégémonique. Discrètement, mais fermement, l'Aragon, l'Angleterre et le pape Clément V n'ont-ils pas fait connaître leur désapprobation ?

Prudent, le roi a jugé préférable d'encourager son frère puîné à se présenter à l'élection. Politiquement incompétent et financièrement dépendant,  Charles  lui semble être le candidat idéal. A la tête des domaines impériaux, qui ne génèrent plus guère de  revenus, sans administration ni armée, il restera à sa merci tout en ne paraissant pas trop menaçant aux électeurs. Fin mai, Philippe le Bel envoie trois ambassadeurs offrir cadeaux et argents aux princes  électeurs. Les archevêques de Cologne et de Mayence répondent poliment mais refusent d’engager leur vote.

  

Sollicité par Philippe le Bel, le pape Clément V qui lui est pourtant redevable, ne daigne pas d’accorder son soutien à Charles de Valois se contentant de déclarer que son candidat serait celui qui s’engagerait pour la croisade ; façon polie d’écarter un prince dont tout le monde connait le peu d’enthousiasme que lui inspire de devoir partir guerroyer en Terre Sainte.

Pendant ce temps, un autre candidat marque des points : le comte Henri de Luxembourg, soutenu par son frère l’archevêque de Trèves. Henri a une même conception de l'Etat que les empereurs laquelle comme Philippe le Bel dénie toute autorité au Pape et à l'Eglise sur leurs royaumes  alors qu’à l’inverse le pape  Boniface VIII (fervent partisan de « l’Imperium Mundi », doctrine qui voit le Pape comme « empereur du monde » et roi des rois  fulmine les excommunications et les interdits. Philippe le Bel institue les Etats du Royaume  et s'appuie sur les trois ordres, donc le clergé de France contre le pape.  Le 7 septembre 1303, ses troupes  participent à la prise d'assaut du palais d'été du pape à Anagni avec pour mission de signifier au Pape son inculpation pour hérésie, voire de l'enlever. Le pape est capturé et, dit-on, giflé sur le trône de Saint Pierre. Le vieux pape meurt quelques semaines plus tard  le 11 octobre 1303 sans avoir pu tenir sa promesse vis-à-vis de Charles de Valois. Le pape Benoit XI  lui succède. Par amour de la paix, il cherche à réconcilier la papauté avec Philippe le Bel et annule les bulles lancées par son prédécesseur ; l’amnistie est accordée aux frères Jacques Colonna et Pierre Colonna sans pour autant les réintégrer au Sacré Collège. Cependant il écarte de l'amnistie les fautifs directs de l'attentat d'Anagni : Sciarra Colonna et Nogaret. Après cinq mois de présence à Rome, il décide de s'établir à Pérouse où il meurt le 7 []juillet 1304. Lui succède le pape Clément V, un français  qui veut se faire sacrer à Vienne comme son lointain prédécesseur Gui de Bourgogne qui en fut l’archevêque de 1083 à 1110 et qui régna, jusqu’en 1124, sous le nom de Calixte II. Mais Philippe le Bel lui impose Lyon et le nouveau pape obtempère. La cérémonie de couronnement  a lieu en la basilique Saint-Just le 15 novembre 1305 devant le roi de France.

Le 27 novembre 1308, Henri de Luxembourg est élu à l'unanimité au trône impérial, sous le nom d'Henri VII, grâce au soutien de son frère Baudoin, archevêque-électeur de Trêves, et à la neutralité bienveillante du pape Clément V, qui est pourtant l'allié du Capétien.

  

Henri VII est le premier empereur qui est élu par six électeurs seulement, tous six grands officiers de la couronne: les archevêques de Mayence, Trèves et Cologne, chanceliers; le comte palatin de la maison de Bavière d’aujourd’hui, grand maître de la maison; le duc de Saxe de la maison d’Ascanie, grand écuyer, le marquis de Brandebourg de la même maison d’Ascanie, grand chambellan. 

Le roi de Bohême, grand échanson, n’y assiste en effet  pas, et personne même ne le représente. Cette élection et l'échec de la candidature de son frère Charles de Valois ne sont pas pour plaire à Philippe le Bel, qui tente cependant de masquer son amertume tout en œuvrant dans la coulisse pour retarder autant que possible le couronnement impérial. Le 6 janvier 1309, Henri VII  ceint la couronne d'argent d'Allemagne.

A Rome, l’anarchie règne, les barons romains se partagent la ville, le pape Clément V décide en 1309 de s’installer au bord du Rhône  en terre d’empire  ou le comte de Provence et le Dauphin du Viennois, lui sont favorables. Mais il n’a  pas pris en compte que la pression française sur ses fiefs de la rive gauche du Rhône devient de plus en plus prégnante. Au bas de Villeneuve-lès-Avignon le roi Philippe-le-Bel a fait construire un véritable donjon contrôlant le pont Saint-Bénézet qui relie Avignon (terre d’Empire) à Villeneuve-lès-Avignon (royaume de France).

Cette même année 1309, Henri VII commence par venger l’assassinat de l’empereur Albert.   Il met l’assassin Jean, prétendu duc de Souabe, au ban de l’empire. Frédéric et Léopold d’Autriche, ses cousins, descendants comme lui de Rodolphe de Habsbourg, exécutent la sentence, et reçoivent l’investiture de ses domaines. 

Henri VII veut par ailleurs faire revivre les anciens droits de l'empire sur l'Italie et reprend  la tradition de la descente en Italie ; la plupart des villes de Lombardie, Crème, Crémone, Lodi, Brescia, lui refusent obéissance. Il les soumet par force,  puis il se fait d’abord couronner roi de Lombardie à Milan. Puis il marche  sur Rome mais Robert d’Anjou, roi de Naples, comte de Provence, en accord  avec le pape, lui ferme les portes, en faisant marcher vers Rome Jean, prince de Morée, son frère.  Plusieurs villes, comme Florence, Bologne, Lucques, se joignent secrètement à Robert. Cependant le pape écrit de Lyon à l’empereur qu’il ne souhaite rien tant que son gouvernement; Robert, le roi de Naples l’assure des mêmes sentiments, et prétend  que le prince de Morée n’est à Rome que pour y mettre l’ordre. 

 

Vis-à-vis du Royaume de France, quelques mois seulement après son élection, Henri VII  a chargé le comte Jean de Namur, fils du comte de Flandre Gui de Dampierre, et le duc de Brabant d'assurer Philippe le Bel de ses bonnes dispositions à l'égard de la monarchie capétienne. Ses émissaires sont reçus par deux diplomates désignés par le roi : Louis de Clermont, petit-fils de Saint Louis, tout dévoué à son royal cousin, et le légiste Pierre de Latilly, défenseur intransigeant des intérêts du Capétien. Au printemps 1310 s'ouvrent des négociations visant à procéder au règlement des litiges qui subsistent entre le royaume de France et l’empire. Signé le 26 juin 1310, le traité de Paris règle la question la plus urgente, celle du comté de Bourgogne, fief impérial échu à Philippe de Poitiers, le futur Philippe V le Long, deuxième fils du Capétien. Henri VII reconnaît Philippe de Poitiers comme comte de Bourgogne tandis que Philippe le Bel reconnaît le comté comme terre d'Empire et accepte de faire hommage au roi des Romains, lequel hommage est différé jusqu'après le voyage que le comte Philippe doit effectuer en compagnie de l'Empereur. Bien que pressé par Clément V, Philippe le Bel ne ratifie pas le traité de Paris. Alors qu'il multiplie les interventions dans les régions frontalières sous autorité impériale, il se plaint que des péages ont été établis sur le Rhône conformément aux instructions d'Henri VII. De son côté, ce dernier proteste contre l'ingérence française, en particulier à Lyon, ville impériale, où le prince Louis de Navarre, le futur Louis X le Hutin, a conduit une armée afin de contraindre le nouvel archevêque, Pierre de Savoie, à se soumettre à l'accord de pariage (prévoyant des droits égaux pour le roi et l'archevêque) conclu avec son prédécesseur. D'une manière générale, l'Empereur considère qu'il est de son devoir de contrebalancer la supériorité du Capétien et de limiter l'expansion française, préoccupation que partage le pape. Dès la fin de l'année 1310, les relations entre les deux souverains sont au plus bas.

De son côté, Philippe le Bel exerce sur le pape Clément V qui se trouve à Avignon une forte pression pour qu’il réunisse un concile à Vienne condamnant les Templiers. Le pape se résigne à le convoquer en 1311 ; et le 13 avril 1312 se résigne à promulguer la bulle qui supprime l’ordre du Temple.

Henri VII avec l’aide des Gibelins, les partisans de l’empire,  doit soutenir une longue et sanglante lutte contre Robert, le roi de Naples et le parti guelfe; enfin  il se présente à la porte de la villa Léonine, qui renferme l’église de Saint-Pierre mais il faut qu’il l’assiège pour y entrer. Il est battu au lieu d’être couronné.     

 

Il négocie avec l’autre partie de la ville, et demande qu’on le couronne dans l’église de Saint-Jean de Latran. Les cardinaux s’y opposent, et disent que cela ne se peut sans la permission du pape. Il est finalement sacré empereur par les cardinaux mandés par le pape à Saint Jean de Latran le 29 juin 1312.

Henri parvient néanmoins à restaurer le pouvoir impérial dans certaines régions d'Italie du nord, face à la résistance de la commune de Florence. Cependant, il entre en conflit avec les Guelfes, notamment dans les cités libres de Toscane, et ses manières autoritaires suscitent l'inquiétude du Roi de Naples Robert d'Anjou et du Pape Clément V. Robert étant son vassal, Henri cherche à le punir en s’alliant avec Frédéric de Sicile mais meurt de malaria en allant à sa rencontre. Après sa mort, le pouvoir impérial se défait en Italie.

La mort l'arrête à Sienne au milieu de cette guerre en 1313.

 

 

 

MAISON  DE BAVIERE /  HAUS  VON  BAYERN

 

.LOUIS IV / LUDWIG IV (1282-1347),                                                                empereur / kaiser de 1314 à 1347

 

 

 

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 15:08

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MAISON DE NASSAU  /  HAUS  VON NASSAU

 

.ADOLPHE  DE NASSAU  /   ADOLF  VON  NASSAU  (1255-1298), empereur /kaiser de 1292 à 1298

A la mort de Rodolphe, Adolphe de Nassau, petit prince, est élu roi des romains le 5 mai 1292 avec le soutien de Venceslas II, roi de Bohême et l’archevêque de Mayence pour empêcher Albert, le fils de Rodolphe, d'accéder à l'Empire.

Les électeurs, qui ne veulent pas d'un maître trop puissant, ont cru qu'Adolphe de Nassau, présenté par l'archevêque de Cologne, serait un homme tout dévoué à leur cause.

Craignant de rendre héréditaire l’empire, et ne pouvant s’accorder dans leur choix, ils font un second compromis, dont on avait vu l’exemple à la nomination de Rodolphe, par le même principe qu’on avait choisi son prédécesseur. Adolphe est  le plus illustre guerrier de ces temps-là, et le plus pauvre. 

Il est couronné à Aix la Chapelle le 24 juin 1292.

Comme il ne dispose d'aucune fortune personnelle et que le comté de Nassau lui-même ne lui appartient pas en totalité,  Adolphe essaie de se créer un domaine en intervenant en Thuringe et en Misnie, où les princes de la maison des Wettiner se disputent continuellement leur héritage ; mais il indispose ainsi le puissant roi de Bohême et l'archevêque de Mayence qui, électeurs eux aussi, possèdent des domaines ou des intérêts dans cette région. Il laisse les trois premiers cantons suisses s'organiser en une alliance contre leurs seigneurs, les Habsbourg ; il se fait donc un ennemi d'Albert d'Autriche. En Italie en 1294, il nomme vicaire impérial  Matteo Visconti, duc de Milan,

N'ayant pas tenu les nombreuses promesses qu'il avait faites aux grands électeurs, en butte à l’hostilité des princes ecclésiastiques, en particulier l’archevêque de Mayence, il est déposé par les princes-électeurs le 23 juin 1298. Le 2 juillet suivant, il est battu et tué à la bataille de Göllheim par Albert de Habsbourg, qui lui succède comme empereur germanique. Il est inhumé dans le monastère d'Eberbach, puis en 1309 en la cathédrale de Spire.

                                                               

MAISON DE HABSBOURG/  HAUS  VON  HABSBURG

 

.ALBERT Ier / ALBRECHT  I  (1255-1308), empereur /kaiser  de 1298 à 1308

Premier fils et deuxième enfant de Rodolphe Ier de Habsbourg et de sa première épouse Gertrude de Hohenberg, il hérite de l’ensemble de ses possessions en Alsace, en Allemagne du sud, dans ce qui va devenir la Suisse et en Autriche.  Albert est un souverain énergique. Même pour les tâches ponctuelles, il s'oblige à s'entourer de vassaux souabes, sans tenir compte de la noblesse indigène. Ceci soulève une résistance qui éclate ouvertement après la mort de son père.

 

Il doit faire face à une vaste coalition formée contre lui à l’initiative du pape Nicolas IV  par les rois de Hongrie André III, le roi de Bohême Venceslas II, le duc de Basse-Bavière, le prince-archevêque de Salzbourg, les villes lombardes, le comte de Savoie et la toute nouvelle confédération suisse constituée en 1291 des 3 territoires d’Uri, Schwyz et Unterwald.

Cependant, Albert est un bon négociateur et réussit même à être élu roi des romains, sept ans plus tard en 1298. Au premier plan de sa politique offensive, il veut instaurer une monarchie héréditaire habsbourgeoise. Dans ce but, Albert s'allie même avec le roi de France Philippe le Bel qui n’en enlève pas moins à l’empire d’importants morceaux de l’ex-lotharingie avec le comté de Bar pris au royaume de Germanie, le Vivarais, le Lyonnais et le Forez pris à celui de Bourgogne-Provence.

Albert est victime d'une conspiration et assassiné en 1308 par son neveu Jean. Il faudra attendre plus d'un siècle avant que les Habsbourg remontent sur le trône du Saint Empire romain germanique. Il laisse onze enfants dont :

-Elisabeth de Habsbourg épouse du duc de Lorraine  Ferry IV (1282-1329), et régente du duché de 1329 à 1331.

-Léopold de Habsbourg (1290-1326), duc d’Autriche et de Styrie, époux de Catherine de Savoie, fille du comte de Savoie Amédée V

-Catherine de Habsbourg épouse du duc de Calabre et vice-roi de Naples Charles d’Anjou (1298-1328)

-Albert II de Habsbourg, duc d’Autriche et de Carinthie, duc de Krain, époux de Jeannde Ferrette (Pfirt), comtesse de Ferrette                                     

                                                                                                                                

MAISON  DE LUXEMBOURG  / HAUS VON LUXEMBURG

 

.HENRI  VII / HENRICH  VII (1275-1313), comte de Luxembourg de 1288 à 1309,  empereur / kaiser de 1308 à 1313

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 10:47

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MAISON DE HABSBOURG   /  HAUS VON HABSBURG

 

La maison de Habsbourg/Habsburg est une des principales familles à avoir régné en Europe et non seulement dans ce qui deviendra la partie est de la France mais également, on l’oublie trop souvent, dans le royaume de France à partir de Louis XIV dont on oublie trop souvent également qu’il était à moitié Habsbourg par sa mère Anne d’Autriche et époux d’une Habsbourg, Marie-Thérèse d’Autriche.

Les premiers à porter le nom de Habsbourg du nom du château qu’ils font bâtir en 1021 dans ce qui deviendra le canton suisse d’Argovie sont Werner, évêque de Strasbourg (1001- 1029) et Radbot ( ?-1045), seigneur de Muri dans ce même canton, tous deux fils de Lancelin, comte d’Altenburg qui, aux environs de l’an 1000,  a acquis par mariage la seigneurie de Habsburg située aux confins septentrionaux du Royaume de Bourgogne-Provence donc dans l’empire Leur grand-père est le comte d’Alsace Gontran le Riche qui a dû se retirer en Argovie après avoir subi la disgrâce de l’empereur Othon pour avoir pris le parti d’Henri le Querelleur. Les comtes Lanzelin et Radbod combattent avec Ernest de Souabe contre l’empereur Henri Il.

