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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 14:25
Histoire du Dauphiné (Archevêché de Vienne/ Comté du Viennois / Evêché de Grenoble / Comté de Grenoble / Vicomté de Briançon , terre d'empire de 1032 à 1457

1. Archevêché de Vienne/Comté de Vienne

L'archevêché de Vienne en Dauphiné est le premier évêché vers 160. En 450, le pape attribue les fonctions de métropolitain à l'évêque de Vienne dans les diocèses de Valence, Tarentaise, Genève et Grenoble, tandis que les autres cités de la Viennoise et de la Narbonnaise IIe restent du domaine du métropolitain d'Arles. Un siècle plus tard, en 551, la province ecclésiastique arlésienne s'agrandit de l'évêché d'Uzès qui passe sous la métropole d'Arles. En 794, au concile de Francfort, les limites entre les provinces ecclésiastiques d'Arles et de Vienne sont à nouveau débattues. La province de Vienne conserve pour suffragants les évêchés de Genève, de Die, de Grenoble, de Valence et de Moutiers. La province d'Arles conserve huit suffragants: Marseille, Toulon, Orange, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Avignon, Cavaillon et Carpentras. Entre 794 et 800, la province ecclésiastique de Vienne perd l’évêché de Moutiers Tarentaise élevé au rang d’archevêché tandis que la province ecclésiastique d'Arles perd les évêchés d'Aix et d'Embrun, qui sont eux-aussi élevés au rang d’archevêchés..

Au traité de Verdun de 843, la région se trouve intégrée au royaume de Francie Médiane. Cependant, à la mort de Lothaire, Charles le Chauve, roi de France, se proclame empereur en 875 et intègre la région sous son autorité. Mais à la mort de son fils, Boson, gouverneur de Vienne, se fait proclamer roi de Bourgogne Cisjurane-Provence en 879 à Mantailles (Drome). Ce royaume est appelé également Royaume de Vienne et d’Arles. Ce royaume est réuni en 934 à celui de Bourgogne Transjurane crée en 888 à Saint Maurice sous le nom de Royaume de Bourgogne-Provence. En 1011, le douaire d’Ermengarde, épouse du roi de Bourgogne, Rodolphe III, est constitué du Viennois.

L'intégration du royaume de Bourgogne-Provence au Saint-Empire en 1032 renforce l'autonomie de l'évêque-comte de Vienne. Mais l'importance de Vienne diminue graduellement avec les progrès de sa rivale, Lyon. Les anciennes prétentions de Vienne subsistent dans les prérogatives de ses évêques, qui gardent le titre archiépiscopal, ainsi que celui de « primat des Gaules », qu'ils partagent avec les archevêques de Lyon. L’archevêque de Vienne est suffragant des Évêché de Die, de Grenoble, de Valence et de Viviers.

Ce qui deviendra le Dauphiné compte alors quatre baronnies importantes : Clermont, Sassenage, Maubec (appartenant aux seigneurs du même nom puis aux Bocsozel) et Montmaur. Ces baronnies, avant d'être des "baronnies d'état", sont indépendantes des puissants seigneurs (Dauphin, duc de Savoie, évêché de Grenoble, archevêché de Vienne) qui les entourent. Mais sans doute pour des raisons politiques, stratégiques ou de survie elles finissent toutes par prêter hommages à ces seigneurs :

.Les Clermont sont indépendants jusqu'en 1203 et prêtent hommage à l'église de Vienne.

.Les Sassenage jusqu'en 1247 et prêtent hommage à l'évêque de Vienne, Jean de Bernin.

.Les Bocsozel prêtent hommage au Dauphin, Humbert Ier de Viennois en 1290.

.Les Montmaur semblent indépendants jusqu'en 1269, date à laquelle les Montauban prêtent hommage au Dauphin.

Archevêques de Vienne :

.Burchard, archevêque de Vienne, comte du Viennois v.1010-v.1030

Trois ans avant la mort du roi de Bourgogne-Provence, Rodolphe III, l'archevêque Bouchard dispose entre 1029 et 1030 du comté de Viennois, que l'église de Vienne a reçu en don de la reine Hermengarde, épouse de Rodolphe. Il le partage entre son beau-frère, le comte de Savoie Humbert-aux-blanches-mains, et son neveu le sire de Vion, Guigues Ier le Vieux, déjà largement positionné en Viennois méridional. Humbert de Maurienne reçoit le Nord, future Savoie, et Guigues 1er, dit "Le Vieux", sire de Vion et comte d'Albon, reçoit le Sud, futur Dauphiné dont, au moins en théorie, Briançon, le val de Suze et Chisone (Chizone). Une incertitude règne sur la façon dont les sires de Vion ont acquis le titre de comte. Il semble que Guigues Ier le Vieux l'ait obtenu par la concession de l'archevêque Bouchard dans cet acte de donation de 1029. Malgré cette inféodation en faveur des comtes de Savoie et d'Albon, l'archevêque Bouchard conserve la cité de Vienne avec ses tours et le château de Pipet. Le comté de Vienne est le reste du comté du Viennois limité à la seule ville de Vienne sur laquelle règne l’archevêque.

.Léger, archevêque de Vienne de 1030 à 1070.

C’est sous son règne que le Royaume de Bourgogne-Provence est intégré à l’empire. La mort du dernier roi de Bourgogne, Rodolphe III, en 1032, marque une date importante de l'histoire de la région. Désormais, sous la suzeraineté lointaine de l'empereur Conrad le Salique, s’accomplit le morcellement déjà commencé sous la dynastie de Bourgogne. Alors en l'espace de quelques années, se constituent les Etats des comtes d'Albon et de Savoie. Peu après le partage du comté du Viennois entre les deux maisons de Savoie et d'Albon, celles-ci s'étendent simultanément plus à l'Est. Entre 1039 et 1043, Guigues Ier le Vieux reçoit de l'empereur Henri III l'investiture du Briançonnais, qui a été détaché en 1033 du diocèse de Maurienne par Conrad le salique pour être rattaché à la métropole d'Embrun. Cette terre, Guigues la tient en fief impérial, alors qu'en Viennois il n'est vassal que de l'archevêque de Vienne. De son côté, Humbert-aux-blanches-main, comte de Savoie est investi, au nord du Briançonnais, de la Maurienne, terre qu'il tient lui aussi en fief d'Henri III.

.Armand, archevêque de Vienne de 1070 à 1076.

En 1076, l'empereur germanique Henri IV du Saint-Empire s'oppose aux pouvoirs du pape Grégoire VII au sujet de l’investiture des évêques.

.Warmond, archevêque de Vienne de 1077 à 1081.

.Gontard, archevêque de Vienne de 1082 à 1084.

.Guy de Bourgogne (1050-1124) archevêque de Vienne de 1084 à 1119, pape Calixte II de 1119 à 1124

Fils du comte Guillaume Ier de Bourgogne, frère d’Hugues III de Bourgogne qui devient archevêque de Besançon ; il devient administrateur du diocèse de son frère.

.Pierre I, archevêque de Vienne de 1121 à 1125

.Étienne I, archevêque de Vienne v.1125 à v.1145

.Humbert d`Albon, archevêque de Vienne de 1146 à 1147

Fils de Guigues III d’Albon ; frère de Guigues IV, dauphin du Viennois.

.Hugues I, archevêque de Vienne v.1148 à 1155

.Étienne II, archevêque de Vienne v.1155 à 1163, archichancelier du Royaume de Bourgogne-Provence en 1157

En 1153, l’empereur Frédéric Ier Barberousse lui reconnait les droits régaliens et la haute et la basse justice dans Vienne accordés précédemment par le roi Rodolphe de Bourgogne et en 1157, il les lui confirme solennellement et le nomme archichancelier du Royaume de Bourgogne-Provence. Il a non seulement pour vassaux les comtes d'Albon et de Savoie mais également presque toutes les puissantes familles du Dauphiné. Il est également abbé de Saint-Barnard de Romans et exerce sa suzeraineté au XIIIe siècle sur vingt-deux châteaux et une trentaine de fiefs dépourvus de châtellenies.

.Guillaume de Clermont, archevêque de Vienne de 1163 à 1166 ?

De la famille des Clermont-Tonnerre, originaire du petit village de Clermont siège de la baronnie de Clermont l’une des quatre baronnies du Dauphiné ; qui deviendra vassale de l’archevêque de Vienne en 1203 et sera incorporée en 1340 au domaine des Dauphins du Viennois.

