Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 16:41

 

De V Gouyet :

Parce que j'ai été attachée parlementaire, beaucoup de ceux qui me
connaissent m'ont demandé comment faire le tri entre tous les éléments
qu'ils ont lus dans la presse ces derniers jours à propos du fonctionnement
de l'équipe qui entoure chaque député.

Je tiens à préciser tout de suite que si je soutiens François Fillon depuis
la défaite et le départ de Nicolas Sarkozy en mai 2012, les éléments que je
donne ci-dessous sont ma propre analyse et mon propre ressenti. Je laisse
chacun y puiser ce qu'il voudra.

Avant tout, le cabinet parlementaire constitue juridiquement une TPE. Le
député embauche et rémunère librement ses collaborateurs, sur la base de
contrats de travail de droit privé, qui prennent automatiquement fin en cas
d'interruption du mandat parlementaire.

Pour rémunérer ses collaborateurs, chaque député dispose d'une enveloppe
mensuelle de 9 561 € (lorsqu'il laisse l'Assemblée nationale gérer ces
contrats et payer les charges patronales), 14 341 € s'il décide de tout
gérer lui-même. Sur les 9 561 €, il doit donc encore acquitter les charges
salariales (précision technique pour les puristes).

Dans les faits, l'immense majorité des députés laisse l'Assemblée s'occuper
de tout.

Chaque député organise à sa guise le travail de son équipe, avec des
collaborateurs dont le travail peut être très divers : agenda, logistique,
courriers, dossiers législatifs, dossiers locaux, réunions, questions au
Gouvernement, amendements, relations presse, relations avec les élus,
relations avec la population, communication, rendez-vous, représentation,
conseil, etc. Ce travail répond en fait aux trois fonctions remplies par un
parlementaire : 1/ il représente le peuple ; 2/ il vote les lois ; 3/ il
contrôle l'action du Gouvernement et des administrations.

Bref, le travail est gigantesque, et la politique est bien souvent le lieu
où les militants viennent donner un coup de main bénévole (mise sous pli,
distribution de documents à la population, logistique des réunions
publiques, réseaux sociaux, etc.). Il y a plutôt trop de travail que pas
assez !

François Fillon est aujourd'hui attaqué non pas pour avoir rémunéré son
épouse et deux de ses enfants, mais parce que certains soupçonnent qu'il
s'agirait d'emplois fictifs, sans travail réalisé en contrepartie.

Comme je viens de le souligner, ce n'est pas le travail qui manque autour
d'un député. J'ai croisé des dizaines et des dizaines de parlementaires,
davantage encore de collaborateurs, et la plupart d'entre eux sont des
passionnés, qui ne comptent pas leurs heures. De même, il est inimaginable
qu'un élu fasse une carrière politique durant 35 ans (François Fillon a été
élu pour la première fois en 1981) sans que sa / son conjoint(e) ne lui
apporte au quotidien un soutien et une aide de tous les instants, surtout si
elle / il n'a pas une autre activité professionnelle à côté.

Quid du niveau de rémunération pour le conjoint non salarié du chef
d'entreprise ? Comme dans n'importe quelle TPE, il est fréquent que le
conjoint participe de fait à l'activité sans percevoir de salaire. Quand la
structure trouve l'espace d'une rémunération, il peut y avoir ensuite une
forme de rattrapage salarial, en contrepartie de toutes les années de
bénévolat.

S'agissant de Pénélope Fillon, elle n'a pas été rémunérée entre 1981 et
1997. Puis elle a bénéficié d'un salaire comme attachée parlementaire
jusqu'en 2013 (avec manifestement un rattrapage salarial). Elle a perçu 639
000 euros net sur cette période (les médias parlent en brut). Ramené à 35
années de travail aux côtés de son mari, nous arrivons à l'équivalent d'un
salaire net mensuel de 1521 €. Tous ceux qui se scandalisent du montant de
830 000 € brut devraient méditer sur la période concernée... Si j'avais
travaillé durant 35 ans aux côtés de François Fillon, sur la base du salaire
de 2600 € net que je touchais en 2007, j'aurais coûté bien plus de 830 000 €
brut (faites le calcul : 1,4 million d'euros brut - et par souci de
simplicité, je n'ai pas tenu compte du 13e mois...).

Mais quel travail a donc bien pu réaliser Pénélope Fillon ? Sans doute un
travail de petite main pour un grand nombre de courriers reçus au domicile
(François Fillon n'avait pas de permanence parlementaire en
circonscription). Un soutien logistique également. Un travail de conseil,
relecture (c'est ce qui semble ressortir de la bouche de l'avocat de
François Fillon). Un travail de représentation, aussi, accompagnant son
mari, ou se substituant à lui quand il n'était pas disponible.

Pénélope Fillon n'aurait-elle pas pu remplir toutes ces tâches sans être
rémunérée ? Si, sans doute. Mais en France, la loi autorise les
parlementaires à salarier leurs proches. De très, très nombreux élus le
font, ponctuellement ou de façon pérenne. C'est fréquemment le cas pour les
enfants étudiants des députés ou sénateurs, dont les parents mettent ainsi
le pied à l'étrier professionnel.

Mais alors, pourquoi cette brusque poussée de fièvre concernant François
Fillon ? Qui ne voit pas l'opération de destabilisation à quelques semaines
de la présidentielle ? "Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque
chose", proclame Francis Bacon dans son Essai sur l'athéisme.