  

En 1027, le comte Radbot de Habsbourg et sa femme Ita de Lorraine fonde à Muri une abbaye bénédictine qui finit par contrôler un nombre croissant de territoires du plateau suisse.

 

Quoique Radbod eût des frères, ses descendants recueillent l'héritage entier de la famille qui prend le nom de son nouveau château de Habsbourg abandonnant le nom primitif d'Altenburg. Le premier acte officiel où parait le nom des Habsbourg est daté du 11 octobre 1064. C'est un diplôme par lequel le comte Werner II de Habsbourg (neveu de l'évêque de Strasbourg et  fils de Radbod), à l'occasion de la consécration du monastère de Muri par l'évêque de Constance, Rumolt, confirme les donations et fondations faites par ses prédécesseurs.

Ce comte Werner embrasse le parti de l'anticésar Rodolphe de Souabe contre Henri IV, mais ne paraît pas avoir eu à en pâtir. Werner joue un grand rôle  au temps des empereurs Henri Il et Conrad II.

 

Mais le fondateur de la puissance de la famille, est Albert III le Riche, fils du comte Werner II.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 

Albert le Riche est en effet comblé de faveurs par Frédéric Barberousse. Il reçoit le landgraviat d'Alsace à l'extinction de la famille des comtes d'Egisheim, le comté de Zurich, l'avouerie des couvents de Seckingen et de Murbach.

Son fils, Rodolphe l'Ancien (1199-1232) est pourtant un partisan d'Otton IV; mais c'est déjà un des plus grands seigneurs de la Souabe. A sa mort, ses deux fils qu'il a eus d'Agnès de Hohenstaufen, Albert et Rodolphe, se partagent ses possessions après une querelle terminée en 1238 par un jugement arbitral.

L'aîné, Albert le Sage, garde le château de Habsbourg, les terres d'Argovie, de Zurich, du Sundgau et Brisgau, l'avouerie de Muri, Seckingen, Bremgarten, Maienberg, Brugg, etc.

Albert le Sage a de son mariage avec Heilwig, fille du comte Ulrich de Kybourg/Kyburg, trois fils :

-Rodolphe   futur empereur

-Albert V

-Hartmann.

 

Les deux cadets, Albert et Hartmann, meurent jeune.                                                                                                                                                                                                                                                     

 

.RODOLPHE  Ier  / RODOLF  I (1218-1291),                                                           empereur/ kaiser de 1273 à 1291, comte de Habsbourg/ graf von Habsburg, landgraf de Haute-Alsace /Ober Elsass (1237-1273)

 

Fils d’Albert le Sage et d’Heilwig de Kybourg.Rodolphe voit le jour en 1218 dans ce château de Habsburg /Habsbourg.

C’est l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen qui lui sert de parrain.

En 1245, il épouse la fille du comte de Hohenberg qui lui donne quatorze enfants et acquiert par voie dotale le château d’Oettingen et divers domaines dans la vallée de la Weile et en Alsace renforçant ainsi sa position tant en Alsace qu’en Argovie.

 

Auréolé de ses actions avec l’armée d’Ottokar de Bohême dans l’ordre des chevaliers teutoniques  contre celle de Béla IV roi de Hongrie, il se voit confier le commandement des milices de Zurich et de Strasbourg. Il entre en conflit avec l’évêque de cette ville auquel son oncle Hartmann de Kybourg avait cédé des terres. Vainqueur il récupère les terres et reçoit des Strasbourgeois révoltés contre leur évêque le titre d’avoué ce qui renforce encore ses positions en Basse-Alsace.  

A la mort en 1254 de l’empereur Conrad IV dernier des Hohenstaufen, l’empire se trouve plongé dans une situation chaotique. Le trône impérial fait l’objet de vives compétitions arbitrées par le pape. Alphonse de Castille  apparenté par sa mère aux Hohenstaufen et Richard de Cornouailles, frère du roi d’Angleterre Henri III et beau-frère de Frédéric II sont tous deux élus mais ne parviennent ni l’un ni l’autre à s’imposer. C’est la période dite du Grand Interrègne.

 

En Italie, le pape Urbain IV, qui considère que le royaume de Sicile est un fief de la papauté, demande l’aide de Charles d’Anjou pour combattre la domination Hohenstaufen. Charles d’Anjou bat le fils de Frédéric II, Manfred à la bataille de Bénévent et devient roi de Sicile à Rome en 1266. Mais la fille de Manfred est mariée au roi d’Aragon Pierre III et entend bien se battre pour les droits de sa femme. Sous Charles d'Anjou, et de son fils Charles II, le nord est privilégié au sud. La capitale passe de Palerme à Naples.

Le nouveau pape élu en 1272  Grégoire X  se prononce en faveur d’une nouvelle élection. Le pape, dès l’été de 1273, adresse, aux électeurs du Saint Empire l’invitation de désigner un roi des Romains.

                                                         

Le 29 septembre 1273, les 7 électeurs (les 3 archevêques de Mayence, de Cologne, de Trèves et les 4 électeurs laïcs  le duc de Saxe, le Margrave  de Brandebourg, le comte palatin du Rhin et le roi de Bohême) se réunissent à Francfort avec l’idée d’élire un prince pas trop puissant pour rendre héréditaire la dignité impériale ce qui les conduit à écarter la candidature du roi Ottokar de Bohême.

L’évêque Werner, électeur de Mayence qui avait été escorté au travers toute la Suisse pour se rendre en Italie soutient Rodolphe qui est élu après trois jours de délibérations.

                                                            

Le 24 octobre 1273 à Aix la Chapelle il est couronné roi des Romains conformément à la tradition qui veut depuis Charlemagne que le futur empereur soit roi des Romains et se voit remettre par l’archevêque de Cologne les

emblèmes impériaux.

                                                                                                                                                                                

Cette cérémonie présente un double caractère l’un lié à la tradition chrétienne avec le serment sur les évangiles ainsi que sur un coffret contenant la terre imprégnée du sang du premier martyr Saint Etienne l’autre à la tradition romaine avec l’acclamation par le peuple. A la question posée par l’archevêque de Cologne  «  voulez-vous avoir Rodolphe comme empereur et roi des romains et voulez-vous lui être soumis conformément aux paroles de l’écriture sainte ? 

La foule répond : « fiat, fiat ! Qu’il en soit ainsi ! »

Rodolphe devient à la fois roi de Francie orientale (Germanie), roi des romains et empereur (de facto car il ne se rend pas à Rome pour y être couronné empereur par le pape).Deux mois plus tard, Rodolphe réunit la Diète impériale à Spire et l’informe de son intention de restaurer l’autorité impériale mise à mal pendant le trop long interrègne.

 

Après son séjour à Florence, le pape n’hésite pas à se diriger par la Lombardie, le Piémont et la Savoie, vers la ville de Lyon où il doit, l’année suivante, tenir un concile général : cependant, quoiqu’ officiellement Lyon soit encore une ville d’Empire, le pape ne peut songer à y établir sa cour, si sa conduite récente l’a brouillé avec le roi de France.

 

D’autre part, vers l’automne de l’année 1273, à une époque où l’élection de Rodolphe de Habsbourg est probablement connue en France, Philippe le Hardi, désireux d’exécuter le traité qui en 1229 a terminé la croisade contre les Albigeois, remet entre les mains des représentants du Saint-Siège le comtat Venaissin, moins Avignon.

  

S’il faut d’ailleurs admettre que le roi de France a restitué le Venaissin avant de connaître les événements d’Allemagne, par conséquent à un moment où il nourrit encore quelque espoir d’être élu à l’Empire, il semble au moins n’avoir conservé vis-à-vis du pape aucune rancune de son échec, soit que Grégoire X ait su dissimuler son action diplomatique, soit, ce qui est plus probable, que Philippe le Hardi n’ait pas attaché grande importance aux projets suggérés par Charles d’Anjou. En effet vers le même temps, le roi de France vient à Lyon et s’y entretient amicalement avec le Pontife de leurs intérêts communs.

 

Philippe laisse à Lyon des troupes dont la présence est en apparence justifiée par la nécessité de protéger le Concile, mais qui, en réalité, n’a probablement d’autre but que celui d’affirmer l’autorité du roi à Lyon.

                                                     

Maintenant la question de l’Empire est tranchée en revanche, puisque la couronne impériale et la couronne de France n’ont pu être réunies sur la même tête, la France et l’Empire vont continuer de se disputer les régions limitrophes du Rhin et des Alpes, et en particulier le royaume de Bourgogne-Provence.

En 1273, l’empereur Rodolphe détruit sur les terres du roi de France un château que l’on disait être un fief impérial ; l’année suivante, c’est Philippe qui fait des préparatifs pour attaquer l’Empire : le pape est obligé d’intervenir pour empêcher les hostilités. Evidemment des difficultés nombreuses relatives aux frontières, par exemple à celle du Vivarais, fournissent à chaque instant des sujets de querelle entre le nouvel empereur et le roi.

 

Rodolphe a néanmoins intérêt se réconcilier avec la France. Son élection a irrité le roi de Bohême, Ottokar ; entre le roi des Romains et le monarque slave la guerre est imminente. En Allemagne, beaucoup de seigneurs et de villes s’effrayent de l’activité du nouveau maître dont les revendications menacent quiconque a profité de l’interrègne pour s’agrandir. L’inquiétude n’est pas moindre dans la Bourgogne helvétique ; en particulier le comte Philippe de Savoie, fort peu enclin à reconnaître la souveraineté du rival détesté de sa maison, manifeste vis-à-vis des Habsbourg des dispositions hostiles. L’Angleterre n’a pas reconnu Rodolphe et témoigne publiquement sa sympathie pour Alphonse de Castille toujours prétendant à l’Empire, et de plus en plus puissant dans le nord de l’Italie. Aussi, Rodolphe juge utile de se rapprocher de la France.

                                                       

 

Dès 1274, la veuve de Louis IX, Marguerite de Provence,  s’adresse à Rodolphe pour lui demander justice contre son beau-frère, Charles d’Anjou, accusé d’avoir attribué, à lui et à sa femme, la succession de Provence, à laquelle les deux autres filles de Raymond Bérenger, Marguerite de Provence et Éléonore d’Angleterre, prétendent avoir des droits. Rodolphe  accueille ses prétentions et lui accorde l’investiture de la Provence. Cet accord entre la reine douairière de France et Rodolphe de Habsbourg, joint à l’intervention pacifique du pape Grégoire X, facilite une réconciliation entre l’Empire et l’Angleterre.

Au mois de septembre de cette année 1274, Grégoire X reconnait la royauté de Rodolphe de Habsbourg. Or, à cette époque, les partisans du roi de Castille sont plus actifs que jamais dans le nord de l’Italie en dépit des hésitations d’Alphonse, ils sont les véritables maîtres du pays, de Gênes à Mantoue. Beaucoup de Gibelins, se livrant aux plus présomptueuses espérances, croient au triomphe prochain de leur cause. Le succès d’Alphonse et des Gibelins eut singulièrement compromis avec la paix de l’Europe la réalisation des rêves de croisade que le pape ne cesse de nourrir : Grégoire X comprend qu’il faut obtenir le désistement du roi de Castille, fût-ce au prix de sacrifices imposés à l’Église d’Espagne au profit du roi. Tel est le but qu’il se propose, pendant l’été de 1275, au cours des négociations que, pendant son séjour à Beaucaire, il poursuit avec Alphonse ; il réussit à l’atteindre et rend définitivement la paix à l’Empire. En quittant Beaucaire, Grégoire X remonte  le Rhône et s’arrête d’abord à Valence, puis à Vienne, où il passe la dernière moitié du mois de septembre 1275 ; il y consacre plusieurs prélats et y prononce l’union des Églises de Valence et de Die, mesure commandée par l’état misérable de ces églises, qu’avaient ruinées leurs longues luttes avec les comtes de Valentinois.

Le 6 octobre, le pape est à Lausanne, où vient bientôt le rejoindre Rodolphe de Habsbourg, accompagné de sa femme et de ses enfants. Là le roi des Romains s’acquitte par d’importantes concessions de la dette de gratitude qu’il a contractée envers le pape au jour de son élection : il promet de restituer à l’Église les domaines Italiens que l’Empire avait usurpés, de prendre la croix et de se mettre à la tête d’une croisade nouvelle ; enfin il y est question de la cérémonie du couronnement impérial, à laquelle Grégoire se réserve d’appeler le nouvel élu. Autour du pape et de l’Empereur se rangent les principaux seigneurs ecclésiastiques du royaume de Bourgogne Provence, parmi lesquels les archevêques de Lyon et d’Embrun, les évêques de Genève, de Valence, de Sisteron et de Marseille.

 

Autrefois de telles assemblées se terminaient par de nombreuses concessions de privilèges ; cette fois, elles sont très rares. Néanmoins l’archevêque Jacques d’Embrun, partisan dévoué du pape et de l’empereur  se voit, peu de temps après l’entrevue de Lausanne, renouveler  ses privilèges par Rodolphe qui  lui reconnait les qualités de chambellan de l’empereur, de prince du Saint Empire et de conseiller à la Cour impériale.

                                                            

Deux ans plus tard, Rodolphe, à l’exemple de ses prédécesseurs, prend  l’Église de Vienne sous sa protection.

Si le clergé, suivant l’exemple et les conseils du pape, s’est rapproché de Rodolphe, il n’en est point ainsi des seigneurs laïques du royaume d’Arles : seul Humbert, seigneur de la Tour et de Coligny, sénéchal de ce royaume, obtient alors des lettres qui le placent sous la sauvegarde impériale.

                                                          

En les sollicitant, il ne fait que se conformer aux traditions de sa famille. D’ailleurs le Dauphin Jean I n’est encore qu’un enfant, soumis à la tutelle du duc de Bourgogne ; Charles d’Anjou n’est point homme à faire la cour au roi des Romains, et le comte Philippe de Savoie, qui par son mariage avec la palatine Alix a étendu son influence en Franche-Comté, nourrit à l’égard de Rodolphe des dispositions fort peu sympathiques. On le voit, dans une grande partie du royaume d’Arles le nouveau roi ne rencontre qu’indifférence ou hostilité.

 

Dès la fin de l’année 1277, le pape  ouvre des négociations avec Rodolphe de Habsbourg ; au printemps, elles aboutissent à des actes solennels par lesquels Rodolphe abandonne toutes les prétentions qu’il pourrait élever sur la Romagne à l’encontre des droits du Saint-Siège.

 

Ce premier point réglé, Nicolas III se retourne vers Charles d’Anjou et porte un coup sensible à son influence dans l’Italie centrale, en l’amenant à renoncer à la charge de sénateur de Rome et au vicariat de l’Empire en Toscane. Mais pour le récompenser de cette soumission, le pape le réconcilie avec Rodolphe (qui a besoin du pape pour être couronné et faire élire son fils roi des Romains)  et au printemps de 1280, Rodolphe, renouvelant un ancien diplôme de Barberousse, investit solennellement Charles d’Anjou des comtés de Provence et de Forcalquier.

 

Pour sceller la paix établie entre les deux maisons, il est convenu que Charles, le petit-fils de Charles d’Anjou, épousera Clémence, l’une des filles de Rodolphe de Habsbourg, et que le jeune prince recevra de Rodolphe de Bourgogne-Provence, jadis destiné à ce Hartmann, dont le mariage avec la fille d’Édouard Ier roi d’Angleterre n’a pas encore été célébré. Le pape Martin IV qui succède à Nicolas. II n’a rien de plus pressé que de rendre à Charles d’Anjou les fonctions de sénateur de Rome ; la jeune princesse Clémence conduite dans le royaume de Naples vers son fiancé Charles Martel, et bientôt le roi de Sicile doit se préoccuper d’assurer, fût-ce par la force des armes, la soumission du royaume de Bourgogne-Provence au nouveau souverain que l’Empire devait lui donner ; il organise à Tarascon une expédition destinée à remonter le Rhône et à soumettre le pays. Le triomphe de la maison d’Anjou semble alors complet.