.Robert de La Tour du Pin, archevêque de Vienne v.1170 à 1195

.Aynard de Moirans, archevêque de Vienne de 1195 à v.1205

De la famille des Barons de Moirans dépendant des Abbés de Saint Claude dans le Comté de Bourgogne.

.Humbert II, archevêque de Vienne de 1206 à 1215, archichancelier du Royaume de Bourgogne-Provence à partir de 1214

A l’archevêque Humbert de Vienne, l’empereur Frédéric II reconnaît la qualité d’archichancelier du royaume de Bourgogne et le premier rang à sa cour. L’archevêque exerce désormais, sous la suzeraineté impériale, les droits régaliens et la justice ; lorsqu’il est appelé à rendre à l’Empereur les services d’ost ou de cour, il peut demander des subsides aux bourgeois de Vienne et de Romans. En outre, Frédéric confère à l’archevêque et au chapitre un droit de péage sur toutes les marchandises qui passeront à Vienne par les routes de terre et d’eau. Il défend aux comtes, nobles et châtelains de la province de Vienne de lever de tels droits sans avoir obtenu le consentement du souverain; les transgresseurs de cette défense doivent être poursuivis et punis par l’archevêque de Vienne, chancelier du royaume de Bourgogne. S’adressant à Adémar de Poitiers qui, au mépris des droits des évêques, continue dans le Diois les usurpations de ses prédécesseurs, l’empereur s’exprime en ces termes : « Nous vous enjoignons de vous abstenir des extorsions illicites que vous pratiquez sous prétexte de péages ; nous vous interdisons d’élever des fortifications sur la voie publique ; nous vous ordonnons de fournir satisfaction à l’évêque pour les droits que vous avez injustement perçus, et de vous conduire de telle façon que nous n’ayons pas lieu de vous écrire une seconde fois ».

Bournon, archevêque de Vienne de 1216 à 1218

Au mois de juin 1218, à la suite de la sourde lutte qu’il livre aux seigneurs de son royaume de Bourgogne-Provence, notamment à Adhémar de Poitiers, l’empereur Frédéric II renouvelle à tous les seigneurs de la province de Vienne la défense d’aggraver les péages existants et d’en créer de nouveaux sans son autorisation. En février 1219, il reconnait à Adhémar un doit de péage sur le chemin public de Valence à Monteil et le maintient en possession de tous les droits qui avaient été accordés à ses prédécesseurs par les empereurs.

.Jean de Bernin, prince-archevêque de Vienne de 1218 à 1266, légat du pape

De la famille des seigneurs de Bernin. Né au château de la Veyrie à Bernin dans le Dauphiné. Nommé légat du pape en 1233, à une époque où les tensions augmentent en Provence en particulier dans la ville d’Arles. La papauté, sans désavouer l'archevêque d'Arles Jean Baussan, redoute que dans l'agitation du mouvement communal, les tribunaux inquisitoriaux puissent servir les intérêts politiques de l'épiscopat local. Ainsi, le pape enlève la juridiction de l'inquisition à l’archevêque d’Arles et la confie à Jean de Bernin qui en 1235 nomme des juges issus de l'ordre des Prêcheurs pour la Provence. En juin 1235, le légat Jean de Bernin, archevêque de Vienne adresse une consultation aux juristes avignonnais au sujet des vaudois d'Arles. L’archevêque Jean de Bernin ne reconnait qu’un seul suzerain l’empereur Frédéric II auprès duquel il se rend en avril 1238 à Turin, accompagné de son frère Aymar de Bernin, archevêque d’Embrun et des évêques de Grenoble et de Gap pour lui renouveler serment de fidélité et faire l’hommage de leur temporel. A la suite de quoi il reçoit de l’empereur un diplôme l’investissant par le sceptre des droits régaliens que l’archevêché tient de l’empire. Lui-même est le suzerain des Dauphins du Viennois et d’une grande quantité de seigneurs du Dauphiné. Ainsi le 18 avril 1243, le jeune dauphin Guigues âgé de 14 ans lui rend hommage pour le comté de Vienne dans la grande salle de l’archevêché. Jean de Bernin s’accommode comme ses prédécesseurs de la présence d’un second comte de Vienne et de Macon à la juridiction purement nominale lequel possède un palais au monastère de Saint Pierre dans la ville mais finit par lui racheter en 1262 conduisant à l’extinction du titre. C’est Jean de Bernin qui fait également édifier le château de la Bâtie qui accueillera le trésor pontifical lors du Concile de Vienne de 1311 où sera arrêtée la dissolution de l’ordre du Temple.

.Guy d'Auvergne de Clermont, prince-archevêque de Vienne v.1268 à 1278

.Guillaume de Livron (ou de Valence), prince-archevêque de Vienne de 1283 à v.1305

.Briand de Lavieu (Lagnieu), prince-archevêque de Vienne de 1306 à 1317

Issu d'une famille illustre du Forez, où la maison de Lavieu possède plusieurs terres sous le titre de vicomté. Briand de Lavieu est chanoine de l'église de Lyon, quand il est élu archevêque de Vienne en 1306. Comme il est parent d'Amédée, comte de Savoie, Briand devient suspect aux Viennois. Dans la crainte qu'ils ne forment quelque tentative contre lui, il se retire pour quelque temps au château de la Bâtie, appelé aussi château de Saint-Sévère, parce qu'il se trouve situé au-dessus de l'église de ce nom. Briand de Lagnieu est de retour de la Bâtie, après la mort d'Humbert Ier, lorsque Jean, son fils et successeur, fait hommage à l'église de Vienne, entre les mains de l'archevêque, pour le comté de Vienne et d'Albon. En 1305 Bertrand de Got est couronné pape Clément V et en 1308 il convoque un concile œcuménique à Vienne pour l'année 1311. L'archevêque de Vienne a ses officiers, et le chapitre les siens également. Souvent il y a des contestations entre les officiers de l'archevêque et ceux du chapitre. Ces différends font sentir la nécessité de partager la juridiction, de même qu'on avait partagé les biens. Le partage est fait en 1309. À mesure que la date du concile se rapproche, ceux qui persécutent l'église de Vienne dans ses biens, craignant qu'elle n'en porte plainte au concile, cherchent à se raccommoder avec elle. Le dauphin jean II de Vienne Jean contracte avec l'archevêque et son église, un traité d'alliance et s'oblige à secourir de toutes ses forces et en toute occasion l'archevêque et son église et à leur entretenir à ses frais cent bons soldats bien armés. .Simon d'Archiac, prince-archevêque de Vienne de 1319 à 1320, cardinal.

.Guillaume de Laudun, prince-archevêque de Vienne de 1321 à 1327.

Fils de Guillaume II, seigneur de Laudun.

.Bertrand de La Chapelle, prince-archevêque de Vienne de 1327 à 1352

Il a beaucoup de démêlés avec le dauphin Humbert. En 1333, Philippe de Valois qui aspire à se rendre maître de Ste-Colombe, renouvelle à l'archevêque et au chapitre métropolitain ses prétentions sur le faubourg de Ste-Colombe. Le chapitre soutient ses droits avec la plus grande énergie; mais Bertrand de la Chapelle accorde au roi de France tout ce qu'il lui demande, ce qui le rend odieux au clergé et au peuple de Vienne. Pour se mettre à couvert, il quitte la ville et la médiation du pape devient nécessaire pour que les Viennois le reconnaissent de nouveau comme véritable et légitime pasteur. Une bulle de Jean XXII de février 1334, ordonne que les partis lui envoient des députés porteurs des pièces justificatives de leurs droits, pour qu'il puisse juger en connaissance de cause de la validité des oppositions. Mais Philippe VI ne s'amuse point à suivre cette procédure; sans attendre davantage, il s'empare de Ste-Colombe. Il unit ce faubourg de Vienne à son royaume, le fortifie et fait construire à l'entrée du pont une tour carrée.

.Pierre Bertrand, prince-archevêque de Vienne de 1352 à 1362.

.Pierre de Gratia, prince-archevêque de Vienne de 1362 à 1363.

.Louis de Villars 1363-1377, prince-archevêque de Vienne de 1363 à 1377

Fils d'Humbert, seigneur de Thoire et de Villars, et d'Éléonore de Beaujeu ; frère d’Henri de Villars, archevêque de Lyon et un neveu de Louis de Villars, archevêque de Lyon.

