Un peu trop regonflés par leur coup de poker en Libye, les Etats Unis, la France et le Royaume Uni ont peut-être une nouvelle fois manqué de prudence en voulant imposer le départ du Président Syrien.
Il n’est pas à exclure qu’ils aient vendu un peu vite la peau de l’ours russe, son compréhensible allié, avant de l’avoir tué.
Toute diplomatie sérieuse qui se respecte se doit d’envisager toutes les hypothèses avant de s’engager publiquement dans telle ou telle direction.
Comment la diplomatie de ces pays sauvera-t-elle la face si, ce qui n’est pas impossible, le président Syrien parvient à mater la rébellion armée ?
Pourront-ils une nouvelle fois sans complexe, après quelques années passées pour faire oublier leur faute à l’opinion publique, renouer le dialogue avec un « intouchable » comme ils l’ont fait dans le passé avec le Président Syrien, invité par la France à assister comme invité d’honneur au défilé du 14 juillet ou comme ils l’avaient tous fait également avec Kadhafi , lynché par leurs alliés d’un jour dans des conditions que les Occidentaux se gardent bien de chercher à éclaircir ?
Cela parait normalement inenvisageable alors et pourtant qu’il est évident que la solution de beaucoup de problèmes au Proche Orient passe par un dialogue obligatoire avec un pays comme la Syrie comme avec son allié l’Iran.
Or si la Russie ne lâche pas son allié, c’est très certainement parce que ses services de renseignement sont les mieux placés pour apprécier la capacité du gouvernement Syrien à mater l’opposition sunnite armée par les monarchies du Golfe avec l’aide des Occidentaux.
En effet certains indices laissent à penser que la rébellion, pour des raisons médiatiques joue son va-tout dans la bataille de Damas pour essayer de convaincre une opinion internationale de l’existence d’un soulèvement général qui s’étendrait désormais à la capitale alors qu’apparamment sur d’autres fronts la rébellion semble s’essouffler. Aussi meurtriers qu’ils soient, les attentats commis par les rebelles qui désormais les revendiquent, alors que jusqu’alors ils les imputaient au Services Secrets Syriens, ne décapitent pas le régime. Et si médiatiquement ils prouvent la capacité des rebelles à les organiser, ils confortent la thèse gouvernementale d’une implication très forte des islamistes radicaux dans la rébellion armée mais pas au moins pour l’instant d’une sympathie générale des sunnites syriens à leur égard.
Aujourdhui les choses sont claires, la Syrie se trouve en situation de guerre civile et le gouvernement combat une rébellion armée. Mais cette fois à la différence de la Libye les Occidentaux prendraient de trop grands risques en l'appuyant ouvertement militairement.
Faire donc le pari d'un départ comme celui des présidents égyptien, syrien, tunisien voire yéménite est donc risqué pour la diplomatie du triumvirat occidental du Conseil de Sécurité.
Si la rébellion perd la bataille de Damas qu’elle a voulu peut-être un peu imprudemment engager, il n’est pas impossible qu’elle donne l’occasion au Président Syrien El Assad ou à son régime de se maintenir au pouvoir encore longtemps.
Et les Occidentaux n’auront plus qu’à rabaisser leurs prétentions vindicatives à l’égard de la Russie avec laquelle ils vont devoir, n’en déplaise surtout aux Américains, de plus en plus essayer de trouver des compromis.
Pour l’instant, il n’est pas impossible que l’affaire de Syrie soit un bon moyen pour le Président Poutine de redonner à la Russie dans le concert des nations la place qu’elle n’aurait pas dû perdre alors que certains chefs de la diplomatie occidentale ne semblent pas bien avoir compris que malgré la fin du pacte de Varsovie et certains échecs pour reconstituer une alliance entre les ex-républiques de l’Union Soviétique, la Russie rétablit progressivement son ancienne puissance à un moment ou l’ Union Européenne va devenir de plus en plus un nain militaire, vassal des Etats Unis ( guère plus capable de contribuer à hauteur de 10% dans les opérations de l’Otan) sous un protectorat américain de moins en moins préoccupé par l’Europe.
Depuis un certain temps force est de constater que la diplomatie russe marque des points.