Interrogeons-nous maintenant sur le niveau de rémunération des enfants de
parlementaires : n'est-il pas excessif ? On peut parfaitement le penser dans
certains cas. Mais 1/ ce montant reste à la discrétion du parlementaire et
2/ on sort du débat sur le caractère fictif de l'emploi. Les enfants de
Fillon avaient fait des études de droit, l'un d'eux a d'ailleurs obtenu son
diplôme d'avocat l'année suivante. Ils avaient donc des compétences utiles
pour aider leur père dans ses missions parlementaires. Il ne s'agit pas
d'emplois fictifs. Or, c'est là-dessus que Fillon est attaqué.

Certains s'étonnent aussi que Pénélope Fillon n'avait pas de badge pour
accéder à l'Assemblée, ni d'adresse e-mail personnalisée. J'ai travaillé
durant 5 ans à l'Assemblée (entre 2002 et 2007), j'avais un badge pour
accéder à mon lieu de travail, mais ce n'était pas le cas de tous mes
collègues de circonscription. Je n'ai par ailleurs jamais eu d'adresse
e-mail professionnelle à mon nom : j'ai toujours utilisé l'adresse des
parlementaires pour lesquels j'ai travaillé.

Autres questions légitimes que se posent beaucoup de gens : pourquoi
Pénélope Filllon a-t-elle été rémunérée par le suppléant de François Fillon
? A quel travail est-ce que cela correspond ? Pourquoi un salaire si élevé ?
Lorsqu'un parlementaire devient ministre, il conserve un lien avec le
territoire d'où il est originaire. Les collaborateurs du suppléant devenu
député font souvent le lien et la navette entre la circonscription et le
ministère. Et Pénélope Fillon a pu être d'autant plus sollicitée dans ce
cadre que l'agenda de son mari le rendait beaucoup moins disponible. Le
suppléant de François Fillon était par ailleurs peut-être davantage présent
en circonscription qu'à Paris, n'ayant pas forcément les mêmes ambitions et
appétences pour le travail législatif que son précédecesseur.

Enfin, un élément important : jusqu'en 2012, les députés pouvaient conserver
le reliquat du crédit collaborateurs qui leur était attribué. Cet argent ne
serait donc pas resté dans les caisses de l'Assemblée. Ceux qui demandent à
Pénélope Fillon de "rendre l'argent" ignorent manifestement qu'il s'agirait
de le rendre... à François Fillon lui-même.

Mais alors, pourquoi Pénélope Filllon a-t-elle dit qu'elle ne travaillait
pas et ne s'était jamais mêlée de politique ? Peut-être simplement parce
qu'elle ne considérait pas son action comme un travail, mais comme un
engagement aux côtés de son mari. Il n'empêche que si elle n'avait pas été
là, toutes les tâches qu'elle a accomplies auraient dû l'être par quelqu'un
d'autre. En outre, un attaché parlementaire ne fait pas de politique : il
travaille dans le domaine politique, mais c'est le parlementaire qui fait de
la politique. Pas ses collaborateurs.

Posons-nous maintenant la question de l'orchestration de cette affaire
politico-médiatique :
- le mercredi 25 janvier, le Canard Enchaîné publie un article
- le jeudi 26 janvier, le Parquet national financier ouvre une enquête
judiciaire
- le vendredi 27 janvier, ce même parquet auditionne plusieurs témoins

Une vitesse absolument stupéfiante !

Pour rappel, le parquet national financier a été créé par Christiane Taubira
en 2014, qui y a placé ses amis : le procureur du PNF, Eliane Houlette,
était commissaire du gouvernement auprès du Conseil des ventes volontaires.
Elle doit son incroyable et fulgurante promotion au Garde des Sceaux de
l'époque, laquelle a également constitué une équipe de procureurs adjoints
et vice-procureurs parmi ses très proches (Michel Pelegry, Ulrika
Delaunay-Weiss, Patrice Amar, Monica d'Onofrio...).

Rappelons aussi qu'en France, le parquet (a fortiori le parquet national
financier) n'est pas indépendant du pouvoir exécutif : les procureurs
dépendent directement du ministre de la Justice, ce qui est d'ailleurs
pointé du doigt par la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

La vitesse avec laquelle le parquet s'est jeté sur François Fillon ne
manquera pas d'interpeller tous ceux qui déplorent les lenteurs habituelles
de la Justice. La perquisition de l'Assemblée nationale qui a eu lieu hier
après-midi relève là encore de l'exceptionnel.

Parallèlement, quand des journalistes publient dans le livre "Nos très chers
émirs" des accusations nominatives de corruption envers un ministre du
Gouvernement, le même parquet reste curieusement muet. Pourquoi une telle
différence de traitement ?

Face à cette situation, je suis persuadé de l'impossibilité pour Pénélope
Fillon de ne pas avoir participé au travail parlementaire de son mari. Son
travail n'a pas été fictif, et il dure depuis 35 ans.

Je suis aussi persuadé que cette opération de destabilisation a été
sciemment préparée et orchestrée. Je n'ai pas voulu croire à une machination
envers DSK en 2011, ses propres turpitudes étant suffisantes pour provoquer
la chute d'un candidat annoncé par tous comme le prochain président
français. La similitude de l'acharnement qu'il a subi alors, avec
l'acharnement subi aujourd'hui par François Fillon, fait naître le doute.
Les mêmes officines semblent à l'oeuvre. D'ailleurs, ce sont les mêmes qui
en furent et en seraient les grands bénéficiaires : François Hollande et ses
proches, du PS à Macron.

Et toute cette agitation éloigne les citoyens de ce qui devrait nous
préoccuper à titre principal : la situation de la France, qui compte un
nombre record de chômeurs, dont la Dette n'a jamais été aussi élevée, et qui
n'offre aux jeunes générations que le choix entre le déclassement ou
l'émigration.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Parti imperial romain europeen
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : empireromaineuropeen
  • : Parti supranational pour un empire romain europeen alternative à l'empire américain
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Liens