.Humbert de Montchal, prince-archevêque de Vienne de 1377 à 1395

Famille illustre de Montchal dans le Forez. Humbert est le fils de Falques III, seigneur de Montchenu, et d'Alix Alleman. A l’occasion d’un voyage à Paris, l'empereur Charles IV de Luxembourg, concède au dauphin, Charles II (futur roi Charles VI), fils de son neveu le roi de France Charles V, le titre de vicaire de l'empire dans le Viennois et dans les provinces du royaume d'Arles, avec la révocation de la juridiction dont l'archevêque de Vienne et son chapitre jouissent dans la ville de Vienne. Le jeune dauphin nomme comme vicaire son lieutenant Bouville, qui est déjà gouverneur. Les habitants, alarmés de la perte de leur liberté, veulent résister, mais quelques maisons brûlées et la vie qu'il en coûte à plusieurs citoyens intimident le reste et Bouville demeure le maître. On lui rend le château de Pipet.

.Thibaud de Rougemont, prince-archevêque de Vienne de 1395 à 1405, devenu ensuite archevêque de Besançon (1405)

Famille illustre dans le comté de Bourgogne. En 1382, le dauphin Charles II devient roi sous le nom de Charles VI. Par un arrêt de 1400, il rétablit l'archevêque Thibault et son chapitre dans leurs prérogatives temporelles sur Vienne. En 1402 les archevêques de Vienne deviennent abbés perpétuels de l’ordre de Saint-Chef et seigneurs du bourg et de ses dépendances, le château de Saint-Chef est pris et ruiné dans la guerre acharnée que se font Thibaud de Rougemont et les frères Guy et Jean de Torchefelon, ceux-ci ayant refusé de faire hommage à l’archevêque de leur château de Montcarra. Le fougueux prélat attaque brusquement ce château et le brûle. Les Torchefelon prennent et incendient celui de Saint-Chef, en font autant de celui de Seysseul et ravagent tous les environs. Lorsque le gouverneur du Dauphiné intervient pour chercher à arrêter ces désordres scandaleux, Thibaud excommunie les officiers du roi. L’année suivante, les Torchefelon brûlent le château de Mantaille. Les troupes de l'archevêque incendient à leur tour le château de Torchefelon. Le pape Benoît XIII saisit avec empressement l'occasion de transférer de Rougemont à Besançon.

Comtes de Vienne

Charles Constantin, fils de Louis l’Aveugle est comte de Vienne de 947 à 963.

Son fils Patton a une fille Etiennette de Vienne qui épouse Guillaume le Grand comte de Bourgogne auquel elle apporte le comté en dot. Le comté de Vienne se limite à la seule ville de Vienne dans lequel le pouvoir temporel est exercé au nom de l’archevêque sous l’autorité des comtes de Macon issus de la maison des comtes de Bourgogne.

De 1085 à 1239, les comtes de Vienne sont également comtes de Mâcon :

.Étienne Ier de Bourgogne (1085-1102)

.Renaud III de Bourgogne (1102-1148)

.Guillaume III de Mâcon (1148-1157)

.Géraud Ier de Mâcon (1157-1184)

.Guillaume IV de Mâcon (1184-1224)

.Géraud II de Mâcon (1224) .Alix de Mâcon (1224-1260).

En 1239, à la mort de son époux, Jean de Dreux, Alix vend le comté de Vienne et le comté de Mâcon à la Couronne de France.

2. Evêché/comté de Grenoble

Evêques :

.Mallen, évêque-comte de Grenoble de 1030 et 1037,

.Hugues (1053-1132), évêque-comte de Grenoble de 1080 à 1132

Né à Châteauneuf sur Isère dans la famille des seigneurs du lieu. Elu au concile d'Avignon de 1080 bien qu'il n'eût pas été encore ordonné. Conduit à Rome par un légat du pape, il est ordonné par Grégoire VII lui-même. Dès son retour, il se consacre à la tâche de réformer les abus dans son nouveau diocèse et d'y introduire la réforme grégorienne. Son épiscopat est marqué par le conflit avec Guigues III d'Albon sur la possession de territoires ecclésiastiques dans le Grésivaudan. Hugues soutient que le comte d'Albon a usurpé les terrains de l'évêché de Grenoble avec l'aide de l'évêque Mallen. Un accord n’est finalement trouvé entre Hugues et Guigues qu'en 1099. Guigues accepte de céder les territoires en litige pendant qu’Hugues admet l'autorité temporelle du comte dans les alentours de Grenoble. Par un acte du 5 septembre 1116, est confirmé l'abandon de tous les biens ecclésiastiques détenus par le comte. En 1130, âgé de 77 ans, il trouve la force d'aller à la rencontre du pape Innocent II qui fuie l'Italie et de l'accompagner jusqu'au Puy où devait se réunir un important concile visant à faire reconnaître Innocent II par les souverains d'Europe et à prononcer l'excommunication contre l'usurpateur Anaclet II. Il est canonisé le 22 avril 1134 par le pape Innocent II deux ans seulement après sa mort.

.Noel, évêque-comte de Grenoble en 1150

.Othmar de Sassenage, évêque-comte de Grenoble de 1150 à 1151

La famille de Sassenage serait issue des comtes de Forez : Girard, comte de Forez, fils et successeur d'Arthaud, comte de Lyon et de Forez, serait venu, vers 950, au secours de l'évêque Isarn, et aurait été récompensé de ses services par le don des terres de Sassenage et de Royans. .Geoffroi, évêque-comte de Grenoble de 1151 à 1164 Ardent partisan de la cause impériale au vu du diplôme que lui confère Frédéric Ier Barberousse. Déposé par le pape Alexandre III et remplacé par Jean de Sassenage, il se maintient sur son siège grâce à la protection du gouvernement delphinal. En 1161, Il se fait confirmer par diplômes impériaux les biens restitués et concéder les droits régaliens, entre autres l'exploitation des mines d'or et d'argent et le droit de battre monnaie. .Jean de Sassenage, évêque-comte de Grenoble de 1164 à 1220 De l’importante famille de Sassenage. En 1178, comme son prédécesseur, il se fait confirmer par l’empereur son pouvoir temporel obtenant comme le comte Guiges le droit de battre monnaie. .Guillaume Ier, évêque-comte de Grenoble en 1220 .Pierre Ier, évêque-comte de Grenoble de 1221 à 1223 .Soffroy, évêque-comte de Grenoble de 1223 à v.1237 .Pierre II, évêque-comte de Grenoble de 1237 à 1250 En mai 1238, il fait partie des vassaux convoqués à Vérone avec leurs troupes par l’empereur Frédéric II. L’archevêque d’Arles, Jean Baussan et l’évêque de Marseille, Benoît d’Alignan, sont à Vérone dès le mois de juin. Les contingents de Grenoble, d’Embrun, du Valentinois et du Diois y rencontrent sous les drapeaux de l’Empire les troupes du comté de Savoie et aussi celles des comtés de Provence et de Toulouse, conduites par Guillaume de Savoie, l’évêque élu de Valence. Tous deux figurent comme témoins dans un acte où l’Empereur promet sa protection à la ville d’Embrun et lui assure le maintien de ses libertés et coutumes.

.Falcon, évêque-comte de Grenoble de v.1250 à 1266

.Guillaume II de Sassenage, évêque de Grenoble de 1266 à 1281

.Guillaume III de Royn, évêque-comte de Grenoble de 1281 à 1302

Profitant des divisions entre l’évêque et le Dauphin, les Grenoblois parviennent à faire adopter une charte de coutume leur garantissant un certain nombre de droits. En 1281, avec l'autorisation seigneuriale, les premiers consuls de la ville, au nombre de quatre, font leur apparition.

.Guillaume IV de Royn, évêque-comte de Grenoble de 1302 à 1337

En 1309, l’évêque Guillaume IV de Royn tente de passer outre les privilèges accordés aux Grenoblois mais une sédition éclate contre lui, les mécontents enfoncent les portes de l'évêché et maltraitent quelques-uns de ses officiers l'obligeant à s'enfuir quelques jours. Le dauphin Jean II absent de la ville au moment des faits, annule les poursuites judiciaires que l'évêque avait entamées.

