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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 09:31

 

> LE CHIEN ET LES CHACALS  !!!!!

> Du coquin que l'on choie, il faut  craindre les tours  

> Et ne  point espérer de caresse en  retour

> Pour l'avoir ignoré,  maints nigauds en pâtirent.

> C'est ce dont je  désire, lecteur, t'entretenir.

> Après dix ans  et plus d'homériques  batailles,

> de méchants pugilats, d'incessantes  chamailles,

> Un chien était bien aise d'avoir signé la  paix

> avec son voisin, chacal fort  éclopé

> Qui n'avait plus  qu'un œil, chassieux de  surcroît,

> Et dont l'odeur, partout,  de loin le précédait.

> Voulant sceller  l'événement

> et le célébrer  dignement,

> Le chien se donna grande  peine

> Pour se montrer doux et  amène.

> Il pria le galeux chez lui,  

> le fit  entrer, referma l'huis,

> L'assit dans un  moelleux velours

> Et lui tint ce pieux  discours :

> « Or donc, Seigneur Chacal, vous  êtes ici chez vous !

> Profitez, dégustez,  sachez combien je voue 

> D'amour à la  concorde nouvelle entre nous !

> Hélas, que j’ai  de torts envers vous et les  vôtres,

> Et comme je voudrais que le passé fût  autre !

> Reprenez de ce rôt, goûtez à tous les  mets,

> Ne laissez un iota de ce que vous  aimez ! »

> L'interpellé eut  très à cœur

> D'obéir à tant de  candeur.

> La gueule entière à son  affaire,

> Il fit de chaque plat  désert

> Cependant que son hôte  affable

> Se bornait à garnir la  table.

> Puis, tout d'humilité et la  mine contrite,

> En parfait comédien,  en fieffée chattemite,

> Il dit : «Mais,  j'y songe,  mon cher,  

> Nous voici  faisant bonne chère

> Quand je sais là,  dehors, ma pauvrette famille :

> Mes épouses, mes  fils, mes neveux et mes filles,

> Mes oncles et  mes tantes que ronge la  disette,  

> Toute ma  parentèle tant nue que  maigrelette.  

> Allons-nous  les laisser jeûner  jusqu'au matin ?  »

> "Certes non ! »  répliqua, prodigue, le matin,

> Qui se leva,  ouvrit, et devant qui passèrent

> Quarante et un  chacals parmi les moins  sincères.

> Sans tarder cliquetèrent les  prestes mandibules    

> Des grands  et des menus, même des  minuscules.

> Ils avaient tant de  crocs, de rage et d'appétit,

> Ils mangèrent  si bien que petit à petit

> Les vivres s'étrécirent comme  peau de chagrin

> Jusqu'à ce qu'à la fin il  n'en restât  plus rien.  

> Ce que  voyant, l'ingrat  bondit :

> « Ah ça, compère, je  vous prédis

> Que si point ne nous  nourrissez

> Et tout affamés nous  laissez

> tandis que vous allez  repu,

> La trêve entre nous est rompue !»

> Ayant alors, quoi qu'il eût  dit,

> Retrouvé forces et  furie,

> Il se jeta sur son  mécène,  

> Et en une  attaque soudaine  

> il lui  récura la toison,  

> Aidé de  toute sa maison.  

> Puis, le  voyant à demi-mort,

> De chez lui il le  bouta hors.  

> Et  l'infortuné  crie encore  

> «La peste  soit de mon cœur  d'or !  »  

 

> Retenez la  leçon, peuples trop accueillants  :  

 

> À la gent  famélique, point ne devez  promettre.

> Ces êtres arriérés,  assassins et  pillards   

> marchent  en rangs serrés sous le vert  étendard.

> Vous en invitez un,  l'emplissez  d'ortolans,  

> Et  c'est  jusqu'à vos  clefs qu'il vous  faut lui remettre.

 

>                    Jean de LA  FONTAINE

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