                                                        

Le bruit d’un prochain rétablissement du royaume de Bourgogne-Provence au profit de Charles Martel se répand en Europe. Le clergé du royaume de Bourgogne-Provence, déjà inquiet de la réconciliation de Charles d’Anjou avec Rodolphe de Habsbourg,  craint les agressions d’un pouvoir local, tel que la royauté de la maison d’Anjou, qui respecterait médiocrement les privilèges et la quasi-indépendance des églises.

 

Bien plus encore, c’est Marguerite de Provence, qui s’estime trompée par le rapprochement entre son adversaire Charles d’Anjou et l’Empire. Au surplus, les Habsbourg qui l’abandonnent pour reconnaître les prétentions de Charles, sont les ennemis acharnés des princes de Savoie, ses oncles, pour le service desquels elle s’est toujours employée avec tant de zèle. Marguerite devient l’ennemie des Habsbourg autant que des Angevins et, en 1281 et 1282, elle organise activement la résistance à leurs projets. Depuis qu’elle a prêté hommage à Rodolphe, Marguerite, entraînant après elle sa sœur Eléonore d’Angleterre, ne cesse de chercher les moyens de recouvrer son héritage, c’est-à-dire la partie de la Provence à laquelle elle prétend avoir des droits. Elle s’adresse, successivement à son neveu Edouard Ier et à son fils Philippe le Hardi : Nicolas III intervient lui-même comme médiateur entre elle et Charles d’Anjou. Rien n’en résulte sinon un vif mécontentement de Marguerite. Marguerite menace de recourir aux armes ; mais Charles d’Anjou se rapproche de la cour de France et en réussissant à faire de son fils le prince de Salerne le négociateur de la paix entre Philippe le Hardi et la Castille.

                                                         

Cette manœuvre habile augmente à Paris le crédit des Angevins qui travaillent avec plus d’ardeur au grand dessein du royaume de Bourgogne-Provence, laissant Marguerite s’épuiser en doléances. Eléonore d’Angleterre, pour son compte et celui de sa sœur, le signale à Edouard Ier mais semble beaucoup moins pressé de rompre avec Charles d’Anjou.

 

Néanmoins il ordonne à Jean de Grailly, son sénéchal de Gascogne, de se rendre auprès de Marguerite ; la reine le retient auprès d’elle, heureuse de trouver en pareille besogne l’assistance d’un homme « d’une bravoure et d’une prudence consommées. Cependant le roi d’Angleterre s’ engage avec réserve à soutenir la cause de sa tante : il ne renonce pas à son ancien projet, si contraire à la politique actuelle de Marguerite, d’unir par un mariage sa maison à celle des Habsbourg, maintenant alliés de Charles d’Anjou ; idée d’ alliance qui indigne Marguerite qui croit nécessaire d’écrire de lui rappeler que ce même Rodolphe de Habsbourg dont Edouard veut faire son allié, est l’ennemi juré du vieux comte Philippe de Savoie, grand oncle du roi d’Angleterre et oncle des deux reines Marguerite et Éléonore. Malgré les efforts de Marguerite et du roi d’Angleterre, la paix n’était pas encore près de se faire entre la Savoie et les Habsbourg.

Cependant les ennemis de la maison d’Anjou se réunissent à Mâcon, à l’automne de 1281, où Marguerite organise la résistance contre le futur roi de Bourgogne-Provence. L’archevêque de Lyon, l’évêque de Langres, le comte Philippe de Savoie, le comte de Champagne, le comte d’Alençon, le comte et le duc de Bourgogne, Thomas de Savoie, fils du mari de Jeanne de Flandre, le comte de Vienne Henri de Pagny, presque tous parents de la reine et plus ou moins menacés par l’ambition des Angevins sont présents. Tous annoncent l’intention d’aider Marguerite à poursuivre ses réclamations et ils se donnent rendez-vous à Lyon, au mois de mai 1282 pour aller plus avant et s’opposer par force aux projets de la maison d’Anjou.

 

En même temps, en mars 1282, l’archevêque de Lyon et le Chapitre de Vienne, dont le siège archiépiscopal est vacant, s’unissent pour la défense de leurs privilèges, qu’ils croient menacés par l’avènement du futur roi de  Bourgogne-Provence : « Nous craignons, disent d’un commun accord l’archevêque de Lyon et les membres du chapitre de Vienne, que l’arrivée du Roi annoncé ne cause un grave préjudice aux droits, juridictions et possessions de l’Église ».

                                                     

Aussi, pour faire face à ce danger, ils forment une alliance contre tout potentat qui « sous le prétexte du royaume de Vienne, au nom et pour le compte du roi de Vienne, saisirait ou tenterait de saisir, léserait ou tenterait de léser les droits et juridictions de leurs Églises ou de l’une d’elles. » Parmi les seigneurs ecclésiastiques ou laïques qui se préparent à résister par tous les moyens au pouvoir du futur roi, on ne rencontre ni le dauphin Humbert Ier ni son allié le comte Aymar IV de Valentinois. De plus, les églises de Vienne et de Lyon considèrent à cette époque le Dauphin comme leur adversaire ; d’où il est permis d’en déduire  qu’Humbert a de  bonnes relations avec la famille d’Anjou; la guerre semble imminente partout dans le sud-est de la France ; les forces qui se réunissent à Macon heurteront bientôt celles qui s’organisent en Provence enfin Marguerite de Provence pourra vider sa querelle avec Charles d’Anjou. Mais le danger est détourné par la catastrophe soudaine des Vêpres Siciliennes, révolte populaire de l'île de Sicile contre la domination de Charles d'Anjou, survenu à Palerme et Corleone, le 31 mars 1282, mardi de Pâques. À la suite de ce soulèvement et du massacre des Français, les Siciliens se libèrent du joug angevin en passant sous la protection du roi d'Aragon Pierre III ce qui aboutit au partage du royaume de Sicile en un « royaume de Naples », terme impropre mais devenu courant, qui reste aux Angevins, et un royaume de Sicile, sous domination aragonais

[

A la suite des Vêpres Siciliennes, Philippe le Hardi prend ouvertement le parti de son oncle Charles d’Anjou et organise une expédition contre le rival de Charles, l’excommunié Pierre d’Aragon. Cette guerre est destinée à venger du même coup l’injure de l’Église et celle de la maison de France aussi le roi obtient-il, pour subvenir aux dépenses nécessaires, un décime sur les biens du clergé.

                                                         

Or, en vertu des décisions que les ambassadeurs de France ont sollicitées de la cour de Rome, le décime est levé, non seulement en France, mais dans tous les pays frontières, notamment dans une partie considérable du royaume de Bourgogne-Provence.

 

Rodolphe de Habsbourg se plaint l’année suivante au pape Honorius IV, qui a succédé à Martin IV sur le siège pontifical. Plaintes inutiles ! Le pape répond que le roi de France est en pleine guerre, et que le moment est mal choisi pour lui enlever les subsides que l’Église Romaine lui a promis.

                                       

Sans doute en vue de resserrer les liens qui l’attachent à la dynastie Capétienne et d’affermir sa propre influence dans l’est de la France, Rodolphe, alors âgé de soixante-six ans, se met à demander et obtient la main de la jeune Isabelle de Bourgogne, sœur du duc Robert,  qui devient ainsi le beau-frère de l’Empereur,

En 1284, Rodolphe  épouse donc en secondes noces Isabelle de Bourgogne (1270-1323), fille d’Hugues IV de Bourgogne duc de Bourgogne. L’année suivante, Philippe IV dit le Bel devient roi de France. Très vite, il va chercher à grignoter la partie sud du Royaume de Bourgogne-Provence dont l’empereur Rodolphe de Habsbourg est le roi.

 

En 1290, la guerre contre Pierre III d’Aragon continuant et les décimes pour la financer continuant d’être levés les princes et seigneurs de l’Empire commencent à rechigner amenant l’empereur Rodolphe à répéter ses protestations. Le pape Nicolas IV lui répond que les décimes levés sur le clergé du pays d’Empire sont exigés, non pas en faveur d’une cause nationale, mais au nom des Intérêts sacrés de l’Église, dont le roi d’Aragon n’a cessé d’être l’ennemi et qu’il n’en saurait résulter aucun préjudice pour l’Empire aucun avantage pour le roi de France. Certes mais peu à peu le clergé du Royaume de Bourgogne-Provence s’habitue à lier ses intérêts et ses aspirations aux intérêts et aux aspirations du clergé français. D’ailleurs, la politique royale cherchait par d’autres moyens à entraîner dans son orbite le royaume de Bourgogne-Provence ; sur plus d’un point elle fait des progrès aussi réguliers que sûrs ; parfois elle impose ses décisions aux seigneurs, et apparaît aux populations comme l’arbitre suprême de la guerre ou de la paix.

 

Dans le comté de Bourgogne, cœur du royaume de Bourgogne-Provence, les amitiés françaises du Palatin Otton de Bourgogne inquiètent depuis longtemps Rodolphe doit intervenir  en 1289, pour la soumission  obtenir de son vassal indocile. Otton est dans l’est le centre de ralliement des adversaires des Habsbourg, comme l’est dans le sud-est son rival le comte de Savoie.

Aussi, peu de temps après son expédition en Comté, Rodolphe doit se préoccuper de nouveau des entreprises du comte Amédée ; il revient en 1291 dans les régions qui forment la Suisse actuelle et appelle auprès de lui tous les seigneurs du sud-est qui sont les adversaires de son éternel ennemi.

 

Son appel est entendu. On voit à Morat (dans l’actuel canton de Fribourg), dans cette ville reconquise par les Habsbourg sur Philippe de Savoie, les seigneurs ecclésiastiques et laïques du royaume de Bourgogne-Provence, se presser autour de Rodolphe.

 

Convoqués pour s’associer aux mesures que l’empereur entend prendre contre les rebelles, ils accourent, apportant leurs rancunes avec leur ambition. Sont présents à côté de l’évêque de Valence et de Die, le dauphin Humbert Ier, le comte Aymar de Valentinois, le comte Amédée de Genève, la dame de Faucigny et Humbert de Villars ; tous s’associent aux déclarations solennelles que lance Rodolphe contre ses ennemis, et dont il confie l’exécution à son représentant le bailli de l’Empire pour les pays au-dessus de l’Oron.

 

Mais le résultat le plus clair de cette manifestation est la confirmation, par l’empereur, des privilèges du comte de Valentinois et de l’évêque de Valence, et la concession pour quelques mois de la garde de l’abbaye de Saint Claude au dauphin Humbert Ier qui

porte toujours le titre de sénéchal du royaume de Bourgogne-Provence.                                                     

 

Quelques jours après, ll rencontre le fils de son ancien rival, Charles II de Sicile, dans une entrevue qui dut attirer l’attention des contemporains il y fut sans doute question du sort du royaume d’Arles. Si les deux souverains y tombèrent d’accord sur quelques résolutions, ce ne fut que pour y donner un nouvel exemple de la vanité des desseins des grands de la terre.

S’il parvient à augmenter considérablement ses propriétés, l’autorité impériale n’est pas totalement rétablie quand Rodolphe  meurt le 15 juillet 1291.

 

Sa dépouille va rejoindre celle des autres empereurs dans la cathédrale de Spire.

Sa disparition interrompt le processus de restauration de la dignité impériale.

 

 

MAISON DE NASSAU  /  HAUS  VON NASSAU

 

.ADOLPHE  DE NASSAU  /   ADOLF  VON  NASSAU  (1255-1298), empereur /kaiser de 1292 à 1298

 


                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            

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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 18:39

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Le Grand Interégne  ( suite)

 

 

 

Richard de Cornouailles (1209 à 1272), roi des Romains  de 1257 à 1272

Fils du roi d’Angleterre Jean sans Terre   opposé à

.Alphonse X  de Castille (1221-1284), roi des Romains de 1256 à 1273

roi de Castille et de Léon

 

La double élection de 1257 livre l’Empire aux compétitions de deux prétendants, Richard de Cornouailles et Alphonse X de Castille. A Richard se rallient naturellement les clients habituels de la politique anglaise : au contraire, Alphonse de Castille, petit-fils par sa mère du glorieux Frédéric Barberousse, est en bonne situation pour se concilier les sympathies des Gibelins, auxquels il apparaît entouré du prestige de la maison de Souabe.

 

Des liens intimes unissent alors la maison de Savoie à la dynastie anglaise.     Dès que les Savoyards savent qu’ils peuvent exploiter l’Angleterre comme un pays conquis, ils ne s’en font pas faute : Boniface de Savoie reçoit, pour sa part, l’archevêché de Cantorbéry, et devient le chef de l’Église d’Angleterre ; son frère Pierre acquiert des domaines qui lui permettent de devenir un des membres importants de l’aristocratie anglaise.                                                         

 

Enfin un troisième frère, Guillaume, évêque de Valence, est nommé évêque de Winchester. Le mariage de Richard de Cornouailles, frère de Henri III, avec Sancie de Provence, troisième fille de Raimond Bérenger, rend plus étroites les relations des Plantagenets avec la maison de Savoie.

Avant même l’élection à l’Empire, quand Pierre de Savoie prépare une expédition pour délivrer son frère Thomas, captif à Turin, Richard de Cornouailles n’hésite pas à concourir aux frais de l’entreprise et se charge de protéger pendant ce temps les biens de Pierre tans le royaume anglais.

 

 

Maintenant qu’il se prétend appelé par le vote des électeurs au rang suprême parmi les souverains, Richard marque par une série de privilèges la faveur où il a toujours tenu les membres de la famille de Savoie. Le 14 avril 1258, alors que le comte Thomas, régent de la Savoie pendant la minorité du jeune Boniface, se dispose à renouveler la lutte contre Turin, Richard  l’assure de son appui, et, pour mieux le lui prouver, il le déclare affranchi des engagements par loi contractés, au temps de sa captivité, vis-à-vis d’adversaires que le Roi des Romains affecte de ne considérer que comme des rebelles.Sur ces entrefaites, en 1263, le jeune comte de Savoie Boniface trouve la mort dans une nouvelle expédition entreprise par lui pour maintenir ses prétentions à l’encontre de Turin et d’Asti. Pour longtemps à l’influence des comtes de  Savoie dans ces contrées succède  celle de Charles d’Anjou, comte de Provence. Charles d’Anjou, qui a épousé la dernière fille de Raymond Bérenger et de Béatrice de Savoie, est aussi bien que Henri III, Richard de Cornouailles et saint Louis, le neveu par alliance des comtes de Savoie ; mais il y a longtemps que la politique divisait profondément la Savoie et la Provence.

C’est à l’automne de 1263 que Pierre a, pour la première fois depuis qu’il est devenu comte de Savoie, l’occasion de recourir à son neveu. Au commencement de septembre, on apprend la mort d’Hartmann le jeune, chef d’une branche de la famille de Kybourg, si puissante dans les pays helvétiques. Hartmann ne laisse pour héritier direct qu’une fille en bas âge.

 

Or, conformément au droit commun, les fiefs impériaux, dont une femme ne peut hériter, font retour à l’Empire ; visiblement, ceux de ces fiefs situés dans le pays de Vaud et dans les régions voisines tentent l’ambition du comte Pierre de Savoie. Il a d’ailleurs une bonne raison pour s’affirmer dans ces contrées ; chacun prévoit  alors la guerre que provoquerait bientôt entre les Kybourg et la Savoie la mort prochaine d’Hartmann l’ancien, comte de Kybourg, dont l’héritier le plus proche se trouvait être Rodolphe de Habsbourg. Il s’agit de savoir qui va rester maître des pays s’étendant de Berne à Lausanne et formant aujourd’hui la partie occidentale de la Suisse. La querelle est d’autant plus inévitable que Hartmann l’ancien a comblé de libéralités, tant en nue-propriété qu’en usufruit, sa femme Marguerite de Savoie, sœur du comte Pierre. Or, Rodolphe ne parait pas être homme à respecter ces libéralités, Pierre est bien obligé de prendre en main les droits de sa sœur et, dès qu’il apprend la mort de Hartmann le jeune, il se rend sans tarder auprès de Richard de Cornouailles, qui est en ce moment occupé à guerroyer contre les barons anglais pour le compte de son frère Henri III, et, le 17 octobre 1263, à Berkamstead, il obtient du roi des Romains l’investiture des fiefs impériaux qui avaient appartenu au défunt Hartmann.