.Jean de Chissé, évêque-comte de Grenoble de 1337 à 1354

La seigneurie de Chissé est située en Savoie dans le haut Faucigny, près de Sallanches. La souche de ses premiers possesseurs se partage en deux branches, dont l'une, après l'annexion du Faucigny au Dauphiné, va s'établir à Grenoble. Jean de Chissé, évêque de cette ville en 1337 est le conseiller intime d’Humbert II, dernier dauphin de Viennois qui sous son épiscopat cède le Dauphiné au roi de France. En théorie, le Dauphiné dont l’évêché de Grenoble et le comté de Grenoble restent des fiefs de l’empire.

.Rodolphe de Chissé, évêque-comte de Grenoble de 1354 à 1380, archevêque de Tarentaise de 1380 à 1385

Frère du précèdent. Assassiné dans son château en 1385.

.François de Conzié, évêque de Grenoble de 1380 à 1388, archevêque d’Arles de 1388 à 1390 puis archevêque de Toulouse de 1390 à 1391 et enfin archevêque de Narbonne en 1391. Patriarche de Constantinople en 1430, vicaire général du diocèse d’Avignon et Camérier du pape Clément VII,

La famille de Conzié est une des plus anciennes de Savoie ; oncle de Louis Aleman qui deviendra comme lui archevêque d’Arles. .Aimon de Chissé, évêque de Grenoble en 1388 Neveu de Rodolphe de Chissé ; fils de Girard de Chissé, trésorier général de Savoie. Il participe aux conférences pour l'extinction du schisme causé par la double élection d'Urbain et de Clément VII.

Comtes de Grenoble

Maison d’Albon (1029 à 1162)

.Guigues Ier dit le Vieux, seigneur d’Annonay, comte d’Albon de 1029 à vers 1075

Guigues I, dit le Vieux, est le premier Comte d’Albon. Epoux d’Adélaïde de Savoie Vers 1029-1030, l’archevêque de Lyon Brochard lui inféode le nord du comté de Vienne qu’il a reçu de la reine de Bourgogne-Provence et il acquiert le Grésivaudan et l’Oisans. Puis entre 1039 et 1043, Guigues Ier reçoit de l’empereur Henri III l’investiture du Briançonnais qui a été détaché en 1033 du diocèse de Maurienne par Conrad le Salique pour être rattaché à l’évêché d’Embrun. Il embrasse la vie religieuse à Cluny vers l’an 1063. La formation du Dauphiné est alors l’œuvre des comtes d’Albon, plus tard Dauphins de Viennois, qui ont l’habileté de réunir peu à peu sous leur autorité toutes les seigneuries voisines de leurs domaines. Mais ils doivent partager le pouvoir, en particulier la justice, avec les évêques de Vienne, Embrun, Grenoble et Gap.

.Guigues II dit "Le Gras", comte d’Albon et de Grenoble de 1075 à 1080

Fils du précédent. Marié en première noce avec Pétronille de Royans, puis en seconde noces avec Inès de Barcelone.

.Guigues III, comte d’Albon et de Grenoble de 1080 à 1120

Fils de Guigues II, il lui succède jusqu'en 1120. Son règne est marqué par la lutte continuelle qu'il livre au nouvel évêque de Grenoble, Hugues de Châteauneuf, pour la suzeraineté des biens d'église qu'il détient, notamment en Grésivaudan. Ce dernier soutient que les possessions des comtes d'Albon ont été usurpées à l'Église, avec l'aide de l'évêque Mallen. Finalement, un accord entre l'évêque et le comte est signé en 1099. Guigues restitue les églises et dîmes qu'il s'était approprié mais Hugues reconnait le partage des pouvoirs laïques et religieux sur Grenoble et sa région. Guigues III épouse Mathilde en 1095, qui est soit la fille d'Edgar Atheling soit la fille du comte Roger Ier de Sicile avec laquelle il a cinq enfants :

-Guigues IV, comte d'Albon .

-Humbert, archevêque de Vienne .

-Gersende, mariée à Guillaume III d'Urgel, comte de Forcalquier.

-Mathilde d'Albon, mariée vers 1135 à Amédée III, comte de Savoie.

-Béatrice d'Albon, mariée à Josserand de Die.

Le 13 janvier 1115, Rodolphe de La Salle contre-signe l'acte de concession des mines d'argent de La Rame (maintenant l'Argentière) par l’empereur Frédéric Barberousse au comte d'Albon.

.Guigues IV, comte d’Albon et de Grenoble de 1120 à 1142

Fils du précédent. Il est le premier à porter le titre de Dauphin dans un acte passé vers l’an 1140 entre lui et Hugues, l’évêque de Grenoble. Il épouse Marguerite, fille d’Etienne, Comte palatin ou plutôt, Administrateur du comté de Bourgogne, nièce du pape Calixte II avec laquelle il a pour enfants :

.Guigues futur Guigues V. .

.Béatrice, mariée à Aymar Ier de Poitiers, comte de Valentinois.

.Marquise, mariée à Guillaume VII d'Auvergne, comte d'Auvergne.

.Guigues V, comte d’Albon et de Grenoble de 1142 à 1162

Fils du précédent. À la mort de son père, Guigues V est trop jeune pour gouverner, c'est pourquoi sa mère Marguerite assure la régence jusqu'en 1153. À peine en âge de porter les armes, Guigues décide de venger son père en allant ravager les terres du comte de Savoie. Comme onze ans plus tôt, il met le siège devant Montmélian mais est mis en déroute par l'armée de secours du comte Humbert III de Savoie. L'évêque de Grenoble, Hugues II, intervient et une paix honorable pour les deux adversaires est conclue. La première expédition de Frédéric II en Italie affirme la puissance de son jeune empereur. Le 13 janvier 1155, Guigues V choisit, pour faire acte de soumission se rendant au camp impérial à Rivoli, non loin de Turin, pour rendre l’hommage à son suzerain l’empereur. En échange, il obtient de Frédéric la confirmation de tous les droits et privilèges que lui et ses prédécesseurs tenaient de l’Empire ; Frédéric y ajoute la concession d’une mine d’argent à Ramas et le droit de battre monnaie à Sézanne. Lors de la cérémonie, à côté de l’empereur se tient, Berthold de Zaehringen, vicaire impérial pour le royaume de Bourgogne-Provence qui céde à Guigues tous les droits qui pouvaient lui appartenir sur la ville de Vienne, et lui promet son concours pour écarter les prétentions du comte Guillaume de Mâcon sur cette ville. Cette concession servira plus tard de fondement aux droits que réclameront les dauphins dans leur longue lutte contre les archevêques de Vienne. En vertu de cette investiture, Il est le premier de sa maison à prendre le titre de Comte de Viennois. Extrait du diplôme de l'empereur officialisant cette reconnaissance des possessions de Guigues : « Au nom de la sainte et indivisible Trinité, Frédéric, par la clémence bienveillante de Dieu, roi des Romains,(…) nous faisons savoir à tous ceux qui sont fidèles au Christ et à notre règne, que nous concédons à notre fidèle Guigues dauphin, comte de Grenoble, tous les bénéfices héréditaires qu'il avait jusqu'alors possédés justement, librement et tranquillement (…) De plus, sur le conseil des princes, nous y ajoutons en bénéfice une mine d'argent qui est en notre possession à Rama, avec tout le profit qui peut en provenir (…).En outre, il a obtenu de notre majesté, le pouvoir (…) de fabriquer de la nouvelle monnaie, dans le village de Cesana, au pied du Mont-Joux, parce qu'aucune monnaie n'y était fabriquée auparavant (…). Guigues se montre brillant à la cour de l’empereur. Il meurt au château de Vizille en 1162, laissant encore à sa mère la régence du Dauphiné.

.Béatrice, dauphine du Viennois, comtesse d'Albon, de Grenoble, d'Oisans et de Briançon de 1162 à 1228,

Fille unique de Guigues V, lui succède sous la tutelle de Marguerite son aïeule. Elle épouse :

1) Albéric Taillefer, fils de Raymond V, comte de Toulouse pendant la jeunesse duquel Alphonse son oncle administra le Dauphiné.

2) Albéric étant mort sans lignée en 1180, Beatrix se remarie l’an 1184 à Hugues III, duc de Bourgogne qui meurt en 1192.

3) elle épouse alors en troisièmes noces, Hugues de Coligny, sire de Revermont.

