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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 17:16

Scan10001Chapitre  4    L’EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE   /  DIE HEILIGES RÖMISHES REICH /  SACRUM  ROMANUM  IMPERIUM  (962 à 1806)       

 

 

MAISON DE SAXE / HAUS  VON SAXEN

 

.OTHON Ier  LE GRAND /  OTTO  I  DER GROSSE  (921-973), empereur / kaiser  de 962 à 973

                                                     

Redescendu pour la deuxième fois en Italie, le 2 février 962, en la basilique Saint Pierre de Rome, Othon reçoit du pape Jean XII  la couronne de forme octogonale, symbole le plus significatif de cette monarchie sacrale. Il apparait alors comme le restaurateur de l’empire de Charlemagne après la vacance de 38 ans de la fonction impériale.

                                                                                                                       

Comme Charlemagne, Othon reprend comme symbole de l’empire l’aigle romain mais monocéphal  car ne représentant que la partie occidentale de l’empire romain (l’empire romain d’orient ayant l’aigle bicéphale noir sur fond jaune comme représentant les deux parties occidentales de l’empire avec ses deux capitales Rome et Constantinople).

 

Otton Ier souhaite contrôler l’élection pontificale ; pour cela il promulgue le « Privilegium Ottonianum » dès  le 13 février 962 qui, reprenant un diplôme de Lothaire Ier, oblige tout nouveau pape à prêter serment auprès de l’empereur ou de son envoyé avant de recevoir la consécration. La collaboration étroite entre des deux pouvoirs se fait dès lors à l’avantage de l’empereur : tout en donnant des privilèges au Saint-Siège, ce « Privilegium Ottonianum » accorde en effet au souverain pontife les mêmes privilèges que ceux que les Carolingiens avaient reconnus à la papauté, à savoir les donations faites par Pépin le bref  et Charlemagne mais place donc la papauté sous la tutelle impériale. Cette prédominance d’Otton gêne le pape Jean XII qui noue des contacts avec Aubert Ier ou Adalbert Ier d'Italie (931-972) prétendant au titre de roi d'Italie de l'Empire carolingien, marquis d’Ivrée, comte d'Aoste et comte de Lombardie, fils du roi Bérenger II d'Italie alors qu’Otton s’est fait couronner roi d’Italie  en 951. Mais Otton  revient à Rome et le pape doit s’enfuir.L’empereur convoque alors un synode qui juge le pape coupable d’apostasie, d’homicide, de parjure et d’inceste et le fait déposer le 4 décembre 963.

Le pape Jean XII est alors remplacé par un laïc qui prend le nom de Léon VIII.

Otton Ier exige ensuite des Romains un serment où ceux-ci s’engagent à : « n’élire ni ordonner aucun pape en dehors du consentement du seigneur Otton ou de son fils ». L’empereur contrôle alors totalement l’élection du pape. Les avantages en sont considérables. Pouvoir compter sur la collaboration du pontife garantit en effet l’autorité impériale sur les Églises locales du Saint-Empire.

 

Pour exercer son autorité Othon ne dispose pas à proprement parler d’institutions impériales mais simplement d’une chancellerie dirigée par un archichancelier en la personne toujours de l’évêque de Mayence pour son royaume de Francie orientale et de l’évêque de Cologne pour son royaume d’Italie.

Othon est à l’origine de l’idée d’investir dans les villes le pouvoir tant temporel que spirituel à des évêques censés ne pas avoir de descendance lesquels sont donc princes-évêques , système qui aboutira à la multiplication de nombreuses seigneuries ecclésiastiques caractéristiques du Saint Empire ( Liège, Cambrai,Toul, Metz, Verdun, Trèves dans la partie de la Lotharingie intégrée au Royaume de Germanie) , puis Bâle, Besançon, Lausanne, Genève, Sion, Lyon Belley, Embrun, Moutiers, Grenoble,Vienne,Valence-Die,Viviers ,Gap et Arles…dans la partie de la Lotharingie intégrée au Royaume de Bourgogne-Provence qui sera rattachée quarante ans après à l’empire .