 

 

Ainsi, à la veille d’une guerre qui devait désoler tout le pays qui sépare le Rhin du lac Léman, Richard n’hésite pas à se prononcer pour la maison de Savoie ; Rodolphe de Habsbourg, obligé de chercher ailleurs un appui, se tourne bientôt du côté de Conradin, le dernier rejeton des Hohenstaufen. Richard ne se borne pas à cette faveur ; par un acte de la même date, il confère à son oncle Pierre la qualité de vicaire de l’Empire, le comté de Savoie et les pays de Chablais et d’Aoste.

A la mort d’Hartmann l’ancien, la guerre éclate, comme prévu, entre la Savoie et les Habsbourg. Richard de Cornouailles appuie les princes de Savoie.

 

De son côté, le futur roi des Romains Alphonse de Castille s’intéresse principalement, comme les empereurs Hohenstaufen à l’Italie. Avant même d’être choisi par quelques-uns  des électeurs, il noue des relations diplomatiques avec Pise, la cité gibeline, alors serrée de près par ses ennemis, les Guelfes de Toscane. Pour poursuivre ces pourparlers le syndic de Pise, Bandino Lancea, se rend en Castille auprès d’Alphonse il en rapporte un traité d’alliance offensive et défensive entre la ville et le roi.

 

En échange des privilèges qu’il leur confère et des secours qu’il leur promet, Alphonse est  reconnu par les Pisans comme le futur empereur ; Une clause de ce traité oblige Alphonse à procurer à la ligue l’adhésion de Marseille, avec laquelle il a évidemment ouvert des négociations. Si Pise est menacée parles Guelfes, Marseille doit lutter pour sauvegarder son indépendance contre la puissance croissante de Charles d’Anjou ; non moins que les Pisans, les Marseillais ont alors besoin d’alliés et de protecteurs. Aussi se décident-ils à entrer dans la ligue formée par Pise et le roi de Castille ; ils y souscrivent à des conditions analogues à celles acceptées par les Pisans. Trois ambassadeurs de Marseille se rendent en septembre 1256  à Ségovie, où se trouve Alphonse et déclarent solennellement nommer, demander, postuler et élire comme empereur le seigneur roi de Castille. Avec ce traité, Marseille, au moins pour ses affaires continentales, ne gagne aucun appui sérieux ; elle demeure isolée dans sa querelle avec Charles d’Anjou, dont cette négociation ne fait qu’exciter la rancune qui  plus tard, au jour de la vengeance, n’oublie pas les noms de plusieurs des ambassadeurs, qu’on peut retrouver dans les listes de proscription de 1263.

 

Cependant à Francfort, le dimanche des Rameaux le 1er avril 1257, l’archevêque de Trêves, en son nom personnel et pour le compte des électeurs de Saxe, de Brandebourg et de Bohême, proclame Alphonse de Castille roi des Romains : désormais sa candidature doit rallier tous ceux qui repoussent en Richard de Cornouailles l’influence de la politique anglaise. Aussi un certain nombre de seigneurs et de villes d’Allemagne ne tardent pas à le reconnaître ; il reçoit aussi les hommages de quelques seigneurs dont les domaines séparent la France de l’Allemagne : celles des ducs de Brabant, de Lorraine et de Bourgogne, du comte de Flandre, enfin de la ville de Besançon qui d’ailleurs va bientôt passer au parti de Richard. En même temps Alphonse mène activement ses négociations dans le nord de l’Italie où il peut compter sur  l’adhésion de nombreux gibelins. Dans le royaume de Bourgogne-Provence, Alphonse ne peut se flatter d’obtenir l’aide du comte de Savoie ni du comte de Provence. Les seigneurs de moindre importance et les prélats demeurent indifférents : seul Albert de la Tour du Pin, le même qui jadis avait recherché les bonnes grâces de Frédéric II, se tourne du côté du roi de Castille. Albert est le chef d’une famille destinée à faire quelque bruit au siècle suivant : en effet, son fils Humbert devait être la tige de la dernière race des souverains indépendants du Dauphiné ; Alphonse le récompense de son hommage en le nommant sénéchal du royaume de Bourgogne-Provence.

 

Deux ans plus tard, au moment où il médite une expédition en Allemagne, c’est encore à Albert de la Tour qu’il s’adresse pour lui annoncer son prochain voyage et lui demander de l’accompagner et de lui gagner des partisans.

                                                        

Une fois affermie son autorité en Provence, Charles d’Anjou peut passer à la réalisation de ses grands desseins sur Naples et la Sicile. Pour les accomplir il lui faut d’immenses ressources d’argent : aussi, comme il s’agit de l’affaire de l’Église, le clergé dans toute la France accorde au pape un décime pour trois ans. De même, dans tout le royaume de Bourgogne-Provence, le clergé contribue aux frais de l’entreprise de Charles d’Anjou. C’est un pas en avant, et non des moins importants, dans la voie qui va conduire à l’union du royaume de Bourgogne-Provence à celui de France. Désormais la cour romaine n’oubliera pas ce précédent ; et en dépit de l’opposition de l’Empire, elle fera souvent appel au clergé du royaume de Bourgogne-Provence, en même temps qu’au clergé français, pour des affaires qui concerneront autant la politique française que les intérêts généraux de l’Église.

 

 

Même dans sa famille, Charles d’Anjou avait rencontré de graves difficultés ; longtemps il avait eu à lutter contre sa belle-mère, Béatrice de Savoie, veuve de Raymond Bérenger, qui l’accusait d’avoir lésé ses droits lors du règlement de la succession de Provence. Le roi Louis IX, gendre de Béatrice et frère de Charles, est tout naturellement désigné pour concilier ce différend : de concert avec les légats du pape Alexandre IV, il y travaille activement et réussit à y mettre fin par une sentence arbitrale que lui-même et les légats rendent à la fin de l’année 1256. La sentence, qui est ratifiée par Henri III, autre gendre de Béatrice, détermine l’étendue des droits qui doivent être attribués à titre de douaire à la veuve de Raymond Bérenger. Ce document contient une allusion à une autre querelle qui, sans la sage intervention du pape et du roi de France, n’eût pas manqué, vers cette époque, de mettre en feu la Provence et le Dauphiné. Presque depuis le commencement du siècle les dauphins de Viennois prétendent avoir acquis le Gapençais des comtes de Forcalquier. On sait que depuis lors, le comté de Forcalquier ayant été uni à celui de Provence, Charles d’Anjou se trouvait être le représentant des anciens seigneurs du Gapençais ; à ce titre il contestait la prétention du dauphin Guigues VII. A la fin de l’année 1256, le conflit en est arrivé à une période aiguë ; Charles d’Anjou menace, pour se faire justice, d’attaquer les domaines du Dauphin. Il faut tout le poids de l’autorité du pape et du roi pour l’arrêter : Alexandre IV va même jusqu’à ordonner aux archevêques d’Embrun, de Vienne et d’Aix, et aux évêques de Grenoble et de Gap, de prêter assistance à Guigues contre toute agression.

 

Enfin les deux parties consentent à accepter un compromis : l’affaire est remise à la décision de Barral de Baux, arbitre choisi par le comte de Provence, et de Jean de Bernin, archevêque de Vienne, personnage universellement respecté, sur lequel porte le choix du Dauphin.

 

En juillet 1257, les arbitres rendent leur jugement qui maintient le Gapençais au Dauphin à charge d’en faire hommage au comte de Provence.

Ce ne sont pas les seules occasions où le roi Louis IX agit comme médiateur dans les querelles qui divisent les seigneurs du royaume de Bourgogne-Provence pourtant  dépendant de l’empire. En 1268, le dauphin Guigues VII et le comte Philippe de Savoie se font une guerre motivée, entre autres causes, par des discussions sur le Faucigny, que Béatrice de Thoire, alliée du comte de Savoie, réclame à la Dauphine, petite-fille par sa mère d’Aymon de Faucigny. Ici encore l’intervention de Louis IX est acceptée, sinon demandée ; au commencement de 1260, des négociations se poursuivent à Sciez par les soins de deux arbitres, l’un Pierre de Bagé, clerc du roi et de la reine de France et délégué de Louis IX, l’autre, Aymon, évêque de Genève.

                                                              

 

Vers la même époque, un conflit s’étant élevé entre les bourgeois de Lyon et le chapitre, c’est encore le pape et le roi de France que les deux parties chargent de terminer le différend. Si Louis IX est partout considéré l’incarnation de la justice, si partout on vante son amour de la paix, c’est qu’il ne se borne pas à montrer ces vertus lorsqu’il s’occupe des affaires d’autrui ; lui-même les met en pratique pour le gouvernement de ses propres affaires. Viviers, sise sur les bords du Rhône, au pied des montagnes du Vivarais, relève officiellement de l’Empire ; mais, sans respect pour les anciens diplômes, les fonctionnaires de l’administration royale la traitent volontiers comme si elle eût été française. « Quoique, suivant leurs prétentions, ils ne soient soumis qu’à l’Empire, écrit Clément IV à Louis IX le 9 novembre 1265, les habitants de Viviers et du diocèse sont cités par vos officiers... S’ils se refusent à comparaître devant eux, ils sont frappés d’amendes et leurs biens sont saisis ; on prononce des sentences contre eux en matière civile et criminelle. » Or Clément IV, en sa qualité d’ancien enquêteur de  Louis IX, connaît bien l’état du royaume ; il est allé jadis à Viviers, et il a examiné les privilèges contenus dans les archives de l’évêque et du chapitre : tous émanent des empereurs ; on n’en trouve pas un qui vienne du roi de France. Bien plus, il y a vu les étendards impériaux dont les évêques de Viviers se sont servis jadis.

Les représentations du pape sont entendues, et, au moins pendant les dernières années du règne de Louis IX, ses officiers royaux s’abstiennent de leurs entreprises.

Cet incident permet de juger du discrédit dans lequel est tombé le pouvoir impérial. Aucun des prétendants à l’Empire n’a souci de protester contre les agissements de l’administration française : il faut qu’un pape, lui-même ancien membre de cette administration, prenne la défense de l’Église de Viviers contre ses collègues d’autrefois.

 

Si l’Empire oublie le royaume de Bourgogne-Provence, il faut avouer que ce royaume le lui rend bien ; de plus en plus on sent que ces régions sont passées sous l’influence dominante des Capétiens. Les agents du roi poursuivent, par la force des choses, leur œuvre d’annexion, dans laquelle ils sont dirigés moins par les instructions de Louis IX que par les traditions déjà invétérées dans l’administration. C’est d’ailleurs un trait caractéristique de la politique du roi de France Louis IX qu’en général il a plutôt à contenir qu’à exciter le zèle de ses baillis et de ses sénéchaux.

                                                                                                               

Après la mort de Louis IX, c’est son fils Philippe le Hardi qui devient roi.

Quand au printemps de 1271, Philippe le Hardi  passe à Lyon, ramenant avec lui les précieux restes de son père mort à la croisade, les bourgeois, toujours en lutte avec le chapitre primatial, se déclarent ouvertement soumis à la juridiction du roi de France  et le sollicitent de les prendre sous sa garde spéciale. Philippe accueille cette demande par un acte du 1er mai 1271 ; en échange de sa protection et de sa suzeraineté, les Lyonnais s’obligent à lui payer annuellement un impôt qui, levé par eux, devait être versé entre les mains du bailli de Macon.

En vain les partisans du chapitre protestent ; l’amende qu’un arrêt du Parlement inflige, le 8 novembre 1271, à ceux d’entre eux qui avaient osé maltraiter les sergents royaux, leur fait comprendre ce qu’il coute d’insulter le pouvoir nouveau. Mais  Philippe le Hardi ne pousse pas jusqu’au bout ces premiers avantages : quand, en 1272, après une longue vacance, l’Église de Lyon reçoit comme nouvel évêque le dominicain Pierre de Tarentaise, cet avènement  amène une certaine détente dans la situation, Mais un résultat important est acquis ; pour la première fois la royauté française a pris en main la cause des bourgeois de Lyon : Philippe le Hardi, en faisant cette démarche devant laquelle son père avait toujours reculé,  jette la semence de la moisson que  recueillera Philippe le Bel. En même temps, du côté du Vivarais, les officiers royaux reprennent les entreprises dont, bien malgré eux, ils avaient dû s’abstenir pendant les dernières années du règne de Louis IX : à Viviers, comme à Lyon, on sait que le saint roi n’est plus là pour retenir ses fonctionnaires et ses partisans, et que désormais les excès de zèle seront permis, sinon encouragés, quand ils auront pour résultat l’agrandissement du royaume. Poussé sans doute par le clergé de Viviers Grégoire X doit renouveler en 1272 les protestations de Clément IV. Profitant de l’abaissement de l’empire pendant le Grand Interègne, le roi  Philippe le Hardie pratique  la politique d’empiétements progressifs mise en pratique par ses officiers. Mais cette politique ne suffit pas pour autant à son oncle Charles d’Anjou, ennemi juré des Hohenstaufen et des Gibelins. Pendant que le dernier descendant de Frédéric II, Enzius, lègue son vain titre de roi de Bourgogne-Provence aux représentants de la maison de Souabe, Alphonse de Castille et Frédéric III de Thuringe, le comte de Provence pense à faire élire son neveu Philippe le Hardi roi des Romains, et à confisquer ainsi l’Empire au profit de la France et du parti Guelfe. Si Alphonse de Castille réussit à rallier, autour du marquis Guillaume de Montferrat, tous les Gibelins et tous les ennemis de Charles d’Anjou dans le nord de l’Italie, et parmi eux le jeune Thomas, fils du comte Thomas II de Savoie, il ne trouve guère d’appuis en Allemagne et en Italie ou tout ce qui suit Charles d’Anjou lui est hostile. 

 

Le nouveau pape, Grégoire X, n’est nullement enclin à se faire le soutien d’Alphonse ; il n’a d’autre rêve que d’apaiser les dissensions de la chrétienté pour la lancer toute entière sur l’Islam ; aussi veut-il un empereur qui peut se mettre à la tête de l’Europe unie pour la conduire à la croisade ce qu’il ne peut attendre d’Alphonse. En outre, favoriser Alphonse, c’est rompre avec Charles d’Anjou. Aussi, par une lettre du 16 septembre 1272, Grégoire X décline les propositions que le roi de Castille a cru devoir lui adresser. C’est alors que Charles d’Anjou juge bon d’intervenir. Nul plus que lui n’a intérêt à écarter de l’Empire, Alphonse. S’il faut dans la Péninsule une autre influence que la sienne propre, Charles ne peut guère s’accommoder que de celle de son neveu Philippe le Hardi. Aussi c’est lui qui, pour atteindre ce but, réussit à obtenir de Philippe l’envoi de deux ambassadeurs chargés de sonder les intentions du Saint-Siège et de pressentir l’accueil que la cour de Rome réserve à la candidature française.

C’est à Florence, où les affaires politiques italiennes appellent en même temps le pape et Charles d’Anjou que les envoyés français peuvent s’acquitter de leur mission. Mais le pape ne se reconnaît point le droit de conseiller à un autre prince de prétendre à la couronne impériale. Laissant le pape, les ambassadeurs reviennent auprès de Charles d’Anjou, qui, sans se décourager, leur confie le soin d’exhorter son neveu à poursuivre activement le succès de sa candidature.

 

MAISON DE HABSBOURG   /  HAUS VON HABSBURG

                                                     

 

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 18:50

 

Le Grand Interégne ( 1250-1273)

 

.Henri le Raspon (1204 à 1247), anti-roi des Romains de 1246 à 1247

Landgrave de Thuringe

Fils du landgrave Hermann Ier de Thuringe  et de sa seconde épouse Sophie, fille du comte Othon de Bavière.