Beatrix meurt en 1228 laissant de son deuxième mariage André qui suit, avec une fille nommée Mahaut et du troisième Marguerite, femme d’Amédée III, comte de Savoie. A sa mort en 1162, Marguerite reprend la régence et transmet le pouvoir au neveu de Guigues V, Guigues VI dit André.

Maison de Bourgogne (1192 à 1282)

André-Guigues VI (1184 -1237), dauphin de Viennois, comte d'Albon, de Grenoble, d'Oisans et de Briançon de 1228 à 1237

Fils de Beatrix et de Hugues III, duc de Bourgogne, il succède à sa mère. C’est lui qui prend le titre de dauphin en 1192. André-Guigues épouse :

1) Semnoresse, fille de Aymar de Valentinois dont il n’a pas d’enfant.

2) en 1202, Beatrix de Sabran de Castellar, dite de Claustral, petite fille de Guillaume V, comte de Forcalquier, d’Avignon d’Embrun et de Gap qu’il répudie en 1210 sous prétexte de parenté quoiqu’il ait une fille nommée Béatrix. Il acquiert nèammoins par ce mariage l’Embrunais et le Gapençais.

3) Béatrix de Montferrat dont il a Guigues, le futur Guigues VII. Béatrix, sa fille, étant veuve de ses deux maris lui fait cession de tout ce qui lui appartient. En 1225, il acquiert de Guillaume Ier, Dauphin d’Auvergne par acte du 9 octobre, les terres de Voreppe et de Varacieu. Guigues-André meurt le 5 mars 1237.

.Guigues VII (1225-1269), Dauphin du Viennois, comte d’Albon, de Grenoble, d’Oisans, de Briançon, de Gap et d’Embrun de 1237 à 1269

Fils et héritier du dauphin Guigues-André ; il épouse Béatrix, fils du comte de Savoie Pierre II et d'Agnès de Faucigny. Béatrice lui apporte en dot le Faucigny. En mars 1238, arrivent à Turin les représentants du jeune Dauphin Guigues VII, et avec eux les deux frères Jean et Aymon de Bernin, archevêques de Vienne et d’Embrun, les évêques de Grenoble et de Gap. Tout d’abord, deux diplômes y sont rendus au profit du Dauphin Guigues VII, encore placé sous la tutelle de sa mère Béatrice de Montferrat : l’un confirme à Béatrice et à son fils un péage en Viennois ; l’autre reproduit les privilèges des Dauphins, jadis reconnus par Frédéric Ier Barberousse, et déclare que ces seigneurs relèvent immédiatement de l’Empereur et de ses légats en Bourgogne. Guigues VII prend les titres de Dauphin de Viennois, de Comte d’Albon, de Gap et d’Embrun. L’an 1243, il rend hommage pour ses comtés de Vienne et l’an 1245, il reçoit de l’empereur Frédéric II, comme roi de Bourgogne-Provence, l’investiture des comtés de Gap et d’Embrun. L’empereur qui souhaite regagner à sa cause Guigues VII dans sa lutte contre le pape Innovent VI lui confirme par un acte daté de juin 1247 toutes ses acquisitions dans les comtés de Gap et d’Embrun et, de plus, lui concède les alleux situés dans ces deux comtés, ainsi que dans les comtés de Vienne, d’Albon et de Grenoble, sauf l’hommage et la fidélité que le Dauphin en doit à l’Empire. L’avantage est d’importance, si l’on considère que le Dauphin se trouve ainsi placé dans la hiérarchie féodale, au-dessus de tous les propriétaires d’alleux, qui cessent d’être ses pairs pour devenir ses inférieurs. L’empereur se rend à Verceil à l’été 1248. Son vassal Guigues VII est présent comme le comte de Savoie Amédée IV. Frédéric accorde à cette occaasion au dauphin une pension annuelle de trois cents onces d’or, payables par le Trésor impérial. Plus tard Guigues VII se heurte aux prétentions de Charles d’Anjou, sur les deux comtés, qui constituaient la dot de Béatrice de Sabran-Forcalquier, première épouse de Guigues VI. Guigues VI avait répudié sa première femme et avait conservé les comtés, qu'il avait transmis à son fils, issu d'un second mariage. Evidemment, Charles d'Anjou, héritier des comtes de Forcalquier, lui demande le retour des comtés. Charles est sur le point d’en venir à une guerre ouverte avec le Dauphin. Mais même dans sa famille, Charles d’Anjou rencontre de graves difficultés ; longtemps il doit lutter contre sa belle-mère, Béatrice de Savoie, veuve de Raymond Bérenger, qui l’accuse d’avoir lésé ses droits lors du règlement de la succession de Provence. Le roi Louis IX, gendre de Béatrice et frère de Charles, est tout naturellement désigné pour concilier ce différend : de concert avec les légats du pape Alexandre IV, il y travaille activement et réussit à y mettre fin par une sentence arbitrale que lui-même et les légats rendent à la fin de l’année 1256. La sentence, qui est ratifiée par le roi d’Angleterre Henri III, autre gendre de Béatrice, détermine l’étendue des droits qui doivent être attribués à titre de douaire à la veuve de Raymond Bérenger. Ce document contient une allusion à une autre querelle qui, sans la sage intervention du pape et du roi de France, risque de mettre en feu la Provence et le Dauphiné. Presque depuis le commencement du siècle les dauphins de Viennois prétendent avoir acquis le Gapençais des comtes de Forcalquier. Depuis lors, le comté de Forcalquier a été réuni à celui de Provence, et Charles d’Anjou se trouve être le représentant des anciens seigneurs du Gapençais ; à ce titre il conteste la prétention du dauphin Guigues VII. A la fin de l’année 1256, le conflit en arrive à une phase aiguë ; Charles d’Anjou menace, pour se faire justice, d’attaquer les domaines du Dauphin. Il faut tout le poids de l’autorité du pape et du roi pour l’arrêter. Alexandre IV va même jusqu’à ordonner aux archevêques d’Embrun, de Vienne et d’Aix, et aux évêques de Grenoble et de Gap, de prêter assistance à Guigues contre toute agression. Enfin les deux parties consentent à accepter un compromis : l’affaire est remise à la décision de Barral de Baux, arbitre choisi par le comte de Provence, et de Jean de Bernin, archevêque de Vienne. Le 17 juillet 1257 les arbitres rendent leur jugement qui maintient le Gapençais au Dauphin à charge d’en faire hommage au comte de Provence, Guigues conservant la suzeraineté sur Embrun. Mais cette sentence fait naître un nouveau différent soulevé par l’Archevêque d’Embrun, qui prétend qu’il porte atteinte à ses droits. Le pape se déclare en faveur du prélat et l’affaire n’est pas réglée avant le décès de Guigues VII fin 1269.

.Jean I, Dauphin du Viennois, Comte d’Albon, de Grenoble de Grésivaudan, de Gapençais, d’Oisans, de Briançon et d'Embrun, baron de Faucigny de 1269 à 1281

Fils du précédent ; il lui succède sous la tutelle de sa mère Béatrix de Savoie.

En 1269, il rend hommage pour ses possessions à Charles Ier, comte de Provence et roi de Sicile. Jean meurt en 1281.