 

Dans cet empire Romain Germamique le pouvoir temporel est attribué d’abord aux comtes-évêques dans les villes capitales de diocèse, aux ducs et comtes  dans les campagnes ainsi qu’aux vassaux de chacun. Les évêques et les abbés constituent ainsi l'armature de l'administration ottonienne. L'empereur s'assure la nomination de tous les membres du haut clergé de l'empire. Une fois désignés, ils reçoivent du souverain l'investiture symbolisée par les insignes de leur fonction, la crosse et l'anneau. En plus de leur mission spirituelle, ils doivent donc remplir des tâches temporelles que leur délègue l'empereur..

Cette Église d'Empire ou Reichskirche, assure la solidité de l’Etat en permettant de contrebalancer le pouvoir des grands féodaux (ducs de Bavière, Souabe, Franconie, Lotharingie). La chapelle royale devient une pépinière pour le Haut-clergé. Le pouvoir impérial choisit ses hauts dignitaires de préférence dans sa parentèle, proche ou élargie. Celle-ci bénéficie des plus hautes charges épiscopales ou monastiques. Dans chaque diocèse, on peut ainsi trouver un membre de l’entourage royal car Otton a pris soin de retirer aux ducs le droit de nommer les évêques, y compris dans les diocèses situés dans leur propre duché.

 

Pour asseoir son autorité sur les grands nobles, Otton parvient à faire des ducs des vassaux sous l'entière autorité du roi. Ces ducs sont ceux de Lorraine, de Saxe, de Franconie, de Souabe et de Bavière. 

 

Au-delà des frontières proprement dites de l’empire restauré, la suprématie de l’empereur  s’applique également dès 963 au duc de Pologne inféodé pour ses possessions en deçà de la Warthe.

 

Mais en l’absence de lien vassalique, cette suprématie sur les rois de Francie occidentale et notamment  Hugues Capet  a du mal à se maintenir même si  ceux-ci n’attaquent jamais de front ce primat moral de chef séculier de l’empire chrétien héritier de Charlemagne consacré par la quasi-nomination par l’empereur du pape et son couronnement par lui.

 

Dans cet empire restauré par Othon, la couronne est en principe comme sous l’empire romain viagère et élective. L’empereur est censé élu par  l’acclamation du peuple, en fait par la voix des grands seigneurs (jusqu’au XIII ième siècle, les empereurs qui succèderont à Othon seront élus par un collège de 10 et 100 membres de la haute noblesse impériale composée des ducs, des comtes importants, des archevêques). Le choix des électeurs est limité d’abord par le principe que l’empereur est choisi parmi les grandes familles régnant sur les grands duchés ethniques par le système consistant par l’empereur à faire certains vassaux, en principe les grands vassaux notamment les ducs, les princes évêques,  certains abbés d’abbaye importante  ayant rang d’évêque et certains comtes qui bénéficient de l’immédiateté.                                                           

 

A noter que les critères de cette immédiateté impériale sont fort variés ce qui rend malaisée leur classification, surtout pour le Moyen Age. La situation des villes est relativement claire : les villes impériales dites aussi royales ou libres dépendent directement de la justice de l’empereur et de sa fiscalité. Pour les nobles, tenir un fief et être de haut lignage constituent les critères décisifs. Pour les princes ecclésiastiques cette immédiateté repose sur l’immunité octroyée par le souverain (Privilège d’ Empire) mais les prélats immédiats ne sont pas tous liés à l’empereur par une inféodation directe.   La position privilégiée que donne l’immédiateté a pour contrepartie l’aide et le conseil à fournir à l’empereur ainsi que l’obligation à participer aux Diètes Impériales. Pour les grandes décisions intéressant tout l’empire, l’empereur convoque en effet irrégulièrement des Diètes, assemblées constitués des vassaux investis des duchés, comtés, villes libres, évêchés, abbayes voire hommes libres (cantons primitifs de la Suisse alémanique) bénéficiant de l'immédiateté impériale.