.Conrad IV / Konrad  IV  (1228-1254),  roi des Romains / römisch-deutscher König  de 1237 à 1254,  roi de Sicile / König von Siclien  (1250-1254), roi de Jérusalem / König  von Jerusalem (1228-1254), duc de Souabe / Herzogtum von Schwaben (1235-1254).

Fils de Frédéric II Hohenstaufen et de Yolande de Brienne, il épouse Élisabeth de Bavière en 1246 laquelle lui donne un fils, Conradin (1252-1268), futur duc de Souabe.

Suite à la déposition de son frère Henri VII, il est élu roi des Romains en 1237 mais il se voit opposer un anti-roi, le landgrave de Thuringe Henri le Raspon, qui le vainc à la bataille de la Nidda en 1246, mais décède en 1247. Guillaume II de Hollande  devient le nouvel anti-roi. Conrad IV n'arrive finalement pas à dominer la Germanie. Son règne en tant que roi des Romains est contesté par Guillaume II de Hollande puisque le pape Innocent IV combat son élection en soutenant Guillaume II. Il fait d'ailleurs prêcher une croisade contre lui.

 

Conrad meurt en 1254, quatre ans seulement après son père.

 

.Guillaume II de Hollande (1227 à 1256), roi des Romains de 1247 à 1256

comte de Hollande

 

Grâce au soutien de son oncle Henri II, duc de Brabant et archevêque de Cologne, il est élu roi des Romains le 3 octobre 1247, après la mort d'Henri le Raspon.

                                                            

Pendant cette période du Grand Interègne se poursuit le mouvement d’affranchissement des serfs des villes commencé au début du règne des Hohenstaufen qui aboutit à la création de Communes Bourgeoisiales constituées des personnes redevenues libres habitant les bourgs d’où le nom de bourgeois. Autour de l’ensemble cathédral, noyau épiscopal fortifié de certaines villes, le « bourg » s’est établi : c’est là que la riche bourgeoisie commerçante a lancé les tours de ses hôtels. Au-delà de son enceinte de protection, vient le « faux bourg ». Au fur et à mesure, l’ensemble se réinsère ou non dans de plus vastes remparts ; les grandes villes voient se créer des universités près des cathédrales, marquant le lien avec le pouvoir du noyau épiscopal. La bourgeoisie est donc intimement liée à l'existence des villes reconnues comme telles par leurs chartes urbaines et il n'y a donc pas de bourgeoisie "hors les murs de la cité" au-delà desquels les habitants  sont des "manants" soumis aux juridictions et aux corvées seigneuriales. Un modeste savetier peut être bourgeois d'une ville parce qu'un de ses ancêtres y a acquis ce droit héréditaire et être membre de ce fait d'une corporation, de la milice urbaine, du corps municipal, alors que dans cette même ville un riche financier né à la campagne ne peut y être qu'un simple habitant sans aucun droit politique et ne pouvant de ce fait pas se désigner dans les actes juridiques comme "bourgeois" de cette ville ni jouir des privilèges par exemple de juridiction réservés aux "bourgeois".

Parmi les chartes que les villes obtiennent de leurs seigneurs, les unes donnent aux bourgeois le droit de se gouverner eux-mêmes et font des villes de véritables républiques indépendantes; les autres leur accordent seulement des garanties contre l'arbitraire et fixent le maximum des impôts, des jours de corvée, des amendes. On donne aux  seules villes tout à fait indépendantes le nom de communes, aux autres celui de villes de bourgeoisie.

 

Désormais dans plus en plus de villes épiscopales, les Communes Bourgeoises ne relèvent plus du pouvoir temporel du prince-évêque qui voit son pouvoir temporel non pas disparaitre mais se restreindre à un territoire amputé de celui de la Commune qui entre souvent en conflit avec lui. Souvent également  le propre chapitre cathédral composé de chanoines possédant eux-mêmes personnellement en tant que seigneurs un certain pouvoir temporel rivalisent avec l’évêque lui-même favorisant les visions autonomistes des Communes bourgeoises et les ambitions souverainistes du roi de France qui est trop content de les prendre sous sa protection notamment quand l’empereur soutient le pouvoir comtal de l’évêque. En revanche, notamment quand l’empereur décide de soutenir également les Communes contre l’évêque, certaines notamment de ces villes épiscopales passent de la souveraineté de leur seigneur l’évêque à celle de l’empereur en devenant ville impériale disposant de l’immédiateté impériale c'est-à-dire relevant de sa justice et disposant d’un siège à la diète impériale telles Strasbourg, Lyon, Besançon ce qui n’est pas le cas dans le royaume de France  où un tel statut de Ville Libre Royale ne se développe pas.

 

L’interrègne n’est pas fait pour augmenter dans ces contrées le respect de à la majesté impériale. Néanmoins comme en plus d’une matière les privilèges impériaux créent une sorte de légitimité, on y a recours pour régulariser des situations équivoques ou légitimer des usurpations évidemment iniques : par exemple, en 1281, Raymond Ier de Baux, prince d’Orange, ordonne par testament de restituer aux habitants des rives du Rhône une somme considérable représentant les recettes du péage du sel qu’il avait injustement prélevées ; or l’iniquité consistait en ce que le péage avait été perçu avant d’être autorisé par l’empereur. L’empire apparait encore comme un idéal d’organisation et de justice et c’est à cela qu’il doit le prestige qui lui reste.

 

Après la mort de Frédéric II, Guillaume de Hollande se rend à Lyon pour y rencontrer le pape Innocent IV et célébrer avec lui les fêtes de Pâques de l’année 1251. Le Jeudi Saint le pape sort de Lyon pour aller porter sa bénédiction à la multitude rassemblée dans une immense plaine. Le lendemain vendredi le roi des Romains et sa suite assistent à la fonction pontificale. Passé les fêtes, le mercredi de Pâques 19 avril 1251, le pape et le roi quittent Lyon ; Innocent, accompagné de sa cour, s’embarque sur le Rhône qu’il suit jusqu’à Orange pour aller ensuite à Marseille et à Gènes ; maintenant que le terrible ennemi de l’Église Romaine est vaincu, la  papauté peut, après sept ans d’exil, rentrer en Italie.

 

De son côté Guillaume regagne l’Allemagne par la Franche-Comté. Son retour est marqué par une tentative qui, si elle eût été couronnée de succès, eût pu donner un point d’appui à l’action de l’Empire dans le sud-est de la France. Le comte palatin Hugues de Bourgogne a réuni sur sa tête, par son mariage avec Alix de Méran, les droits des deux branches de sa famille mais se trouve alors en lutte ouverte avec son père, Jean de Chalon, le descendant de la branche cadette des palatins, qui, sous l’influence d’une seconde femme, oublie ses sentiments paternels. Guillaume de Hollande profite de la nécessité où se trouve Jean de Chalon pour conclure avec lui un arrangement favorable à tous deux : Jean promet au roi des Romains son assistance et un prêt de dix mille marcs d’argent, en échange desquels il reçoit en gage les droits de l’Empire à Lausanne et à Besançon, et est autorisé à battre monnaie à Salins. Outre les avantages matériels qu’il retire de cette négociation, c’est un succès pour Guillaume que d’avoir été reconnu par un seigneur aussi considérable que Jean de Chalon : peut-être même, par son intervention dans les affaires du Comté de Bourgogne, parviendrait-il à se ménager dans ces régions une autorité qui lui permettrait ensuite de faire sentir son influence sur les provinces du royaume d’Arles peu éloignées de la Bourgogne. En tous cas, le roi des Romains travaille à se faire des amis en Dauphiné et en Provence. L’ancienne politique des empereurs, qui avait si bien réussi à Barberousse au siècle précédent, consiste à s’attacher le clergé par de nombreuses concessions de privilèges ; évêques et abbés aiment à se placer sous la dépendance immédiate de la couronne impériale, espérant ainsi se soustraire à l’oppression des seigneurs laïques, qui, sous prétexte d’avouerie ou pour tout autre motif, commettent à l’égard des Églises d’incessantes déprédations. Un moyen s’offre à Guillaume de Hollande de nouer des relations avec les évêques du midi de la France ; il ne le laisse pas échapper.

 

Henri de Suse est alors archevêque d’Embrun ; possédant la confiance d’Innocent IV, il a dû quitter sa résidence pour le service de l’Église et du roi des Romains ; c’est évidemment par lui que Guillaume de Hollande peut se mettre en rapport avec les évêques de la Provence et du Dauphiné. Plusieurs diplômes, tous de l’année 1251, attestent cette tendance de la politique du roi des Romains : l’un d’eux reconnait et énumère les droits de l’archevêque d’Embrun et la juridiction temporelle qui lui appartienne sur des territoires sis dans les diocèses d’Embrun, de Gap et de Turin. Le roi des Romains lui concède en outre des privilèges très étendus tels que le droit d’accorder des lettres de légitimation, et celui de créer des notaires et tabellions. Ces divers actes irritent vivement le comte de Provence, Charles d’Anjou, fort peu disposé à reconnaître les prétentions des empereurs sur ces contrées.

  

Cependant Thomas de Savoie, veuf de la comtesse Jeanne de Flandre, l’un des membres importants d’une des familles les plus puissantes et les plus ambitieuses du royaume de Bourgogne se rapproche de Guillaume de Hollande. De retour dans son pays d’origine, il a été investi des domaines de sa famille en Piémont, pour les tenir en fief de son frère aîné Amédée IV, comte de Savoie : titulaire de droits mal définis, encore moins reconnus, en lutte avec des adversaires tels que l’évêque et les habitants de Turin ou les bourgeois d’Asti, Thomas  a, suivant les exigences de ses intérêts, oscillé jusqu’alors entre les deux grands partis qui se disputaient la péninsule italienne à la fin du règne de Frédéric II. Ainsi avait-il abandonné l’amitié du pape Innocent IV pour suivre son frère Amédée dans les rangs des défenseurs de Frédéric II, qui, en récompense, avait comblé les deux frères des faveurs les plus libérales. De nombreux diplômes rendus par l’empereur à Verceil, vers la fin de l’année 1248, avaient conféré à Thomas, comme fiefs impériaux, Turin, ses ponts et ses forteresses, Moncalieri, Ivrée, Castelvecchio et plusieurs châteaux ou bourgs, les péages et autres droits de l’Empire dans le comté de Piémont et la qualité de vicaire impérial dans ces contrées : quelques diplômes de l’année 1249 complétèrent ces concessions. Malheureusement le prestige des chartes de Frédéric II était loin de suffire à faire tomber les résistances des adversaires du comte Thomas. Aussi cherche-t-il d’autres appuis ; dès que se répand la nouvelle de la mort de Frédéric II, il se hâte de revenir au parti d’Innocent IV. En tous cas, quelques mois après la mort de l’empereur, Thomas de Savoie, absous des censures que lui avait fait encourir son alliance avec l’empereur, épouse la nièce du pape, Béatrice, fille du comte de Lavagne.

 

Bientôt il offre son hommage au roi des Romains, Guillaume de Hollande, qui, trop heureux sans doute d’être reconnu par un personnage aussi considérable, l’en récompense en lui confirmant les privilèges et les fiefs que lui a accordés Frédéric.                                                        

Toutefois ni Turin ni Asti ne se montrent plus respectueuses des volontés de Guillaume qu’elles ne l’avaient été des ordres de Frédéric II ; Thomas doit entreprendre en 1255 contre ses adversaires une guerre qui se termine par un désastre : fait prisonnier par ses ennemis, jeté dans un cachot de Turin et chargé de fers, il se résigne, après une longue captivité, à accepter les conditions les plus dures ; encore ne doit-il sa liberté qu’à l’intervention opportune des rois de France et d’Angleterre, qui tous deux, par leur mariage, étaient devenus ses neveux.

  

Peu de temps avant sa mort, Guillaume  témoigne sa faveur à un frère du comte Thomas, le célèbre Pierre, dit le Petit Charlemagne ; le justicier général du Saint Empire, Adolphe de Waldeck, au nom du roi des Romains, avait confié à Pierre la protection de la Bourgogne, et plus particulièrement de Berne et de Morat, menacés par les entreprises du comte Hartmann de Kybourg   .

 

Guillaume de Hollande meurt  en 1256.

 

 

 

 

 

 

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 19:26

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(suite 3) 

.FREDERIC II  /  FRIEDRICH   II  (1194-1250),                                                    empereur / kaiser de  1211 à  1250                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

 

En revanche, l’Église romaine concède à Raymond Bérenger les sommes provenant, en Provence, du rachat des vœux des Croisés ; elle y ajoute le quart de la subvention qu’elle demanderait aux Églises de l’Empire dans les provinces d’Aix, d’Arles, d’Embrun, de Tarentaise, de Lyon, de Vienne et de Besançon. Le Pape approuve ces concessions de son légat et l’exhorte à accroître le plus possible les ressources pécuniaires du comte de Provence, de l’archevêque et des bourgeois d’Arles. Après avoir pourvu aux nécessités de la lutte, le légat poursuit sa route et se rend auprès de saint Louis auquel il dépeint les projets coupables de Frédéric,

 

L’empereur réagit et par  une lettre du mois de décembre 1239 met le comte de Provence au ban de l’Empire et prononce la confiscation de ses biens dont Forcalquier doit être distrait pour être donné au comte de Toulouse.

 

En même temps, sans doute pour remplir les caisses de la commune, Frédéric accorde à ses fidèles Avignonnais le droit de frapper de nouvelles monnaies que chacun serait tenu d’accepter comme les autres monnaies en cours dans le royaume d’Arles et de Vienne.

 

 En 1240, Frédéric II continue de consolider son pouvoir dans son royaume de Bourgogne-Provence en demandant au comte Raymond VII de Toulouse d'intervenir militairement  contre le comte Raimond Bérenger IV de Provence et Jean Baussan, archevêque d'Arles. Une campagne nouvelle commence donc , au printemps de 1240, contre le comte de Provence et les Arlésiens ; elle est dirigée par le comte de Toulouse et le vicaire impérial, Bérard de Lorette que secondent de nombreux seigneurs et d’importantes cités : les comtes de Comminges et de Rodez, Dragonet de Montauban, le seigneur de Lunel, Barral de Baux, Aymery de Clermont et beaucoup d’autres nobles du Languedoc ou de la Provence, qu’accompagnent les contingents fournis par Avignon et Marseille. Les alliés saisissent les biens des Églises à Avignon et dans le Comtat, pillent les domaines du comte de Provence et des Arlésiens, s’emparent de vingt châteaux et mettent le siège devant Arles, qui résiste avec succès à leurs tentatives.

Mais le roi de France Louis IX et le roi d’Angleterre Henri III entendent défendre leur beau-père Raymond Berenger. Louis IX  envoie vers la région un corps d’armée dont l’apparition met un terme aux entreprises du comte de Toulouse. Ni Frédéric, ni le comte de Toulouse ne tiennent à se brouiller avec le futur saint Louis. Aussi, l’empereur donne quelques explications diplomatiques, et le comte de Toulouse, suspend la lutte du côté de la Provence.

 

Sur ces entrefaites, l’empereur remplace Bérard de Lorette par Gautier, comte de Manupello, qui porte le titre officiel de vicaire général du Saint Empire.  L’un de ses premiers actes est rendu en faveur des consuls et des bourgeois de Gap ;  le 5 août 1240, ils s’engagent à fournir à l’empereur les services féodaux qui lui sont dus à raison des terres de l’Église de Gap. En revanche, l’empereur promet de respecter ces domaines et tous leurs privilèges : combinaison étrange où les bourgeois se substituent à l’évêque pour la prestation de services féodaux dus à l’Empire à l’occasion du temporel de l’Evêché. Le vicaire impérial ajoute à cette promesse une confirmation du consulat, de la juridiction et des libertés de Gap : en échange de ces faveurs, les bourgeois doivent prêter serment de fidélité à l’empereur, nouvelle preuve de l’alliance qui tend à se former entre les communes et le pouvoir impérial : Gap devint ainsi, en théorie du moins, « une ville libre immédiate; entre les bourgeois et l’empereur l’intermédiaire de l’évêque est supprimé.