Maison de la Tour du Pin (1282 à 1349)

Lorsque, après la mort de Rodolphe III, dernier roi de Bourgogne, les évêques et les comtes, profitant de la faiblesse et de l'éloignement des empereurs appelés à recueillir la succession de ce prince, s'emparent, les uns des villes de leurs sièges, les autres des terres de leurs gouvernements, une foule de petits souverains apparait sur le territoire du Dauphiné. Les guerres qu’ont dû soutenir l'empereur Conrad et ses successeurs, en Allemagne et en Italie, ont permis à raffermir ces seigneurs dans leur usurpation .L’un d'eux est le baron de la Tour, qui, à l'exemple des prélats et des autres grands du pays, se rend maître de la partie actuelle du département de l'Isère entre le Rhône et la Bourbre, jusqu'à Charpieu, près de Lyon, et dont la capitale était la Tour-du-Pin. La baronnie de la Tour comprenait la terre de ce nom, celles de Quirieu, de Bourgoin, de Maubec, de Faverges, de Falavier, de Saint-Jean-de-Bournay, de Châtonnay, de Mézieu, de Puisignan, des Eparres, de Virieu, de Dolomieu, d'Anthon et de l'île de Crémieu ; elle s'étendait, au-delà du Rhône, dans la Bresse et dans le Bugey. Elle s'accrut, plus tard, des seigneuries de Revermont et de Coligny, dans la première de ces deux provinces, par le mariage d'Albert III avec l'héritière de ces deux dernières terres. Une étendue de territoire aussi considérable, des traités et des alliances que firent les barons de la Tour avec ceux de leurs voisins les plus puissants, les placèrent de bonne heure à côté des Dauphins ; ils recherchèrent surtout la faveur et l'amitié de ces princes, jusqu'à ce qu'enfin l'un d'eux, ayant obtenu la main de l'héritière de leurs états, ils leur succédèrent dans leur puissance et dans leur principauté. Le nom de celui qui, le premier, gouverne la baronnie de la Tour n'est plus connu de même que de ses successeurs, jusqu'à un dénommé Berlion ou Berillon, mentionné dans un acte du prieuré d'Innimont, en 1107. Son fils Giraud ou Geraud, lui succède puis son fils Albert Ier, baron de la Tour du Pin à sa mort, la terre de la Tour est partagée entre ses fils, Albert et Berlion : le château reste en entier au pouvoir du premier, qui était l'aîné. Albert II, baron de la Tour du Pin épouse Marie, fille de Robert V, comte d'Auvergne ; il vit en 1190 et en 1202. Albert III, baron de la Tour du Pin, fils d'Albert II, et de Béatrix de Coligny.

Albert IV, baron de la Tour du Pin, fils d’Albert III lui succède et ne survit que cinq ans; il obtient de l’empereur Frédéric II, par des lettres-patentes, datées de Parme, du mois de septembre 1245, la confirmation d'un droit de péage dans la terre de la Tour, accordé autrefois par les empereurs à ses prédécesseurs ; lettres qui prouve que cette terre relève immédiatement de l'empire. C'est lui qu'Alphonse, roi de Léon et de Castille, nommé empereur en 1257, nomme, cette année, son sénéchal des royaumes de Bourgogne-Provence, avec pouvoir d'en exercer les fonctions lorsqu'il se rend à sa cour. Ce baron meurt en 1264.

.Anne, dauphine du Viennois, comtesse d’Albon, de Grenoble et de Gap de 1281 à 1306

Fille du dauphin Guigues VII, sœur aînée du dauphin Jean, elle se met en possession du Dauphiné après la mort de son frère. Mariée depuis le 1er septembre 1273 à :

.Humbert, baron de La Tour du Pin (? - 1306)

Frère du baron de la Tour du Pin Albert IV, sénéchal du royaume de Bourgogne-Provence.

Le jour même de la mort du jeune Dauphin Jean, sa mère Béatrice, dame de Faucigny, investit de ses possessions dans cette province son petit-fils Jean, fils d’Anne et Humbert de la Tour du Pin, si l’héritage du Dauphiné n’échappe point à la maison de la Tour. Cette libéralité assure pour l’avenir la réunion dans les mêmes mains du Dauphiné et du Faucigny ce qui évidemment ne peut plaire aux comtes de Savoie, peu désireux de voir ainsi s’accroître la puissance de leurs rivaux. Béatrice le prévoit, et pour mieux assurer l’effet de sa libéralité, elle s’adresse au représentant du pouvoir impérial. Le 24 septembre 1282, Hermann de Baldeck, qui porte le titre de bailli général de l’Empire pour le Royaume de Bourgogne-Provence , assiste à la cérémonie de l’investiture du Faucigny, que Béatrice donne à son petit-fils par le procédé traditionnel de la festuca ; il prend l’enfant sur ses genoux, pendant que Béatrice lui adresse ces paroles :

« Beau-fils Jean, je te place sous la garde et la protection du sérénissime seigneur Rodolphe, roi des Romains, qui te maintiendra et te défendra dans la possession de tous ces biens ». Humbert prend le titre de Dauphin mais ce titre lui est contesté par Robert II, Duc de Bourgogne, qui prétend succéder au Dauphin Jean, comme plus proche héritier de la ligne masculine. Cette prétention occasionne divers combats assez sanglants et plusieurs sièges. L’empereur Rodolphe de Habsbourg éprouve quelque embarras dans cette affaire. Ses sympathies vont à Humbert de la Tour ; de plus, il est en quelque façon engagé à le protéger, lui et les siens, pour leur avoir donné sa protection par l’entremise de son bailli Hermann de Baldeck. Cela paraît d’autant plus probable que l’année suivante, en 1283, Rodolphe parvient, à faire une campagne décisive contre le comte Philippe de Savoie. Les hostilités se terminent par un traité du 10 décembre 1283, totalement désavantageux à la maison de Savoie. Le comte de Savoie doit restituer à l’empereur Rodolphe de Habsbourg, Morat, Gümminen et ses droits sur Porrentruy. Les Habsbourg triomphent dans la Suisse occidentale qui fait partie alors du Royaume de Bourgogne-Provence; Rodolphe cependant ne semble pas pressé de consommer sa victoire en élevant la famille de la Tour du Pin pour l’opposer la maison de Savoie. En effet d’abord Béatrice de Faucigny, veut revenir sur sa donation et remplit, devant le tribunal de deux abbés délégués par Rodolphe, les formalités nécessaires pour arriver à la révocation de sa libéralité. De plus, un événement imprévu rapproche Rodolphe le roi des ennemis du Dauphin. En effet, sans doute en vue de resserrer les liens qui l’attachent à la dynastie Capétienne et d’affermir sa propre influence dans l’est de la France, Rodolphe, alors âgé de soixante-six ans, a demandé et obtenu la main de la jeune Isabelle de Bourgogne, sœur du duc Robert, qui devient ainsi le beau-frère de l’Empereur, et le dernier représentant mâle de l’ancienne race des Dauphins, partant le rival d’Humbert de la Tour ; or, au moment de la célébration de son mariage, c’est-à-dire en février 1284, Rodolphe de Habsbourg, sans s’inquiéter de ses anciennes relations avec la famille de la Tour, accorde à Robert de Bourgogne l’investiture du Dauphiné. Aussi la guerre fait rage entre le duc de Bourgogne aidé du comte de Savoie et le Dauphin appuyé par son auxiliaire le comte de Valentinois. Cependant Rodolphe n’est pas sans regretter cette lutte entre des seigneurs qui de part et d’autre lui tiennent de près ; le 17 mars 1284 par une lettre adressée à Humbert de la Tour, auquel il donne le titre contesté de Dauphin, comte de Vienne et d’Albon, il l’invite à venir à sa cour afin de chercher les moyens de rétablir la paix ; à l’aller et au retour, il lut assure le libre passage sur toutes les terres autres que celles du comte de Savoie. L’intervention demeure sans effet ; la lutte continue jusqu’à ce que la médiation puissante du roi de France Philippe le Bel qui engage les parties à conclure à Paris le 25 janvier 1285 un accommodement par lequel Humbert demeure possesseur du Dauphiné au moyen de la cession qu’il fait à Robert des terres de Coligny et de Revermont. Humbert garde le Dauphiné en abandonnant à son adversaire diverses possessions dont les plus importantes sont les seigneuries de sa famille au-delà de l’Ain ; il s’oblige en outre à payer au duc de Bourgogne une indemnité de vingt mille livres tournois. Cette dette est une lourde charge pour Humbert : il lui faut, pour s’en acquitter, recourir à la bourse de son fidèle allié le comte Aymar de Valentinois. D’ailleurs le roi Philippe le Bel ne perd pas de vue le traité de paix dont il a obtenu la conclusion pendant les années qui suivent, les officiers royaux s’occupent d’en assurer l’exécution. Maintenant le roi de France, dont l’influence déjà puissante sur les comtes de Valentinois vient de s’affermir en Dauphiné, ne néglige aucun moyen de faire respecter son autorité ; dès 1287, il a établi sur les frontières du royaume, pour protéger ses droits et sans doute aussi pour saisir tous les prétextes de les étendre, un représentant qui porte le titre de bailli royal dans les diocèses du Puy, de Vienne, de Valence et de Viviers : c’est peut-être une imitation du bailli impérial que Rodolphe de Habsbourg a chargé de le représenter en Bourgogne. En tous cas cet agent fait sentir aux seigneurs voisins, même aux plus puissants, tout le poids de la main de son maître ; il traite le Dauphin et le comte de Valentinois comme des sujets, les cite devant sa juridiction et leur inflige, des amendes quand il constate sur leurs domaines des infractions aux ordonnances royales, par exemple des duels où le port d’armes prohibées. En toutes ces affaires, la politique de l’empereur Rodolphe n’a pas été heureuse ; grâce à son alliance, avec le duc de Bourgogne, il a jeté dans les bras de Philippe le Bel le Dauphin et le comte de Valentinois. S’il ne réussit pas à conserver ses alliés naturels, encore moins parvenait-il à rallier à sa cause des ennemis invétérés tels que les Savoyards. Cependant il essaye d’exploiter à son profit la discorde jetée dans la maison de Savoie par l’ouverture de la succession du comte Philippe mort le 17 aout 1285. Philippe a pris le parti de s’en rapporter au jugement d’un tiers et par son testament il déclare remettre l’affaire aux mains, non pas du roi des Romains Rodolphe, mais d’Edouard Ier, roi d’Angleterre et de sa mère Éléonore. Depuis longtemps Louis de Savoie bénéficie des bonnes grâces de Rodolphe ; déjà un diplôme de 1284 témoigne en quelle faveur le tient le roi des Romains. Sans doute sous l’influence des exécuteurs testamentaires, des arbitres furent nommés pour décider entre les prétentions rivales d’Amédée et de Louis l’inclination personnelle du roi des Romains fut pour peu de chose dans leur décision. Amédée est désigné pour succéder au comte de Savoie, et Louis doit se contenter de possessions importantes, situées notamment dans le pays de Vaud ; il est obligé d’en rendre hommage à son frère aîné. Encore une fois la Savoie retrouve un souverain peu sympathique à la maison de Habsbourg. Amédée V, comte de Savoie qui a pris le parti du Duc de Bourgogne, est en conflit par ailleurs avec le Dauphin Humbert au sujet de la Baronnie de la Tour du Pin et d’autres terres qu’il prétend relever de lui. En 1291, Humbert et plusieurs prélats du Royaume de Bourgogne-Provence viennent trouver l’empereur Rodolphe à Morat pour lui rendre leur hommage ; Humbert remporte de ce voyage l’avouerie de l’Abbaye de St Claude que Rodolphe lui confère pour la tenir comme Sénéchal du Royaume de Bourgogne ainsi que ses successeurs. Le comte Amédée IV attire dans son parti Louis, baron de Vaud, son frère, seigneur de Gex, et l’Abbé d’Ambournai avec lesquels il forme une ligue contre le Dauphin Humbert. Celui-ci, de son côté bénéficie de l’alliance de l’Archevêque et du chapitre de Vienne, de l’evêque de Valence, de Jean Chalon, baron d’Arlay et du comte de Valentinois. Le 9 décembre 1289, Anne et son époux Humbert voulant assurer leur succession à leur fils Jean, lui font donation, de leurs états en se réservant l’usufruit des revenus. Le comte de Savoie et le dauphin Humbert, après avoir fait divers compromis qui suspendent les hostilités sans les terminer, s’accordent enfin, au mois de juin 1293 par un traité. Les querelles et les hostilités s’étant renouvelées entre le comte de Savoie et le dauphin, ils conviennent après s’être fait réciproquement beaucoup de mal, de prendre pour arbitre Charles de Valois, frère du Roi de France, lorsqu’il passe dans leurs Etats, pour aller au secours du Roi de Naples son cousin. L’acte du compromis signé près de Montmeillan est de juillet 1301. Charles de Valois ordonne préalablement la cessation de toute hostilité ; mais il est mal obéit, comme on le voit par ses lettres datées de Tournus, à son retour, le 22 janvier 1302. Le Dauphin Humbert décide en Septembre 1306, de se retirer à la Chartreuse de Val Sainte-Marie au diocèse de Valence. Il y meurt le 12 avril de l’année suivante.