                                                       

Othon est donc l’empereur et le souverain des terres impériales qui deviendront françaises :

 

.Hainaut  (Valencienne, Condé, Maubeuge, Le Quesnoy, Landrecies, Avesnes,

 Guivet….)

.Cambrésis

.Luxembourg (Thionville, Damvillers,  Marville, Yvoy, Malmédy)

.Principauté de Sedan (anciennement comté de Mouzon)

.Lorraine avec le duché de Bar (Bar le Duc) les 3 évêchés (Toul, Metz et

 Verdun) qui dépendent du Duché de Lorraine

 et                                                           

.Alsace dont Mulhouse (Mulhausen) et le comté de Montbéliard (Moempelgard) dans lequel se trouve alors Belfort.

                                                       

Mieszko Ier, premier souverain historique de la Pologne, lui rend hommage en 966.

                                                            

En 967, Othon fait élire son fils Othon II âgé de 6 ans qu’il a eu avec Adélaïde et le fait couronner à Aix la Chapelle ; il confie le tutorat de ses deux neveux, Lothaire et Hugues Capet (respectivement futurs rois de France et duc des Francs)  à son frère Brunon, évêque de Cologne. Puis dès 968, Otton envoie un  ambassadeur à Constantinople dans le but de demander à l'empereur Nicéphore II Phocas la main d'une princesse royale pour son fils. Par un tel mariage, il espère obtenir la reconnaissance par l'empereur byzantin du titre d'« Empereur et Auguste » que le pape lui a conféré. Mais à la cour byzantine, Otton reste simplement appelé « Rex ».

 

En Italie, Otton envahit la Calabre qui dépend du nouvel empereur romain d’Orient depuis 969, le général Jean Ier Tzimiskès qui a fait assassiner l’empereur romain d’Orient Nicéphore Phocas avec lequel il conclut la paix en 971. Et l’année suivante, il parvient à se faire reconnaitre enfin par l’empereur romain d’Orient en mariant son fils Othon avec Théophanie,  fille peut-être de l’empereur Romain II décédé en 963 et de sa deuxième épouse l’impératrice Théophano, remariée avec l’empereur Nicéphore II Phocas et amante de son successeur Jean Ier.

 

 

.OTHON  II / OTTO  II   (955-983),                                                                          empereur / kaiser de 973 à 983

Fils du précédent.

Il n'a que dix-huit ans lorsqu'il succède à son père. D'emblée, il est reconnu à l'unanimité, ce qui prouve que la royauté est désormais très forte. En effet, les quelques révoltes qu'il doit affronter au début de son règne sont le fait de l'ambition d'un petit nombre, et ne menacent pas le royaume dans son principe. Il doit d'abord régler un grave conflit avec la Bavière, où règne Henri le Querelleur, fils de cet autre Henri, frère d'Othon Ier, réconcilié avec lui, après une longue mésentente. Le Querelleur espère ajouter le duché de Souabe à celui de Bavière, lors de la mort de son beau-frère Burckhardt; mais Othon Il le prévient, afin d'empêcher un accroissement de la Bavière qui, augmentée de la Souabe, eût dominé toute l'Allemagne du sud.

Depuis longtemps, les ducs de Bavière jouissent, dans leur domaine, d'une grande puissance politique, par le fait, entre autres, qu'ils disposent des évêchés du sud de l'Allemagne en faveur des membres de leur famille. En fait, la Bavière impose sa suzeraineté à une grande partie de l'Autriche actuelle et au sud jusqu'à la mer Adriatique et au lac de Garde.

Allié à la Bohême et à la Pologne, Henri se soulève donc contre son impérial cousin, mais il est vaincu, déposé et banni. Othon met fin à la situation privilégiée de la Bavière; il en sépare la Marche de l'Est qu'il donne à Luitpold de Babenberg, origine du règne des Babenberg en Autriche.

Dans le sud, l'empereur institue un nouveau duché de Carinthie qui comprend les anciennes marches de Carniole, de Vérone et d'Istrie.

