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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 09:49

La récente réconciliation entre la Russie et la Turquie veut se faire sur le « dos » des Kurdes, principaux alliés des USA dans la lutte contre l’Etat islamique faute pour ces derniers d’avoir pu s’appuyer sur les rebelles modérés syriens ni pouvoir s'appuyer en Irak exclusivement sur l'armée irakienne.

Il a toujours été évident que les principaux ennemis de la Turquie sont les Kurdes de Syrie dont la volonté d’indépendance est intolérable pour les Turcs alors que les combats contre les Kurdes de Turquie ont repris et que les Kurdes d’Irak -qui disposent d’une très grande autonomie- envisagent un référendum sur l’indépendance.

Il est tout aussi évident que les présidents turc et russe ne sont pas disposés à une remise en cause du principe de l’intégrité territoriale des Etats. Or ils ont bien compris avec l’histoire du Kosovo que les USA ne sont pas toujours très à cheval sur les principes et devront « remercier » faute de pouvoir les trahir, leurs alliés kurdes.

Ceci explique le chantage pratiqué par le président turc vis-à-vis des USA en se réconciliant avec la Russie. Et il n’est pas à exclure qu’il se réconcilie avec Assad pour autant que celui-ci exclue l’indépendance des territoires kurdes de Syrie ce qui n’est pas cependant pas certain si ce dernier estime pouvoir s’en tirer autrement à bon compte.

Si la Russie intervient militairement en Syrie à la demande de son gouvernement, ce n’est pas le cas de la Turquie dont l’intervention désormais militaire se fait sans la demande du gouvernement syrien ni mandat de l’ONU en parfaite violation du droit international ce qu’en principe la Russie ne supporte pas (comme les USA l’ont fait en Serbie) même si elle ne se gêne comme les autres membres du Conseil de Sécurité (USA-France-Angleterre) de recourir de plus en plus massivement à des forces spéciales. On peut donc supposer que Poutine s’est mis d’accord avec Erdogan pour fermer les yeux et que les USA tolère une situation qui voit leur allié turc frapper leurs alliés kurdes.

Néanmoins cette situation devient très inconfortable pour les USA qui ne peuvent se passer de ces alliés kurdes ni en Syrie et encore moins en Irak où ils en auront obligatoirement besoin ne serait-ce que pour la reconquête de Mossoul.

Une chose est donc sure, c’est que la Turquie ne pourra poursuivre ses combats contre les Kurdes que jusqu’à ce que toléreront les USA et en Syrie que jusqu’à ce que toléreront les Russes sauf à prendre le risque de s’engager dans une très grave crise incontrolable.

Or il est bien évident que les Kurdes exigeront d’être récompensés pour le prix de leurs actions par l’obtention d’un Etat indépendant Kurde d’Irak et de Syrie qui leur avait été promis par le traité de Sèvres de 1920 à la suite de la guerre 14-18 et dont ils ont été frustrés par le traité de Lausanne trois ans plus tard.

Une fois Daech vaincu en Syrie et en Irak, un congrès devra se tenir et aboutir inéluctablement à la modification des frontières de l’ensemble de la région tracées de manière parfaitement artificielles ensuite des accords Sykes-Piccot sur les dépouilles de l’empire Ottoman disparu comme les autres empires allemand, austro-hongrois et russe à la suite de la Première Guerre mondiale.

Et il est bien sûr que cette fois encore la Turquie risque d’en payer le prix le plus fort. En effet si le président Assad a certainement pris conscience que l’intégrité territoriale de son pays ne pourra être préservée en raison de l'impossible réconciliation des Syriens après une telle guerre civile ( la Syrie n’est pas tout à fait comparable au Liban), si le gouvernement irakien chiite a plus ou moins intégré l’idée d’un Kurdistan irakien indépendant, le président Erdogan ne saurait admettre que la Turquie soit à nouveau amputée d’une partie de son territoire un siècle après le traité de Sèvres. Or même si un Kurdistan indépendant doit se faire uniquement sur les territoires de la Syrie et de l’Irak et quand bien même cet Etat serait neutralisé, sa présence en frontière du Kurdistan turc en guerre civile avec le gouvernement d’Ankara serait parfaitement intolérable et constituerait un véritable casus belli pour l’actuel sultan turc qui se rêvait en plus en nouveau calife des musulmans.

Pourtant même s’il a compris que Daech allait perdre et que les USA devraient d’une manière ou d’un autre remercier ses alliés kurdes, raison pour laquelle il fait un virage à 180 degré en se réconciliant rapidement avec le président Poutine et va jusqu’à laisser croire qu’il pourrait quitter l’Otan à la grande satisfaction de son nouvel ami, il est fort probable que les présidents des USA et de la Russie préfèreront s’entendre sur son dos.

Car ceux qui pensent un peu vite que la cause kurde est une nouvelle fois perdue, oublient que face à la reconquête russo-syrienne de la Syrie sur Daech et les rebelles qui leur sont inféodés et vraisembablement la reprise prochaine totale d'Alep, les Américains doivent impérativementent engager trés rapidement l'Irak à reprendre Mossoul laquelle ne pourra pas être reprise sans l'important concours des Kurdes.

La collaboration militaire des Russes et des Américains devient, que cela déplaise ou non fortement à ces derniers inévitables en dépit de leurs invectives au Conseil de Sécurité de l'ONU.

Aux Russes l'essentiel de la reconquête de la Syrie en appui de l'armée Syrienne, aux Américains celle de l'Irak en appui essentiellement des Kurdes en raison de l'hostilité entre les militaires irakiens Chiites et les Sunnites des territoires à reconquérir.

Les Kurdes ne devraient pas "se faire avoir" et manquer la chance historique de pouvoir "monnayer" leur concours indispensable.

Les accords Sykes-Picot entre le Royaume Uni et la France, vont être remplacés par le projet d’accords entre la Russie et les USA présenté par le président Poutine au vice-président des USA qui d’une manière générale aboutira une nouvelle fois à une remise en cause du principe de l’intangibilité des frontières devenu malheureusement obsolète et à la partition des actuels Etats d’Irak et de Syrie.

Sans un nouveau Congrès de Vienne, deux siècles après la fin de l’empire Napoléonien, il y a fort à craindre qu’un siècle après le Traité de Versailles, une nouvelle vaste confrontation militaire puisse avoir lieu si la Turquie s’estime sacrifiée. Mais à l’issue d’une telle confrontation au terme de laquelle la Turquie serait vaincue, il est probable que le Kurdistan turc devienne lui aussi indépendant, les frontières est de la Turquie se trouvant ramenées au mur d’Hadrien.

Ce qui ne serait pas en soi un mal pour l’Union Européenne car son intégration se trouverait grandement facilitée.

Ceci étant il vaudrait mieux un grand accord mais toute la question est de savoir quelle importante contrepartie donner à la Turquie pour qu’elle accepte alors une fois pour toute de se débarrasser de la question kurde ?

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Published by Parti imperial romain europeen
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