.Jean II, dauphin du Viennois, comte d’Albon et de Gap de 1306 à 1319

Fils d’Humbert et de Béatrix. Il reçoit, le 18 Avril 1307 après l’inhumation de son père, l’hommage des seigneurs du Dauphiné qui assistent à cette cérémonie. Il ajoute à ses possessions celle du Comté de Genève dont le Comte Guillaume lui fait hommage lige le 16 juin 1316. Jean s’étant rendu à la Cour d’Avignon, meurt à son retour, le 5 mars 1319 à l’âge de 38 ans.

.Guigues VIII, dauphin du Viennois, comte d’Albon et de Gap de 1319 à 1333

Fils aîné de Jean II. Il lui succède à l’âge de neuf ans, sous la tutelle et régence d’Henri de la Tour, son oncle, élu évêque de Metz.

L’an 1323, il épouse le 17 Mai, Isabelle fille du roi Philippe le Long à laquelle il a été fiancé dès le 16 juin 1316. En 1325, Guigues se déclare pour Hugues de Genève, seigneur d’Authon, son vassal contre Edouard, comte de Savoie qui lui fait la guerre. Edouard les bat deux fois ; mais la même année, ils remportent sur lui une victoire considérable, le 9 Août, dans la plaine de Saint Jean le Vieux, devant le château de Varei dont il faisait le siège. A la suite de cette victoire des arbitres choisis de part et d’autre parviennent à établir une paix solide entre elles par un traité qu’elles concluent le 7 Mai. Entre les prisonniers que fait le Dauphin, les plus importants sont Jean de Chalon, comte d’Auxerre, Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre et Guichard, sire de Beaujeux qu’il ne relâche que longtemps après et moyennant de fortes rançons. En 1328, après une trêve conclue avec Edouard, par ordre du roi Philippe de Valois, Guigues, accompagné de Henri, son oncle, suit le roi de France en Flandres et combat à la bataille de Montcassel, le 28 Août de cette année. Aymon de Savoie, successeur d’Edouard, ayant recommencé la guerre contre le Dauphin, Guigues va assiéger le château de la Perrière. Il y reçoit une blessure dont il meurt le lendemain, 28 juillet 1333.

.Humbert II (1312- 1335), baron de Faucigny de 1328 à 1335, dauphin du Viennois de 1333 à 1349

Fils de Jean II et de Béatrice de Hongrie ; frère de Guigues VIII.