A la même époque, l'évêché de Prague est établi et placé sous la dépendance de l'archevêché de Mayence, alors que, jusque-là, la Bohême relevait de l'évêché de Ratisbonne. Ainsi la Bavière perd également toute autorité religieuse sur la Bohême. En revanche les ducs Boleslav en Bohême et Mieszko en Pologne conservent toute leur indépendance.

En 976,  Otton II, ayant exclu de leur héritage paternel les comtes Régnier IV de Mons et Lambert Ier de Louvain, le frère du roi de Francie Occidentale Lothaire, Charles rejoint avec une armée celle qu'Hugues Capet et Otton de Vermandois avaient fait marcher au secours des comtes.

 

Or, Charles compte profiter de l'opération pour établir sa situation en Lotharingie. Son intérêt est alors que soit rompue la bonne entente entre Lothaire et la maison d'Ardenne, très puissante en Lotharingie et à laquelle appartiennent l'archichancelier Adalbéron de Reims et son homonyme Adalbéron. La maison d'Ardenne est en effet dévouée à l'empereur et roi de Germanie Otton II. En 977, Charles accuse l'épouse de Lothaire, la reine Emma d'Italie, d'infidélité avec l'évêque de Laon Adalbéron. Le concile de Sainte-Macre réuni à Fismes absout les accusés, faute de preuve, mais Charles, qui entretient les rumeurs, est chassé du royaume par son frère. La famille d'Ardenne et le parti Lotharingien favorables à l'entente avec Otton II semble toute puissante à la cour du roi Lothaire. Une grande bataille, qui reste indécise, est livrée devant Mons. Lothaire laisse faire ou encourage cette opération mais n'intervient pas directement pour aider son frère.

Otton II commet alors une maladresse en restituant le comté de Hainaut aux fils de Régnier III et en nommant Charles duc de Basse-Lotharingie, région correspondant à la moitié nord de la Lotharingie, distincte de la Haute-Lotharingie depuis la fin des années 950. En effet honorer ainsi celui qui a voulu jeter déshonneur sur l'épouse du roi des Francs, c'est offenser le roi des Francs lui-même. Au mois d'août 978, Lothaire monte une expédition contre Otton II avec Hugues Capet et son frère Henri de Bourgogne, et prend Aix-la-Chapelle, mais ne peut s'emparer ni d'Otton, ni de Charles. Après avoir laissé ses guerriers piller le palais et ses environs pendant trois jours, Lothaire fait battre la retraite non sans avoir replacé  l'aigle de bronze qui décorait le sommet du palais dans sa direction originelle, face à l'est, contre le pays saxon, qu'Otton Ier, lui-même d'origine saxonne avait retourné vers l'ouest et le royaume des Francs.  En représailles, Otton II, accompagné de Charles, envahit la France en octobre 978, ravage les régions de Reims, Soissons et Laon.

Lothaire doit s'enfuir, et Charles est proclamé roi des Francs à Laon par l'évêque Thierry Ier de Metz, cousin germain le l'empereur Otton Ier. Otton poursuit Lothaire jusqu'à Paris, où il se retrouve face à l'armée d'Hugues Capet. Le 30 novembre 978, Otton et Charles lèvent le siège de la ville et font demi-tour. L'ost royale les poursuit, reprend Laon, et oblige Otton II à s'enfuir et à se réfugier à Aix-la-Chapelle avec Charles, le roi qu'il a voulu imposer à l'Ouest.

  

Au sein du royaume franc, la retraite précipitée de l'empereur a un retentissement considérable. L'union des Francs contre l'empereur saxon a pour conséquence de remettre au premier plan la famille des Robertiens en la personne d'Hugues Capet. La lutte avec le roi de Germanie permet le renforcement du pouvoir d'Hugues Capet et celui-ci s'empare en 980 de Montreuil-sur-Mer au détriment d'Arnoul II de Flandre.