 

De Gap, le comte de Manupello se rend à Avignon où, depuis la mésaventure de Bérard de Lorette, Raymond VII exerce, au nom de l’empereur, les fonctions de podestat. Les Impériaux semblent à ce moment éprouver quelque défiance à l’égard du comte de Toulouse. Raymond  veut conserver les fonctions qu’il exerce à Avignon ; mais, sans tenir compte de ses protestations ni des services rendus par lui à la cause impériale, le vicaire de l’Empire l’en dépossède et prend lui-même la direction des affaires de la cité.

 

A cette époque, entre Raymond VII et les vicaires impériaux, se poursuit une sourde lutte alimentée par une jalousie réciproque ; sans aucun doute, les chefs du parti hostile à l’Église sont alors profondément divisés, circonstance favorable aux efforts de la diplomatie pontificale ; le cardinal Jacques de Préneste et son vicaire Zoën ne manquent pas d’en profiter. Raymond VII, en mauvaise intelligence avec les Impériaux, estime nécessaire pour  reconquérir  une partie de ses Etats, de s’assurer une certaine liberté d’action du côté de l’Église et du comte de Provence ; entre 1240 à 1241,à la suite de longues négociations conduites par le comte de Toulouse, tant à la Cour de France qu’auprès des seigneurs du Midi, il se rapproche de l’Église et, pour en obtenir l’absolution, il s’oblige à lui venir en aide dans sa lutte contre Frédéric II.  En outre, il se réconcilie avec Raymond Bérenger et contracte alliance avec lui ainsi qu’avec le roi Jacques d’Aragon ; il compte demander la nullité de son mariage avec Sancie d’Aragon pour épouser une des filles du comte de Provence qui porte aussi le nom de Sancie, et qui, plus tard, après l’échec de ce projet, devait se marier à Richard de Cornouailles : ainsi Raymond VII cherche dans l’alliance du comte de Provence les avantages qu’il n’a pas trouvés en le combattant.

 

Ceci l’amène également à faire la paix avec l’archevêque d’Arles ; le 30 mai 1241,  il lui rend hommage pour Beaucaire et la terre d’Argence. Toutefois, quand il s’agit de tenir ses engagements envers le comte de Provence, Raymond VII ne s’exécute que de très mauvaise grâce ; en fait le comte de Toulouse joue double ; il oscille entre deux alliances d’une part, celle de l’empereur et des adversaires de l’Église, d’autre part, celle de la papauté et du comte de Provence.

 

Cependant,  les campagnes  militaires en Italie de Frédéric sont couronnées de succès ; au cours de  la fameuse bataille de Meloria, gagnée sur les Génois, le 3 mai 1241, par une flotte de Pise, alliée fidèle de l’empereur, plusieurs prélats d’outremonts qui se rendent, sur les vaisseaux de Gênes, au Concile convoqué par Grégoire IX, sont tués ; beaucoup sont faits prisonniers dont l’archevêque de Besançon ; l’archevêque d’Arles  réussit à s’échapper et  à regagner Gênes, d’où il revient en Provence.

 

La guerre se rallume entre Raymond VII et le comte de Provence ; mais cette reprise des hostilités ne dure guère. Tout le Midi est fatigué de la lutte ; peu à peu les adversaires de l’Église se détachent de leur parti.

En 1242, l'empereur Frédéric II nomme conjointement Henri le Raspon, Landgrave de Thuringe et le roi Venceslas Ier de Bohême procurateur impérial pour la Germanie, chargés de son fils Conrad IV encore mineur (14 ans).

En 1243, Sancie de Provence la troisième fille du comte de Provence  Raymond-Bérenger  promise au comte de Toulouse Raymond VII épouse en 1243 Richard de Cornouailles, le frère du roi d'Angleterre, futur  roi des Romains.

L'accord de cette union est fait à Montpellier, en présence de Jacques Ier d'Aragon.                                                                

En même temps, Marseille obtient de son évêque l’absolution et conclu sa paix avec Raymond Bérenger. Bien plus, le 29 juin 1243, l’archevêque d’Arles étant à Beaucaire, proclame entre les deux comtes une trêve qui devait prendre fin à la prochaine fête de la Toussaint. Ainsi, Frédéric se voit privé de ses principaux appuis : Arles, Avignon, Marseille, le comte de Toulouse font successivement défection. L’Église l’emporte et  Raymond VII  obtient fin 1243 l’absolution du nouveau pape Innocent IV, pour s’employer ensuite à de longues et infructueuses négociations entre l’empire et la papauté.

  

Le pape estime qu’un nouveau concile est nécessaire pour terminer le procès intenté contre l’empire ; la situation  en Italie n’étant pas sûre, il décide de transporter sa cour à Lyon dont les liens avec l’empire sont déjà largement distendus et qui bénéficie de la proximité du royaume de France.

 

A la fin de novembre, le pape entreprend le pénible voyage d’Italie en France, à travers les États du comte de Savoie ; il franchit à grand-peine le Montcenis, suit la vallée de l’Arc, s’arrête à l’abbaye cistercienne de Hautecombe sur le lac du Bourget, et arrive, le 2 décembre, à Lyon. Les comtes de Toulouse et de Provence viennent à Lyon ainsi que la plupart des évêques du Royaume de Bourgogne-Provence.

 

Frédéric continue de s’efforcer de se créer des partisans nouveaux parmi les seigneurs laïques, afin de mieux lutter contre cette hiérarchie qui avait été le soutien naturel de ses prédécesseurs. Dès le mois de juillet 1245, il accorde en fief à Imbert de Beaujeu une pension annuelle de cent marcs d’argent à prendre sur la Chambre impériale. En septembre, il confirme un péage à Albert, seigneur de la Tour du Pin.

 

Le 17 juillet 1245, au concile de Lyon, le pape Innocent IV fait proclamer la déposition de Frédéric II de ses titres d'empereur et de roi. Il délie tous ses sujets de leur fidélité au souverain excommunié. L’empereur veut alors, pour frapper ses ennemis au cœur, occuper  avec une armée, la ville de Lyon où la Cour pontificale continue de résider. Il prévoit de passer par la route du Montcenis ouverte depuis que le comte de Savoie Amédée IV, rompant ses attaches avec le parti pontifical, est venu, en juillet 1245, lui présenter ses hommages à Turin.

 

Raymond Bérenger meurt le 19 août 1245, laissant ses domaines à sa quatrième et dernière fille Béatrice de Provence. Frédéric lui propose d’épouser son fils Conrad ; le comte de Toulouse Raymond VII envisage un tel mariage mais c’est en définitive le roi de France Louis IX qui obtient de marier l’héritière de Provence avec son frère Charles d’Anjou.

 

De son côté le pape pour enflammer l’indignation des masses, enjoint aux évêques de faire publier chaque dimanche, à son de cloches, l’excommunication portée contre Frédéric II et leur recommande de faire connaître au peuple, par des prédications multipliées, les crimes commis par Frédéric et sa rage à persécuter l’Église.

 

Contre le parti impérial qui n'accepte évidemment pas sa décision et la conteste juridiquement, le pape cherche des concurrents à son adversaire, et pousse les électeurs ecclésiastiques, l'archevêque de Cologne Conrad de Hochstaden et celui de Mayence, Siegfried III, à élire un nouveau Roi des romains.

Le 22 mai 1246 à Veitshöchheim près de Würzbourg, Henri le Raspon est élu roi des Romains par une minorité d'électeurs s'opposant ainsi à son ancien suzerain comme à son ancien protégé.                                                                                                              

 

Le 5 août 1246, Henri le Raspon défait près de Francfort sur la Nidda son rival Conrad IV. Il tient par la suite deux diètes à Francfort et Nuremberg. Conrad IV et son parti ne s'avouant pas vaincu, il mène campagne en Souabe. Blessé dans une escarmouche à Reutlingen, il se retire au château de Wartbourg et y meurt le 16 février 1247.

 

En cette année1247, le comte de Savoie Amédée IV reste un chaud partisan de l’empereur ; il est convenu que Manfred, le fils de Frédéric et de Bianca Lancia, épouserait Béatrice, fille du comte de Savoie : Manfred recevrait immédiatement de l’empereur toute la terre qui s’étend de Pavie aux Alpes. Le mariage est célébré l’année suivante.

 

Par ailleurs, l’empereur regagne à sa cause le dauphin Guigues VII ; un acte daté de juin 1247 lui confirme toutes ses acquisitions dans les comtés de Gap et d’Embrun et, de plus, lui concède les alleux situés dans ces deux comtés, ainsi que dans les comtés de Vienne, d’Albon et de Grenoble, sauf l’hommage et la fidélité que le Dauphin en devrait à l’Empire. L’avantage n’est pas de médiocre importance, si l’on considère que le Dauphin se trouve  ainsi placé dans la hiérarchie féodale, au-dessus de tous les propriétaires d’alleux, qui cessent d’être ses pairs pour devenir ses inférieurs.

 

Assuré de l’amitié du comte de Savoie, du dauphin et du seigneur de la Tour, l’empereur, donc maître de la route de Lyon,  ordonne à ses vassaux de se trouver à Chambéry au mois de juin 1247, et d’y amener leurs contingents.

A cette époque, l’empereur s’efforce de rallier à sa cause tous les éléments hostiles à l’Église,  il se présente comme le champion du pouvoir séculier contre  l’Église, qui tente d’envahir le domaine temporel ; aussi plus d’un membre de la noblesse française s’arme pour la cause de l’empereur. Le pape prend sans tarder des mesures urgentes pour conjurer l’orage. Il demande  aux prélats de se préparer à défendre le Saint Siège et appel au secours  le roi Louis IX.

 

Finalement l’intervention de l’armée rassemblée par le roi de France est inutile car le soulèvement de la ville guelfe de Parme qui oblige l’empereur à rebrousser  chemin. Quand le pape Innocent IV décide d’envoyer un corps de troupes au secours des Parmesans, le comte de Savoie Amédée IV refuse le passage de même qu’au légat du pape Octavien, chargé de porter aux Lombards les messages et les encouragements d’Innocent IV.

 

Les affaires italiennes retiennent l’empereur dans l’Italie centrale ou en Lombardie, pendant les derniers mois de l’année 1247 et les premiers de l’année 1248 ; il revient en Piémont vers le mois de juillet se rapprochant ainsi des domaines de ses fidèles alliés, les princes de la maison de Savoie. A Verceil il rencontre une nombreuse assemblée de seigneurs acquis à l’empire; à leur tête se trouvent le comte Amédée et son frère, Thomas de Savoie, comte de Flandre. Thomas est nommé vicaire général de l’Empire pour l’Italie du Nord, depuis Pavie jusqu’aux Alpes, et reçoit en outre de nombreux fiefs, parmi lesquels les villes d’Ivrée et de Turin, ainsi que plusieurs châteaux ; en outre, Thomas et Amédée sont investis des pouvoirs de Frédéric, à l’effet d’entamer une nouvelle négociation avec le pape. En même temps, l’empereur accorde au dauphin Guigues une pension annuelle de trois cents onces d’or, payables par le Trésor impérial ; une pension de quinze onces d’or est attribuée à son chambrier.

 

Evidemment l’empereur songe, pour le cas probable où sa diplomatie échouerait à reprendre le projet d’une expédition contre Lyon. A ce moment, la fortune semble se montrer plus favorable à l’empereur dans  son royaume de Bourgogne-Provence. Inquiétées par l’avènement de Charles d’Anjou, dominées par des factions hostiles aux croyances catholiques et à l’influence française, les grandes communes de Provence, Arles, Avignon et Marseille, s’unissent dans une confédération nouvelle. Un mouvement très violent se produit à Arles, où les adversaires du clergé reprennent le dessus : les principaux partisans de l’Église sont emprisonnés ; les factieux se saisissent des domaines des Églises et ravagent ceux du comte de Provence ; l’archevêque Jean Baussan est l’objet de grossières menaces. Les meneurs se tournent naturellement vers Frédéric II, auquel ils envoient des émissaires pour solliciter son appui ; les ennemis de tout ce qui est chrétien et français ont pris, dans le Midi, une telle influence, que les Croisés, compagnons du roi Louis IX, sont insultés lors de leur passage à Avignon et à Marseille. La situation devient si grave, qu’au mois de novembre 1248, les prélats des provinces de Vienne, d’Arles, d’Aix et de Narbonne, tiennent à Valence un Concile présidé par deux cardinaux légats du Saint-Siège, Pierre d’Albano et Hugues de Sainte Sabine.

  

Les condamnations et les prohibitions de ce Concile montrent clairement quels ferments de désordre recèlent alors la région méridionale : sont condamnés ceux qui ne respectent pas les excommunications, ceux qui méprisent l’autorité des inquisiteurs, ceux qui interdisent aux ecclésiastiques le feu et l’eau, les fours et les moulins ; ceux qui assassinent les clercs, s’emparent des biens de l’Église, et ceux qui refusent de jurer la paix et de renouveler ce serment de trois ans en trois ans. Sont frappés des sentences les plus sévères les meneurs qui ont appelé le secours de Frédéric, dont l’excommunication est de nouveau solennellement publiée, ceux qui ont recours à son intervention et font accueil à ses envoyés.

La voix du Concile n’est guère écoutée : à Arles, la faction provençale et française est toujours cruellement maltraitée ; les envoyés de Frédéric reçoivent le serment de fidélité des bourgeois d’Arles et d’Avignon ; en même temps, les sympathies de Raymond VII semblent se porter de nouveau vers la cause impériale. L’empereur est  à la veille de retrouver dans le royaume d’Arles ses anciens appuis, le comte de Toulouse et les communes de Provence, fortifiés de la puissance du Dauphin et du comte de Savoie.

Ainsi, en 1248, le comte de Provence  Raymond Berenger V et l’archevêque d’Arles Jean Baussan sont au côté de Frédéric II à Vérone.                                                   

Le comte de Toulouse Raymond VII meurt le 22 septembre 1249. Alors qu’à la mort de Raymond-Bérenger c’est Charles d’Anjou, qui est devenu comte de Provence, c’est un autre frère du roi de France, Alphonse de Poitiers, qui hérite du comté de Toulouse et du marquisat de Provence.

 

Le légat Pierre d’Albano, au nom de l’Église romaine, se rend alors dans le Comtat Venaissin pour recouvrer cette terre : les représentants d’Alphonse y envoient, de leur côté, le seigneur de Lunel qui peut y servir utilement les intérêts de son maître ; en dépit des prétentions de l’Église, Alphonse porte le titre de marquis de Provence et garde jusqu’à sa mort la seigneurie du marquisat.

Décidément la politique de Louis IX triomphe. Barral de Baux, qui paraissait être dans le Midi le chef des ennemis de l’Église et de la France, ne tarde pas à le comprendre : au printemps de 1250, il vient à la Cour de France, et promet à la régente Blanche de Castille d’employer ses efforts pour soumettre Arles à Charles d’Anjou et Avignon à Alphonse de Poitiers. Les deux villes ne persistent plus longtemps dans la lutte ; peu à peu les résistances du Midi s’évanouissent devant le pouvoir toujours croissant de la maison Capétienne.