Il est depuis 1328, en Hongrie ou il est allé pour recueillir la succession de Clémence de Hongrie, veuve de Louis le Hutin, roi de France, sa tante, qui l’a institué son héritier universel. De là, étant passé à Naples, il y a épousé en 1332, Marie de Baux. Pendant son absence, Béatrix de Viennois, sa tante, exerce la Régence du Dauphiné avec les principaux seigneurs du pays. Le 20 juin 1337, il nomme Agoult des Baux, oncle de son épouse, administrateur de ses finances privées. Après la perte de son fils unique André, il abandonne vite l'espoir d'avoir une descendance et projette dès 1337 de céder son héritage. Humbert II ambitionne de devenir roi de Bourgogne-Provence ; une lettre d’Edouard III, roi d’Angleterre, à l’empereur Louis de Bavière, du 3 mars 1338, le supplie d’accorder au Dauphin ce titre de Roi de Bourgogne-Provence. Louis de Bavière est d’autant plus prêt à accéder à cette demande qu’il obtient par là un nouveau partisan dont il a grand besoin dans les conjonctures critiques où il se trouve. Mais, Humbert, faisant ensuite réflexion qu’en acceptant cette faveur, il va se compromettre avec la Cour Pontificale, siégeant alors à Avignon, et ennemie déclarée de Louis de Bavière qu’elle refuse de reconnaître pour empereur, ne juge pas à propos d’en faire usage. Le rôle d’Agoult des Baux s’amplifie lors des négociations de paix entre le Dauphin et Vienne, en juillet 1338, à la suite de la révolte des Viennois. Au cours de l’été, Humbert doit emprunter 30 000 florins au pape pour solder ses troupes et donner en gage ses terres. Le roi de France Philippe VI et son conseiller l’archevêque de Rouen, Pierre Roger sentent qu’il y a l’opportunité d’acheter ; le roi de France soutient alors l’accession de son conseiller à la pourpre cardinalice ; le pape Benoît XII nomme celui-ci cardinal par lettre bullée, en date du 12 décembre 1338. Les difficultés financières s'accumulant, Humbert fait procéder à l'inventaire de ses biens en 1339 dans le but de les vendre au pape Benoît XII. Celui-ci lui en offre d’abord 150 000 florins tout en décidant d’enquêter sur les revenus domaniaux du Dauphin. L’archevêque de Rouen arrive à Avignon le 5 mai 1339 et reçoit, le 12, le chapeau de cardinal. Entretemps de janvier à juillet 1339, Jean de Cojordan, évêque d'Avignon, trésorier pontifical, et Jean d’Arpadelle, chapelain du pape, parcoururent le Viennois et le Briançonnais. Ils estiment les revenus annuels du Dauphin à 27 970 florins, ce qui donne une valeur théorique de vente pour le Dauphiné de 559 400 florins. La transaction avec le pape échoue. Humbert vivant au-dessus de ses revenus, est obligé de recourir aux emprunts. En 1340, il est redevable depuis plusieurs années envers la Chambre Apostolique de 16 mille florins dont il diffère le remboursement. En octobre 1340, il demande un délai de paiement. Mais il n’entend pas pour autant négliger d’exercer l’autorité qu’il s’est fait accorder dans Vienne par le chapitre et les habitants de la ville. Philippe VI engage alors à son service Agoult des Baux qu’il nomme le 30 octobre 1340 sénéchal de Beaucaire. De son côté, l’archevêque de Vienne s’étant pourvu devant la cour d’Avignon, obtient de Benoit XII une Bulle en date du 12 décembre 1340, qui déclare nulle la cession que le chapitre avait faite au Dauphin sur les droits de la ville. En août 1341, Humbert est toujours débiteur de 16 200 florins. Le cardinal Pierre Roger intervient auprès de Benoît XII qu’il persuade d’excommunier le mauvais payeur. Affolé le pieux Humbert offre alors au pape de couvrir sa dette en donnant au Saint-Siège quelques-uns de ses fiefs. Toujours conseillé par Pierre Roger, Benoît XII fait une réponse négative à l’ambassade delphinale. Sans héritier, endetté jusqu’au cou, rejeté de l’Église, Humbert II devient une proie facile pour le royaume de France. Le roi de France Philippe gagne ses officiers, et les engage à le persuader de faire cession de ses états à la France, sous la promesse d’en recevoir une compensation qui le mettrait en état de passer heureusement le reste de ses jours. La négociation réussit. L’an 1343, par un traité qui est ratifié à Vincennes le 23 Avril. Humbert fait donation de tous ses états à Philippe, duc d’Orléans, fils puîné du roi, lui substituant, faute d’héritiers, l’un des fils de Jean de France, duc de Normandie, tel qu’il plairait au roi de nommer. Mais, l’année suivante, on fait, en présence du Pape, le 9 Juin à Avignon, un autre traité par lequel Humbert fait donation entre vifs, pure et irrévocable, de tous ses états en faveur de Jean, duc de Normandie ou de l’un de ses enfants, sous la condition que son successeur aux dits Etats conserverait aux Dauphinois leurs privilèges ; ce qui est confirmé par deux bulles du Pape Clément VI données le 9 Juillet et le 11 Septembre suivant (Il est remarquable que le Pape donne ces bulles par l’autorité tant impériale que pontificale, regardant la première de ces deux autorités comme dévolues au Saint Siège par l’excommunication de Louis de Bavière qui rendait, selon lui, l’Empire vacant).Cent vingt mille florins d’or et dix mille livres de pension viagère sont le prix de la libéralité du Dauphin envers la France. Le Pape ayant ordonné une Croisade contre les Turcs, Humbert demande et obtient d’en être nommé le chef. Revêtu de ce titre; il s’embarque le 2 septembre à Marseille. Ayant abordé à Nègrepont, il entre de là en Asie. Après quelques avantages remportés l’année suivante sur les infidèles, il reçoit un ordre du Pape de faire une trêve avec eux. Alors, il remet à la voile pour son retour, et perd à Rhodes, dans le mois de mars ou d'avril 1347 son épouse, qui l’avait accompagnée. Il envisage de se remarier ; et comme les traités qu’il a faits avec la France n’offrent qu’une succession éventuelle, ce projet de remariage inquiète le roi de France. Une nouvelle négociation s’engage qui aboutit au traité signé le 30 mars 1349 à Romans.

.Charles Ier, dauphin du Viennois de 1349 à 1364, vicaire impérial, roi de de France en 1364 à 1380

Fils du roi de France Jean II le Bon et neveu de l'empereur Charles IV de Luxembourg.

Le 16 juillet 1349, à Lyon, en présence de Jean, duc de Normandie, fils aîné du roi de France et futur roi Jean II dit le Bon, Humbert abdique de tous ses états en faveur de Charles de France, fils aîné de Jean et de Bonne de Luxembourg, elle-même sœur ainée de l’empereur Charles IV de Luxembourg qu’il investit sur le champ en lui donnant l’ancienne épée du Dauphiné et la bannière de St Georges. Le même jour, le nouveau Dauphin, par un acte particulier, fait entre les mains de l’évêque de Grenoble, représentant le corps de l’Etat, le serment de conserver les libertés, coutumes et privilèges du Dauphiné. Le 13 du même mois, Charles rend hommage à la cathédrale de Lyon à l’archevêque Henri de Villars et à son chapitre, pour différentes parties du Dauphiné qui relèvent de cette église. Le 2 août de la même année, il rend hommage à l’église de Vienne ; et, dans le mois de décembre suivant, il fait à Grenoble son entrée en présence d’Humbert. Humbert abdique officiellement le 1er février 1350 en présence des principaux seigneurs du pays assemblés dans le couvent des Dominicains de Grenoble auxquels il déclare par un discours également ferme et touchant " qu’à l’avenir ils eussent à reconnaître Charles de France pour leur légitime Souverain. " La même année, Humbert s’étant rendu à Avignon pour être promu aux Ordres Sacrés, il les reçoit tous, dans l’intervalle des trois messes de Noël, de la main du Pape. Cette précipitation dont le prétexte était d’honorer davantage le Dauphin alors que le vrai motif est de l’empêcher de rentrer dans le monde, comme le bruit court qu’il en a l’intention, est suggéré par la Cour de France avec laquelle Clément VI agit toujours de concert dans cette affaire. Pour la tranquilliser parfaitement sur le compte d’Humbert, huit jours après il le sacre Patriarche-Latin d’Alexandrie. Le roi le fait pourvoir, en 1352 de l’administration de l’Archevêché de Reims et le nomme le 25 janvier 1354, évêque de Paris. Mais Humbert se démet du soin de l’église de Reims, le 22 février suivant, entre les mains du Pape, renonce à l’évêché de Paris et se retire à Clermont en Auvergne, dans le couvent de son ordre où il meurt le 22 mai 1355. Le Dauphiné n’étant pas incorporé au domaine royal français, Charles doit rendre hommage à Metz pour le Dauphiné et en reçoit l’investiture par l’empereur Charles IV de Luxembourg. Par lettres du 1er Janvier 1357 adressée au dauphin Charles, fils du roi Charles V, il lui accorde la confirmation de tous les droits et privilèges que les Dauphins de Viennois tenaient de ses prédécesseurs. L’empereur Charles IV est couronné en 1365, roi de Bourgogne-Provence dans la cathédrale Saint Trophime d’Arles et en 1378, par lettres données à Paris le 7 Janvier, il nomme Vicaire à titre viager pour le Dauphiné et une partie de la Provence, le dauphin Charles ; et le 23 du même mois ce dernier donne commission au Gouverneur du Dauphiné, Charles de Bouville d’exécuter les lettres de l’empereur. Ce nouveau pouvoir va permettre à Bouville de se mêler des affaires du comte de Valentinois et Diois, Louis de Poitiers. En 1389 encore le dauphin Charles, futur roi Charles V arbore l’emblème du Dauphiné comportant le dauphin dans deux quarts et les aigles impériales dans les deux autres ; ce n’est que postérieurement sous l’ordre du roi François Ier que les aigles seront remplacées par les lys de France. En 1426, le roi Charles VI cède le Dauphiné au Dauphin Louis, son fils, qui n’a que trois ans ; cession qu’il confirme l’an 1440. Mais jusqu’en 1457, année où Charles VII l’intègre au Royaume, le Dauphiné demeure une principauté séparée de la France.

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