Lothaire qui veut déjouer les ambitions affichées de son frère Charles, cherche à transmettre la royauté à son fils. En 979, Lothaire associe à la royauté et fait sacrer son fils Louis, pratique nouvelle dans le royaume des Francs de l'Ouest et qui sera reprise par les Capétiens.

Puis, il entreprend de se rapprocher d’Othon. Les évêques de Reims et Laon de la maison d'Ardenne poussent à ce rapprochement. Lothaire rencontre Otton II en juillet 980 à Margut-sur-Chiers, à la frontière des deux royaumes. Lothaire renonce à la Lotharingie, ce qui permet à Otton II de se tourner vers l'Italie du Sud qui relève de l’empire romain d’Orient (Byzantine)  dont il veut faire la conquête. Cet accord est très mal perçu des Robertiens, tenus à l'écart de la négociation. Le traité de Margut aboutit à replacer la royauté franque dans l'orbite ottonienne, et par voie de conséquence à affaiblir l'influence robertienne au sein du gouvernement royal au profit de l'entourage Lotharingien.             

Cette même année  980, accompagné de Théophano, Othon II se rend en Italie pour rétablir l'ordre au titre de sa fonction de « patricius romanorum ». Les rivalités de partis ont, en effet, repris de plus belle depuis la mort d'Othon Ier, et, cette fois, c'est la famille issue de Théodora la jeune, les Creszenzi, qui réclame le pouvoir et qui déshonore l'Eglise par ses intrigues et ses violences. 

                                                                                                                                                   Rome Rome se soumet et le pape Benoît VII, qui avait dû se retirer, est rétabli dans sa dignité.

Ayant peur d'être pris en tenaille entre les deux rois carolingien et ottonien, Hugues Capet se rend à Rome en 981 pour prendre contact avec l'empereur et nouer avec lui sa propre alliance. Le roi Lothaire donne alors des instructions pour que l'on s'empare du Robertien à son retour.

  

Othon poursuivant  ses vastes ambitions veut s'assurer la domination sur toute l'Italie et ne peut plus tolérer, en Sicile, la présence des Sarrasins qui s'y étaient installés et, depuis quelques années, faisaient des incursions victorieuses dans la péninsule. Il parvient à  s'emparer de Tarente, mais l'armée impériale est battue en Calabre par les Sarrasins. Othon II doit prendre la fuite et atteindre à la nage le bateau qui lui donne refuge. Les romains d’orient qui avaient lié partie avec les Sarrasins remettent la main sur les Pouilles et la Calabre.                                                          

En 983, Othon II fait élire roi, par les Allemands et par les Italiens, son fils Othon âgé de trois ans; il s'occupe de pourvoir une fois de plus le trône pontifical et travaille sans relâche aux préparatifs d'une nouvelle campagne. Mais au moment où il va partir pour le sud de l'Italie, à la tête d'une armée, la mort le surprend en 983. Il n'a que vingt-huit ans. Son corps est déposé dans un sarcophage romain et enfoui sous le porche de l'église Saint-Pierre.

 

Otton II meurt en 983. Avec sa mort disparaissent les dernières attaches entre les royaumes de Francie Occidentale et Orientale. 


.OTHON III  / OTTO  III   (980-1002),                                                                      empereur/ kaiser  de 983 à 1002

Fils du précédent.

C’est un enfant très brillant. Théophano et Adélaïde l’initient à la culture de la Grèce et de la Rome antique. L'archevêque Bernward de Hildesheim, qui dirige son éducation, est certainement pour beaucoup dans l'éclosion des dispositions pieuses qui se manifestent chez lui. L'idéalisme qui anime tous les Othon se révèle chez le troisième d'entre eux à un degré particulièrement élevé. Il est certain qu'il ne se sent guère de racine dans le sol allemand, et il finit par se fixer à Rome.

Adalbéron de Reims, soucieux d'appuyer Otton III et sa mère l'impératrice Théophano, cherche à convaincre le roi  de Francie Occidentale/ France  Lothaire de le soutenir. Il lui laisse entendre qu’il pourrait récupérer la Lotharingie. Le roi des Francs revendique la tutelle de son neveu et la garde de la Lotharingie. Grâce à Adalbéron de Reims, Lothaire obtient l'hommage de plusieurs grands de Lotharingie dont Godefroy de Verdun de la maison d'Ardenne.