 

La mort de Frédéric II, survenue le 13 décembre 1250, consomme dans le royaume d’Arles la ruine du parti hostile à l’Église et à la France ; quand, par une clause de son testament, l’empereur lègue à son fils Henri la couronne d’Arles, il ne lui laisse plus qu’un fantôme de royauté. C’en est pratiquement fini de la suzeraineté réelle de l’empire dans le midi de la France. En définitive, la lutte se termine par la victoire éclatante de la royauté française. Dans la querelle de l’Église avec Frédéric II, alors que beaucoup de ses barons ont pris le parti de l’empereur,  Louis IX futur Saint Louis s’est montré pour l’Église un allié prudent et discret, mais sûr et fidèle, et très résolu à ne point permettre à Frédéric de mettre le pape en servitude. En fait seuls deux grands hommes de la dynastie des Hohenstaufen, Frédéric Ier Barberousse et son petit-fils Frédéric II, auront possédé dans leur Royaume de Bourgogne-Provence une autorité efficace pendant un siècle de 1152 à 1250. Ce n’est vraiment qu’après sa mort qu’en profitant de la période dite du Grand Interrègne qui s’ouvre  au décès de Frédéric II, de 1250 à 1273, pendant laquelle il n’y aura aucun véritable empereur, que les rois de France, tel Philippe le Bel, ayant réussi à passer d’une suzeraineté sur leurs vassaux directs à une véritable souveraineté sur l’ensemble des nobles de leur royaume, pourront s’affirmer véritablement indépendants de l’empereur du moins à l’intérieur de leur royaume ce que les légistes de Philippe Auguste ont commencé d’affirmer par la formule « le roi est empereur en son royaume » laquelle ne signifie nullement que les rois de France  ne reconnaissaient plus, hors du royaume de France, une forme de suprématie de l’empire et ce d’autant moins que plusieurs d’entre eux  tenteront de se faire ultérieurement élire empereur,  certes sans succès.

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 19:19

 

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( suite 2)

 

.FREDERIC II  /  FRIEDRICH   II  (1194-1250),                                          empereur / kaiser de  1211 à  1250                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

 

Mais on ne sait si les seigneurs du Midi exécutent cet ordre de leur souverain si ce n’est que vers la fin de l’année suivante, les Etats du comte de Toulouse fournissent un contingent qui se réunit au corps d’armée envoyé par l’empereur et que  Raymond VII prend une part à la campagne dirigée par la Cour pontificale et Frédéric contre les Romains révoltés .L’attitude du comte de Toulouse produit le résultat attendu. Dès le commencement de cette année 1234, Grégoire IX  écrit à son légat Jean de Bernin, archevêque de Vienne, et aux évêques de Provence de ne point se montrer trop sévères pour Raymond VII, fidèle aux exemples d’Innocent III, le Pape cherche  à maintenir l’action de l’Église à l’abri de l’influence des haines politiques et des passions locales.  Mais s’il se rapproche du pape, Raymond obtient en même temps de l’empereur une faveur qui déplait au Saint Siège : un diplôme du mois de septembre 1234 concède en fief au comte de Toulouse, les terres d’empire qui avaient jadis appartenu à la maison de Saint-Gilles et que l’Église détenait depuis huit ans.

                                                        

Frédéric se montre décidément favorable au but que poursuit Raymond VII : se faire restituer les domaines situés sur la rive gauche du Rhône. Or, à ce même moment, le roi de France suit une politique conforme aux vœux du comte de Toulouse. Saint Louis tient sans doute à l’exécution du traité de 1229, tandis que Raymond n’accomplit qu’à contrecœur les clauses de ce traité. Mais pourvu que les grandes lignes de cet arrangement, si favorable à la France, soit respectées, saint Louis est trop modéré et trop généreux pour n’adoucir point le sort du dernier représentant de la maison de Saint-Gilles. L’amener à accepter la situation, à se résigner aux conséquences du traité de Paris, à ne pas chercher à relever sa famille par de folles entreprises, telles devaient sont  les dispositions du saint Roi, Aussi la restitution du Comtat Venaissin répond à ses désirs. Sans compter que les domaines de Raymond  sont destinés à devenir l’héritage d’Alphonse, frère du roi de France,

 

Au mois de mars 1234, Louis IX déclare au pape qu’il ne consent plus désormais à faire garder par ses officiers la terre d’empire située de l’autre côté du Rhône ; il demande très clairement que cette terre soit rendue à son ancien seigneur  mais Grégoire IX oppose encore à cette demande des moyens dilatoires.

 

Toutefois, comme l’empereur et le roi de France reviennent à la charge, Grégoire juge, impossible de s’obstiner. Au début de l’année 1235, il commande  à l’un de ses agents, Pierre de Colmieu, de ne négliger aucun effort pour décider Louis IX et sa mère à laisser au sénéchal de Beaucaire la garde du Comtat Venaissin, qu’il a reçue de l’Église.

  

Pour faire agréer ce parti, il expose au roi les prétentions contradictoires élevées par divers seigneurs ecclésiastiques ou laïques sur les terres du Venaissin et les dangers dont à l’heure présente un changement de régime serait l’occasion. Que si le roi se montre inflexible dans ses résolutions, il faudra bien, au terme des, conventions de 1229, que l’Église reprenne cet importun dépôt ; en pareil cas le représentant du Saint-Siège consultera les prélats de la région pour savoir à qui remettre les terres ainsi abandonnées par Louis IX. Il n’était pas question de les confier à l’empereur ; Le pape s’en tient simplement à l’exécution du traité de Paris, qui annihile l’influence des comtes de Toulouse.

Il s’emploie à faire exécuter une autre clause de ce traité, celle qui stipule  le mariage de l’héritière du comte de Toulouse avec le frère de saint Louis, Alphonse de Poitiers ; par  ce mariage le pape devait porter un coup fatal aux projets chimériques que nourrissait le comte.                                                               

Quelles que fussent les dispositions de l’Église Romaine, il est évident pour tous que le Comtat Venaissin, abandonné par les officiers royaux, doit fatalement faire retour au comte de Toulouse.

 

Après la retraite du roi de France, les représentants du Saint-Siège n’auraient pu trouver aucun seigneur assez puissant pour détenir les terres d’Empire à l’encontre des volontés de l’Empereur et des sympathies du Roi. Pierre de Colmieu n’a d’autre ressource que de confier la garde du marquisat à l’évêque de Carpentras.

En 1234, intervient un événement qui va déterminer l’avenir du comté de Provence, le roi de France Louis IX demande en mariage au  comte  de Provence Raymond-Bérenger IV, sa fille ainée Marguerite de Provence. Deux ans après Éléonore de Provence, seconde fille du comte de Provence fixe son choix sur le  roi Henri III d'Angleterre .Pour sa troisième fille Sancie de Provence, Raymond Bérenger veut pour gendre le comte Raymond VII de Toulouse dont il veut faire casser son second mariage ce qu'il peut sans doute obtenir sans beaucoup de peine, car le pape Innocent IV accorde alors son amitié à Raymond VII à qui il vient de restituer le Comtat Venaissin.

Frédéric II doit revenir en Germanie pour faire face en mai 1235 à la rébellion de son fils Henri qu'il emprisonne. A la fin de 1235,  l’empereur  passe l’hiver à Haguenau où le rencontrent les principaux seigneurs de son  royaume de Bourgogne-Provence ; sont présents  le  comte de Toulouse, le comte de Provence,  le comte Adémar de Valentinois et l’évêque de Viviers.

 

La guerre s’étant rallumée entre le comte de Provence, d’une part, et, d’autre part, Marseille et le comte de Toulouse ; le comte de Provence Raymond Bérenger étant acquis à la cause de l’Église, l’empereur n’hésite pas à jeter tout le poids de son influence du côté de Raymond VII, l’ancien ennemi du clergé. Tandis que le comte de Provence n’obtient que le vain honneur d’être armé chevalier par Frédéric II, l’empereur renouvelle en faveur de son rival l’inféodation du marquisat et lui concède en outre la suzeraineté sur les seigneurs de Lisle en Provence, sur la ville de Carpentras et sur un certain nombre de châteaux du Venaissin. En même temps, comme pour mieux marquer ses tendances hostiles à l’Église, en dépit de sept actes rendus soit par lui-même, soit par son prédécesseur, il déclare nulle l’aliénation de Pertuis, consentie jadis au profit de l’abbaye de Montmajour, et ordonne la restitution de cette ville à Guillaume de Sabran.                                                             

 

Raymond VII, encouragé par les diplômes d’inféodation qu’il a reçus de Frédéric II s’empare de force du marquisat de Provence. Ses troupes sont dirigées par Barral de Baux, son allié et son sénéchal en Venaissin ; Barral est secondé par un gibelin Italien, Torello de Strada, serviteur dévoué de l’empereur et son nonce dans le royaume de Bourgogne-Provence.

 

Face à cette agression, l’Église ne manque pas de se défendre par les armes spirituelles : le 3 janvier 1236, au moment même où Raymond VII se trouve à Haguenau, Jean de Bernin, archevêque de Vienne et légat du Saint-Siège, assisté de nombreux évêques de Provence et du Languedoc, frappe d’excommunication les deux chefs de l’expédition ; les lieux qu’ils détiennent sont soumis à l’interdit.

Peu après  par une bulle datée de Viterbe du 28 avril 1236, Grégoire IX ordonne à l’archevêque de Vienne de sommer le comte de Toulouse de partir pour la Terre Sainte, ainsi qu’il s’y est obligé ; s’il diffère encore d’accomplir ce devoir, le comte est menacé des plus redoutables sentences.

Néanmoins  les années suivantes, le comte exerce librement son pouvoir sur les terres conquises. L’empereur a visiblement pris parti pour l’un des belligérants ; de son côté, Louis IX juge le moment favorable pour offrir de nouveau sa médiation. Tout ce que peut obtenir son ambassadeur, Pierre de Rossay, c’est une trêve de la Trinité au 8 novembre 1236 ; en cas d’infraction à cette trêve, les deux partis acceptent à l’avance comme arbitres l’Empereur et le roi de France.

Cette tentative de pacification ne produit aucun résultat ; à l’expiration de la trêve, les hostilités recommencent de plus belle en Provence : Marseille resserre son alliance avec le comte de Toulouse qui, de son côté, fait expulser l’évêque de Vaison par un de ses officiers, et pour subvenir aux frais de la guerre, rétablit dans le Venaissin ces péages et ces taxes sur le sel contre lesquels avaient si souvent protesté et protestaient encore les papes et les conciles.

 

L’archevêque de Vienne, dont les doléances répétées ne sont pas écoutées de Raymond VII, adresse ses plaintes à Grégoire IX, qui sollicite immédiatement l’appui du roi de France contre son vassal. En même temps, il envoie une sévère réprimande au comte de Toulouse ; il l’invite  une fois de plus à se rendre en Terre Sainte, comme il l’avait autrefois promis. L’action de la Papauté n’est pas inutile ; la guerre cesse pour quelque temps entre les deux comtes ; vis-à-vis du Pape, Raymond VII témoigne d’un repentir auquel, à bon droit, l’archevêque de Vienne semble avoir ajouté fort peu de confiance.

 

La victoire de Frédéric à Cortenuova, où l’armée lombarde est entièrement défaite, encourage les partisans de l’empire. Au commencement de 1238, tandis que Raymond VII détient encore, en dépit des protestations du Pape, des biens appartenant à l’Église d’Arles, par exemple le château de Mornas, ses amis les habitants d’Avignon se mettent entre les mains de l’Empereur auquel ils confient le soin de choisir leur podestat. L’empereur désigne pour cette fonction l’un de ses serviteurs, Génois,  Percival Doria, qui  a déjà rempli cette charge en 1233.  Ce fait marque une recrudescence de l’influence impériale.

 

Dès les années 1237-1238, l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen suit de près les affaires en Provence en nommant un vice-roi en Arles.

 

Dès le mois de février 1238, l’Empereur se rapproche du Piémont ; il vient tenir sa cour à Turin et prépare, de concert avec le comte de Savoie Amédée IV et les grands du royaume de Bourgogne, une expédition qui doit définitivement écraser la résistance des villes lombardes. Bon gré mal gré, les seigneurs ecclésiastiques ou laïques affluent auprès de lui, et en échange de leurs hommages et de leur concours, reçoivent la confirmation de leurs privilèges. Déjà en février, Barral de Baux se fait reconnaître le droit de posséder un péage à Trinquetaille. En mars, arrivent à Turin les représentants du jeune Dauphin Guigues VII, et avec eux les deux frères Jean et Aymon de Bernin, archevêques de Vienne et d’Embrun, les évêques de Grenoble et de Gap. Tout d’abord, deux diplômes sont rendus au profit du Dauphin Guigues VII, encore placé sous la tutelle de sa mère Béatrice de Montferrat : l’un confirme à Béatrice et à son fils un péage en Viennois ; l’autre reproduit les privilèges des Dauphins, jadis reconnus par Barberousse, et déclare que ces seigneurs relèvent immédiatement de l’empereur et de ses légats en Bourgogne. L’empereur accorde également aux prélats les marques de sa faveur mais les actes de l’empereur diffèrent profondément des chartes de ses prédécesseurs et des diplômes précédemment conférés par lui-même.

C’est ainsi qu’il déclare les Dauphins soumis immédiatement à l’empereur et à ses lieutenants ; sous cette phrase, d’apparence inoffensive, est cachée la négation des droits de suzeraineté de l’archevêque de Vienne, auquel cependant le père du Dauphin actuel avait jadis rendu hommage. Quand Frédéric investit par le sceptre l’archevêque de Vienne, Jean de Bernin, il ajoute ces mots, qui ne se retrouvent pas dans les privilèges antérieurs : « Ne vous avisez point de tenter jamais de soustraire ces domaines à l’Empire ».  Barons et prélats rendent leurs hommages à leur suzerain ; mais l’empereur n’est plus, cette fois, disposé à se contenter de vaines formules d’hommages.  Il leur enjoint de venir à lui avec leurs troupes, afin de l’accompagner en Lombardie et de se retrouver  à Vérone pour le mois de mai. Le comte de Savoie prend  les armes pour l’Empereur ; l’évêque Pierre de Grenoble est chargé de conduire les forces de son diocèse : le Dauphin, le comte Guillaume de Genève. Raymond Bérenger, sommé d’envoyer son contingent à l’armée impériale, ne s’exécute que d’assez mauvaise grâce. Le comte de Provence commence par s’excuser, sous le prétexte que la convocation lui est parvenue trop tard pour qu’il lui soit possible de se trouver à Vérone au commencement de mai : l’empereur, retardant d’un mois la date du rendez-vous, répond à ces excuses par une lettre assez ironique, où il s’étonne de la lenteur des messagers du comte : il suppose charitablement que le zèle de Raymond pour les intérêts de l’Empire réparera les conséquences fâcheuses de ce retard. Le comte avait demandé quel nombre de soldats l’empereur attendait de lui ; Frédéric se garde bien de déterminer un chiffre, « pensant, ajoute-t-il, qu’un homme de si grande valeur et d’une foi si excellente, attaché à notre service par une affection spéciale, et porté par les désirs ardents de son cœur à défendre les intérêts de l’Empire ….n’est pas de ceux à qui nous devons fixer les bornes d’une escorte raisonnable. Votre fidélité, continue l’Empereur, me donne l’assurance que, pour avoir part à la gloire de la campagne qui terminera, cet été, la guerre Lombarde, vous viendrez sans hésiter..., oubliant le malheur des temps ... » Il lui cite l’exemple de Pierre de Savoie, son beau-frère, et du marquis de Montferrat qui ont mis toutes leurs forces à la disposition de l’Empire. Enfin, il termine par ce trait : « Nous ne voulons pas vous laisser ignorer que nous attendons des secours considérables de nombreux royaumes des diverses parties du monde.

Nous tenons en effet à ce que la réputation, de nous bien connue, de la maison de Provence, soit justifiée aux yeux de tous ; apparaissez ainsi comme notre favori, objet de l’admiration universelle, fier de votre personne et de vos titres ... Votre messager, à son retour, pourra vous apprendre l’heureux état de nos entreprises, dont vous ne manquerez pas de vous sentir très heureux.»

 

A cette sommation d’une impertinence raffinée, dont le style sarcastique décèle la main de Frédéric II, Raymond Bérenger croit devoir obéir : il vient avec cent chevaliers au camp impérial et prend  part au siège de Brescia.

 

Nulle puissance dans le Midi, ni de l’un ni de l’autre côté des Alpes, ne parait capable de résister à la puissance impériale. De tous côtés les troupes affluent en Lombardie : pour la première fois, cédant aux injonctions du maître et aux efforts du vicaire impérial Spinola, les contingents de Grenoble, d’Embrun, du Valentinois et du Diois rencontrent  sous les drapeaux de l’Empire les troupes du comté de Savoie et aussi celles des comtés de Provence et de Toulouse, conduites par Guillaume de Savoie, l’évêque élu de Valence.