 

À cette occasion, il se réconcilie avec son frère Charles qui espère alors obtenir également la Haute-Lotharingie, gouvernée par une régente, Béatrice, épouse du défunt duc Ferry de Haute-Lotharingie et sœur d'Hugues Capet.

Lothaire espère alors passer de la garde de la Lotharingie à la souveraineté sur cette terre. Néanmoins, l'échec rapide d'Henri le Querelleur fait échouer le projet. La paix conclue à Worms en 984 consacre l'éloignement du carolingien de la Lotharingie et le triomphe de la maison d'Ardenne qui y renforce son pouvoir. Mais Lothaire, ne renonçant pas à s'emparer du duché de Lorraine, décide de prendre sa revanche et de s'allier à Henri le Querelleur. Il convient avec lui de joindre leurs  troupes  pour le premier février 985 sur les rives du Rhin à Brissach. Ceci inquiète Adalbéron de Reims qui prend contact avec Hugues Capet. Henri le Querelleur n'ayant pas tenu ses engagements, Lothaire décide de s'emparer par ses propres moyens de la Lotharingie. Lothaire ne peut intéresser à son projet Hugues Capet qui ne souhaite pas s'opposer à sa sœur et son neveu, mais ne prend pas non plus parti contre son seigneur au profit des Ottoniens. En revanche, Lothaire obtient le concours deux des plus puissants comtes du royaume, Eudes de Blois et Chartres et Herbert le Jeune, comte de Troyes et de Meaux.

Au début de 985, ils envahissent le duché, assiègent Verdun et s'en emparent au mois de mars et font plusieurs prisonniers : le comte Godefroy Ier (frère d'Adalbéron de Reims), Frédéric (fils de Godefroy Ier), Sigefroid de Luxembourg (oncle de Godefroy) et Thierry, duc de Haute-Lotharingie (neveu d'Hugues Capet).

Revenu à Laon, il contraint l'archevêque de Reims de tenir une garnison à Verdun pour empêcher la ville d’être reprise par les Ottoniens. Il l'oblige aussi à écrire aux archevêques de Trèves, Mayence et Cologne qu'il est le fidèle du roi carolingien.

Lothaire finit par se douter que l'archevêque de Reims, favorable aux Ottoniens et à Hugues Capet, joue un double jeu.

Lorsqu'il lui demande de détruire les fortifications qui entourent le monastère Saint-Paul de Verdun, Adalbéron refuse en prétextant que ses soldats, affamés, ne sont plus en mesure de garder la ville. Furieux, Lothaire veut le traduire en justice afin de le condamner.

  

Il convoque une assemblée à Compiègne pour le 11 mai 985, sous prétexte que l'ecclésiastique avait placé son neveu Adalbéron sur le siège de Verdun sans son consentement. Alerté, le duc Hugues Capet marche sur Compiègne avec six cent hommes et disperse l'assemblée. Lothaire ne peut se permettre une guerre ouverte avec Hugues Capet car il se retrouverait pris entre deux fronts. Il fait donc libérer les Lorrains qu'il retient prisonniers, mais Godefroy Ier préfère rester en prison plutôt que de céder Mons, le Hainaut, et de contraindre son fils à renoncer à toute prétention sur le comté et l’évêché de Verdun. Par contre, suite à une rencontre entre le roi et  le duc des Francs, Thierry Ier de Lorraine, neveu d'Hugues Capet, est libéré.

Au début de 986, Lothaire envisage d’attaquer Cambrai, ville d’empire mais dépendant de l’archevêché de Reims ainsi que Liège. Il pense que l’évêque Rothard pourrait livrer la ville contre sa nomination comme archevêque de Reims et Liège dont l’archevêque Notger a finalement rallié les Ottoniens  mais il meurt subitement à Laon le 2 mars 986.

Son fils Louis V, a seulement le temps de convoquer une assemblée de Francs à Compiègne qui  doit juger l'archevêque de Laon Adalbéron, qui a soutenu Otton II dans sa querelle contre Lothaire. Or, la veille de la réunion, le 22 mai 987, Louis V meurt d'une chute de cheval lors d'une partie de chasse  sur les terres d’Hugues Capet. Avec lui s’éteint la branche française des carolingiens. Son héritier est en principe son oncle Charles fils de Louis IV. Mais Charles a hérité du duché de Basse-Lorraine et se trouve de ce fait vassal de l’empereur.

Hugues Capet, fils d’Hugues, duc de France, et neveu de l’empereur Othon le Grand fait donc figure de favori à la couronne de Francie Occidentale qui est toujours élective d’autant qu’il dispose de l’appui d’Adalbéron,  évêque de Reims. Il est élu roi des Francs à Senlis cette même année 987.

 

Les  difficultés surgissent lorsque Théophano, jeune encore, meurt en 991 et que la régence  passe aux mains de sa belle-mère Adélaïde. Au bout de trois ans, on remet à Othon III, garçon de quatorze ans, les rênes du pouvoir.

  

Tandis qu'Othon Ier regardait l'Italie comme une annexe de l’Empire, qu'Othon II s'était efforcé de placer les deux royaumes de Francie Orientale/Germanie et d’Italie  sur un plan d'égalité, il s'en faut de peu qu'Othon III n'ait complètement renversé cette situation: pour lui, l'Italie est le noyau de l’empire. Les efforts d'Othon III ne tendent à rien de moins qu'à la restauration de l'ancien Empire romain. La bulle d’or qui scelle les diplômes proclame : « Renovatio Imperii Romanorum ».

Dans un premier temps, il fait élire son cousin Bruno au siège pontifical.   Il dénoue les conflits qui opposent le pape et les nobles romains. En 996, il se rend en Italie à la tête d'une armée, reçoit à Pavie, ancienne capitale des rois lombards, l'hommage de l'aristocratie; après quoi, il marche sur Rome, où il investit un parent comme  nouveau pape Grégoire  V (996-999), jeune homme d'une conduite exemplaire qui lui donne sitôt après la couronne des empereurs  d'Occident. Le nouvel élu est le premier pape allemand.

A Rome, Othon apprend à connaître Adalbert, archevêque de Prague, qui a fui son évêché pour se rendre dans la ville des papes, afin de s'y recueillir dans la retraite et d'y faire pénitence.

Le jeune empereur reçoit d'Adalbert une profonde impression; il le respecte, dès lors, comme un ami paternel et son conducteur spirituel.                                                            

L'archevêque part évangéliser les Prussiens, chez lesquels il meurt martyr. Plus tard, revêtu de la robe des pénitents, Othon fait un pèlerinage à Gnesen, afin de prier sur sa tombe. Il se rend aussi à Aix-la-Chapelle, au tombeau de Charlemagne. Il se fait ouvrir la crypte, au fond de laquelle il descend auprès du mort qui, tel un vivant, se tenait assis sur un trône, couronné et le sceptre en main.

Othon prie devant le cadavre et part en emportant quelques reliques.  Il ne se préoccupe pas le moins du monde de l'opinion de ses contemporains qui considèrent sa démarche comme une profanation. Contrairement à la tradition saxonne, il constitue une cour brillante et, quand il retourne à Rome, en 998, se loge dans un palais sur l'Aventin. Mais, il est aussi capable de s'humilier profondément et de se faire donner la pénitence. Il semble qu'Othon III, fils d'une princesse grecque et d'un roi saxon, ait porté en lui deux hérédités incompatibles: l'orgueil des empereurs d'Orient et la foi enfantine, la vie intérieure ardente de la chrétienté germanique, encore toute jeune.