L’archevêque d’Arles, Jean Baussan, et l’évêque de Marseille, Benoît d’Alignan, ont devancé Raymond Bérenger à la Cour impériale ; ils sont à Vérone dès le mois de juin. Tous deux figurent comme témoins dans un acte où l’empereur promet sa protection à la ville d’Embrun et lui assure le maintien de ses libertés et coutumes.

 

L’empereur se montre de plus en plus hostile à Grégoire IX qui  vient de charger d’une légation en Provence le cardinal Jacques de Préneste qui jadis avait soulevé les ennemis de l’Empire à Plaisance. Frédéric refuse le passage au légat. Sans doute il se déclare prêt à prendre toutes les mesures nécessaires pour déraciner l’hérésie dans cette région, qui appartient à l’Empire mais il n’y veut pas d’un envoyé qui viendrait, non pour apporter la paix, mais pour aiguiser les épées contre les fidèles de l’Empire. Au surplus, si l’empereur combat ouvertement l’Église romaine, il affecte partout de se montrer catholique ; Frédéric renouvelle ses terribles édits d’autrefois contre les sectes hérétiques qui pullulent dans le midi de la France et dans le nord de l’Italie ; par des lettres datées de Vérone, il les promulgue spécialement pour le royaume de Bourgogne-Provence  et donne aux prélats et aux Frères Prêcheurs la charge de veiller à la conservation de la vraie foi.

Malheureusement pour le prestige de l’empereur, le 9 octobre 1238, il doit lever  le siège de Brescia à la grande satisfaction des récalcitrants. Toutefois la chancellerie de l’empereur continue de délivrer des diplômes en faveur d’habitants du royaume de Bourgogne-Provence ; ceux qui sont venus en Italie tiennent à se faire payer de leurs peines. L’empereur concède sa protection aux bourgeois d’Apt ; il confirme le diplôme de Henri VI qui inféodait à Etienne de Villars les péages d’Ambronay et de Trévoux ; il en fait autant pour les péages d’un seigneur de Viennois, Aymard de Groslée, seigneur de Bressieu et de Mont Revel ; il confirme en faveur de Guillaume, élu de Valence, tous les droits et la juridiction de son Église, et révoque les aliénations faites au détriment de cette Église sans le consentement de l’Empereur.

                                                              

Mais le prestige est profondément atteint. Aussi, vers la fin de l’année 1238, le comte de Toulouse donne  satisfaction au Pape. Dès lors, aussi, le Dauphin se rapproche du comte de Provence : des promesses de mariage sont même échangées entre lui et Sanche, qui, plus tard, devient la femme de Richard de Cornouailles. Toutefois, l’empereur n’abandonne point la poursuite de ses desseins : un diplôme de l’année 1239, rendu en faveur de la ville d’Avignon, nous le montre fidèle à sa résolution de chercher contre le clergé des alliés dans les communes. En même temps, il ne cesse point d’entretenir des représentants dans le royaume : Supramonte Lupo, l’ancien podestat d’Arles, qui en novembre était investi des fonctions de vicaire impérial, succède en décembre au comte Bérard de Lorette, originaire de la Marche d’Ancône, qui se paraît du titre de vicaire général du Saint Empire dans le royaume d’Arles et de Vienne.

 

L’une de ses préoccupations les plus graves est d’aider les prélats à recouvrer les subsides qu’ils sont autorisés à prélever sur leurs sujets afin de faire face aux dépenses des contingents envoyés l’année précédente au secours de l’Empereur : il est obligé de menacer de la colère impériale les bourgeois de Grenoble et d’Embrun, qui se refusent obstinément à s’acquitter de leurs obligations envers leurs évêques.

 

Au début de l’année 1239, le pape se  décide de son côté à frapper un grand coup : en mars, il prononce solennellement l’excommunication de Frédéric II. L’autorité de l’empereur vis-à-vis de ses vassaux de Provence va s’en ressentir vivement notamment à Arles. La hiérarchie ecclésiastique travaille avec zèle à donner effet à cette sentence. Au mois de mai, les archevêques et évêques du royaume d’Arles reçoivent du Pape l’ordre de faire publier dans tous leurs diocèses l’excommunication dont est  frappé l’empereur. Le 16 septembre, une lettre de Grégoire IX déclare au comte Amédée IV de Savoie qu’il doit se considérer comme délié de tous devoirs de fidélité envers Frédéric II.

 

Cependant, le légat Jacques de Préneste, que Frédéric a refusé de laisser entrer en Provence, a réussi à y pénétrer, et y prêche la croisade contre l’empereur. Le 10 novembre il est à Aix où, au nom du Saint-Siège, il conclue  un traité d’alliance avec Raymond Bérenger. Le comte s’engage à faire campagne à ses frais pour le pape en Italie. Ce traité prévoit l’éventualité d’une attaque dirigées par  les Impériaux et les Avignonnais contre la Provence ; en pareil cas, Raymond Bérenger est dispensé d’aller de sa personne en Italie, et le contingent qu’il doit fournir au Pape sera réduit.  

 

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 19:14

 

 

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(suite)

 

.FREDERIC II  /  FRIEDRICH   II  (1194-1250),                                                    empereur / kaiser de  1211 à  1250

 

 

Pendant que Louis VIII poursuit sa campagne en Languedoc, le légat du Pape peut librement prendre en main le gouvernement des terres qui forment le domaine de Raymond VII sur la rive gauche du Rhône. Sans doute, la cour de Rome agit ainsi en vertu des décrets du Concile de Latran ; mais, pour une fraction de l’opinion publique, un tel fait n’en constitue pas moins une violation flagrante de la souveraineté impériale. 

                                                                                              

Dès 1226, Frédéric sollicite du Pape la restitution des terres saisies par l’Église. Le pape Honorius, tout en reconnaissant formellement les droits de la couronne impériale, lui oppose des moyens dilatoires faisant valoir que le pays n’est pas  pacifié, les hérétiques ne sont pas domptés de sorte  le gouvernement de l’Église et des prélats parait nécessaire pour quelque temps encore ; plus tard, on rendra à l’Empereur une contrée paisible, où l’on aura sauvegardé scrupuleusement les droits de l’Empire.

Cependant, si mécontent qu’il soit de l’agression des Croisés, Frédéric ne peut sans hésitation se ranger du côté de Raymond VII et des victimes de la campagne de 1226. En effet, à cette époque, il est lui-même en lutte contre Marseille et manifeste ouvertement son alliance avec le comte de Provence Raymond Bérenger; or, l’ennemi du comte et l’allié  des bourgeois de Marseille, est ce même Raymond VII contre lequel Louis VIII a dirigé son expédition.

 

En outre, un des principes sur lesquels repose la politique des Staufen est l’alliance avec la royauté française dont l’expédition de Louis VIII vient encore une fois d’attester la force : se déclarer ouvertement pour Raymond VII et les adversaires du jeune roi Louis IX n’est donc pas le moyen de consolider cette alliance.

Pour ces raisons et beaucoup d’autres, l’Empereur, à la fin de l’année 1226, se rapproche de Raymond Bérenger et n’insiste pas sur la protestation qu’il a élevée contre l’occupation du marquisat de Provence.

                                                       

Ce pays est alors aux mains de l’Église. Le célèbre traité de 1229, qui met fin à la guerre des Albigeois et détermine la réunion du Languedoc à la France, reconnait cet état de fait, le comte de Toulouse y déclare : « Nous abandonnerons pour toujours au seigneur légat, représentant de l’Église, toute la terre d’Empire sur l’autre rive du Rhône, et tous les droits qui nous y appartiennent. »

 

Désormais, c’est en s’appuyant sur le double fondement du Concile de Latran et du traité de Paris, que les délégués du Saint-Siège exerceront leur pouvoir sur ces débris du royaume de Bourgogne-Provence.

 

Pour la garde du marquisat, le roi de France met ses agents à leur disposition, en se réservant toutefois la faculté de s’affranchir de cette obligation si elle lui devenait trop onéreuse. Frédéric ne proteste plus ; mais, en dépit des apparences, il ne s’est pas résigné à l’abandon définitif des droits de l’Empire sur le marquisat.

En attendant, il poursuit ses efforts pour pacifier le Midi. Quand  Hugues Béroard, archevêque d’Arles après l’avoir accompagné en Italie en revient, il le charge de rétablir la paix, si profondément troublée par les différends du comte de Provence avec la commune de Marseille et son allié le comte de Toulouse.

A la diète de Worms de 1231, Frédéric II cherchant des appuis en Allemagne pour sa politique italienne, doit, par le Statutum in favorem principum, y accorder aux vassaux laïques les mêmes privilèges que les prélats avaient obtenus dès 1220. Les princes obtiennent par exemple le droit de frapper monnaie ou de mettre des douanes en place. Frédéric II reconnaît également aux princes le droit de légiférer.

Cette même année, le 14 juillet 1231, le podestat, Perceval Doria, et ses syndics obtiennent de Raymond Bérenger la mise en liberté provisoire du captif Hugues des Baux, à condition que ce prince  s’engage à travailler à établir une trêve entre le comte de Toulouse et le comte de Provence. Le parti de Toulouse ne répond à ces avances que par un nouveau traité qui associe pour cinq ans la ville de Tarascon à la cause de Raymond VII : une ligue offensive et défensive est conclue contre tous les ennemis du comte de Toulouse dans les terres d’Empire, à l’exception de l’Église romaine, de l’Empereur, du roi de France et de la ville d’Arles, que les Tarasconnais ne veulent pas combattre.

 

Cependant, le comte de Toulouse, bien plus que l’Empereur, ne cesse  de réclamer la possession du marquisat de Provence. Réconcilié depuis 1229 avec le roi de France, il peut s’appuyer vis-à-vis du Saint-Siège sur le crédit du roi Louis IX.

 

Au commencement de 1232, une démarche est faite auprès de Grégoire IX, cette fois par Blanche de Castille, pour convaincre  le pape de restituer le marquisat à Raymond. Par un singulier effet des combinaisons politiques, tandis que l’Empereur, encore favorable au comte de Provence et peu sympathique au comte de Toulouse, semble oublier l’occupation des terres d’Empire, c’est le roi de France qui les revendique pour leur ancien maître. Le Pape ne se décide pas à donner satisfaction immédiate au comte de Toulouse ; il lui fait seulement savoir, ainsi qu’à saint Louis et à la régente, qu’il a chargé son légat, de prendre sur cette question l’avis des prélats de la région.

 

Battu sur le terrain de la diplomatie, le comte de Toulouse se prépare à en appeler à la force. Mais comme, au printemps de 1232, il se dispose à franchir le Rhône à Beaucaire, le légat du pape, accompagné des évêques de Nîmes, d’Uzès, d’Orange, d’Avignon, de Carpentras et de Marseille, se présente à lui pour lui interdire d’aller plus avant, sous peine d’excommunication. Raymond n’en tient aucun compte et occupe Tarascon au mépris de la paix qu’il a jurée.  En vain, les prélats patientent pendant quarante jours : Raymond VII ne renonce pas à l’exécution de ses desseins ; aussi le 4 août 1232 est-il solennellement frappé d’une sentence d’excommunication. Malgré les efforts du Pape et de l’Empereur, la guerre recommence en Provence ; ni l’archevêque d’Arles au nom de l’Empereur, ni le légat au nom de l’Église, n’ont réussi à rétablir une paix durable. C’est le moment que choisit Frédéric II pour envoyer dans son royaume de Bourgogne-Provence un ambassadeur laïc, décision qui ne peut plaire à l’archevêque d’Arles qui, jusqu’alors, était chargé de représenter l’Empereur.

 

Le nouvel ambassadeur de l’empereur, italien d’origine, Caille de Gurzan, voit sa mission déterminée par des lettres impériales du 19 septembre 1232. La mort de l’archevêque d’Arles Hugues Béroard, survenue en novembre 1232, supprime  les difficultés qui risquaient d’entraver sa mission. 

 

Ce mois de novembre 1232, l’empereur s’adresse ainsi à tous les seigneurs ecclésiastiques et laïques du royaume de Bourgogne: « Depuis très longtemps vous n’avez accompli aucun service pour nous ni pour l’Empire. Sans doute nous n’avons pas le droit de vous en faire un reproche, car aucun service ne vous a été demandé. Toutefois, attendu que certaines circonstances se présentent, qui réclament à la fois votre conseil et votre secours, nous vous citons en vertu de notre autorité impériale, et vous enjoignons, sous les peines portées aux constitutions royales, de venir à nous au prochain mois de mai, avec une suite convenable d’hommes armés. A ce sujet, nous vous envoyons notre féal Caille de Gurzan, porteur des présentes, vous invitant et vous commandant étroitement, au nom de la fidélité que vous devez à nous et à l’Empire, de lui donner un concours dévoué et efficace en ce qui concerne le service dont vous êtes tenu envers         nous ».

 

Ainsi, mettre fin aux guerres intestines et entraîner prélats et barons au service de l’Empereur, telles sont les instructions du nouvel ambassadeur. Du côté du comte de Provence et de la ville d’Arles, toute tentative de pacification  est accueillie avec joie.

 

Dès le printemps de l’année 1233, Caille  obtient un important résultat : par divers actes datés des mois de mars et d’avril, les principaux coalisés  s’ engagent  à s’en rapporter, sur les points litigieux, à la volonté de l’empereur ou de son légat, à obéir aux citations qui leur seraient adressées et à donner des sûretés pour l’exécution des obligations qu’ils assumaient ainsi envers l’empereur. Au mois de mars, les Marseillais font leur soumission, et les habitants de Tarascon ne tardent pas à reconnaître l’autorité de l’envoyé de l’Empereur. Et  le 23 mars, les princes de Baux et Giraud Amic, le 29 mars, Guillaume de Sabran, comte de Forcalquier, le 24 avril, le comte Raymond VII de Toulouse font la promesse. L’issue de la légation de Caille est un succès pour la diplomatie impériale : pour quelque temps, l’Empereur a rétabli la paix en Provence ; sa suzeraineté est  reconnue de tous. Un nouveau fait en donne bientôt une preuve éclatante. En effet quand, l’année suivante, est conclu le mariage de Marguerite, fille de Raymond Bérenger, avec le jeune roi Louis IX, le comte de Provence est obligé d’engager son château de Tarascon en sûreté du paiement de la dot de sa fille ; alors il promet au roi  de France d’obtenir de Frédéric II des lettres patentes par lesquelles, en vertu de sa suzeraineté, l’empereur autorise cette mise en gage. Ainsi, sans l’intervention de l’empereur, l’acte n’eût pas été tenu pour valable.

 

Cependant, l’influence française, développée  par la campagne de 1226 et le traité de 1229, ne tarde pas à se faire sentir. On apprend à la fin de l’année 1233, le mariage qui doit bientôt unir intimement la Provence au royaume de France. Aussitôt les belligérants du Midi ne s’inquiètent plus de la médiation de l’empereur, qu’ils s’étaient cependant engagés à solliciter aux fêtes de Pâques de l’année 1234. Dès le 13 février, c’est vers Blanche de Castille et Louis IX que se tourne le comte de Provence : il se soumet à leur arbitrage et accepte à l’avance leur décision. En mars, le comte de Toulouse fait la même déclaration ; d’un commun accord, l’arbitrage du roi de France est substitué au jugement souverain de l’empereur.

 

Il est difficile alors de dire de quel œil la Cour impériale envisage cette évolution, évidemment peu favorable au prestige de l’empire dans le midi de la France. Toutefois, Frédéric II, en bons termes avec le gouvernement royal, ne paraît pas avoir donné aucune marque extérieure de son mécontentement.

 

La mission de Caille de Gurzan ne se borne pas à rétablir la paix. Il a pour mission de convoquer  à l’armée impériale les prélats et barons de Provence ; le terme indiqué par l’édit de l’Empereur est fixé au 1er mai 1233.

 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             

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