  

L'Eglise a à nouveau besoin de la protection impériale, car la population romaine, toujours agitée, a déposé le pape allemand Grégoire V, et instauré un antipape. Othon soumet la ville, fait décapiter, au château Saint-Ange, le chef de la rébellion et rétablit Grégoire à sa place et, quand ce dernier meurt, l'année suivante déjà, Othon lui donne pour successeur son ami Gerbert qui prend le nom de Sylvestre II.

Gerbert est français et l'un des hommes les plus instruits de son temps; il unit en lui la culture chrétienne et la culture arabe, grâce à ses connaissances en mathématiques et en sciences naturelles. Il a été le directeur de l'école de Reims, puis l'archevêque de cette ville. Il a déjà approché Othon Ier. Othon II lui avait confié l’abbaye de Bobbio. Othon III se lie de la façon la plus intime avec cet homme dont il admire la culture et avec l'aide duquel il espère réaliser l'Etat auquel il aspire. Ce que l'imagination d'Othon lui fait entrevoir, c'est une sorte d'association des peuples chrétiens, dont les divers éléments, poursuivant chacun sa politique personnelle, n'en seraient pas moins unis d'une façon ou d'une autre, grâce à ces deux chefs que sont le pape et l'empereur.                                                                                                                                                                      

Cela ne ressemble plus guère à la politique d'Othon Ier, qui a voulu soumettre à la puissance allemande les peuples de l'extérieur, comptant sur l'appui de l’Eglise pour l'aider dans cette tâche.                                                                    

Othon III, au contraire, laisse sans aucune opposition, la Pologne et la Hongrie se détacher de l'Eglise d'Allemagne par la création des archevêchés de Gnesen et de Gran, démarche de laquelle devait sortir aussi l'indépendance politique de ces deux Etats, puisque le pape Sylvestre, avec l'assentiment de l'empereur, envoie des couronnes royales à Boleslav de Pologne et à Etienne de Hongrie.                                                                                                                                                                                 

La collaboration d'Othon et de Sylvestre, qui s'inspire d'un identique idéal chrétien, se fixe pour but l'établissement d'une confédération des peuples occidentaux ; mais, dès l'abord, les dangers de cette politique apparaissent.  Dans un texte de janvier 1001, les rapports entre le pape Sylvestre II et l’empereur sont redéfinis. Il est précisé que la donation de Constantin est un faux. Otton III refuse de confirmer le « Privilegium Ottonianum ». L’empereur accorde au souverain pontife huit comtés de la Pentapole, mais il s’agit d’une donation, non pas d’une restitution. L’empereur se voit comme « esclave des apôtres », le représentant direct de Pierre et le responsable de son patrimoine. Il se met donc sur le même plan que le pape et souhaite gouverner la chrétienté, présidant à ses côtés les synodes.

 

Comment l'empereur d'Occident peut-il longtemps régner en maître à côté du pape qui entend posséder sur les Etats de l'Eglise un pouvoir illimité ? Qu' Othon affirme à Sylvestre que la donation de Constantin est un document falsifié, laisse déjà pressentir le péril; mais la conformité de leurs pensées est telle qu'aucun conflit ne surgit entre eux.

Othon III poursuit trop uniquement des buts d'ordre spirituel et religieux, croyant accomplir ainsi son devoir d'empereur et s'occupe trop peu de protéger les assises de l'Empire. Tandis qu'il entretient son rêve, son pouvoir commence à chanceler. Les villes de l'Italie méridionale secouent son joug; à Rome même, une révolte éclate contre lui; l'Allemagne est sur le point de se soulever. Ainsi, l'impérialisme d'Othon arrive à son terme, son grand rêve d'empereur universel prend  fin, quand il meurt au bon moment, au début de l'an 1002. Il a vingt-deux ans. En combattant constamment, les Allemands parviennent à ramener son corps à travers l'Italie, jusqu'en Allemagne. Il est enterré à Aix-la-Chapelle conformément à son vœu aux côtés de Charlemagne.

 

 

 

.HENRI II  LE SAINT /  HEINRICH II  (973-1024),                                             empereur / kaiser  de 1002 à 1024

 

 

 

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