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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 12:17
Histoire du Comté / Duché de Savoie / Grafschaft / Herzogtum Savoyen, terre d'empire de 1032 à 1806

Toute l’histoire de la Savoie comme celle d’autres territoires de l’Europe est déterminée par son ancienne appartenance à l’empire romain comme partie des Provinces des Alpes Grées et des Alpes Pennines. La Savoie est habitée sous l’empire romain par diverses tribus celtes dont la principale était celle des Allobroges, voisine de celle des Helvètes située plus au nord sur le territoire de l’Helvétie.

Après que les tribus germaniques (Francs, Burgondes, Vandales, Wisigoths …Alamans) aient franchi les frontières du Rhin à la fin de 406 après Jésus Christ, les territoires de ce qui deviendra la Savoie comme la Suisse occidentale voient s’installer les Burgondes qui fonderont un premier Royaume en 443 dont les capitales seront Genève et Lyon. En 443, la Savoie est une partie du Royaume Burgonde qui est absorbé en 534 par le Royaume des Francs de Clovis.

Quand Charlemagne restaure l’empire d’Occident en l’an 800, la Savoie n’existe encore pas comme comté mais son territoire se trouve incorporé dans un grand comté de Bourgogne, souvenir de l’ancien royaume Burgonde. Sous les Carolingiens, la Savoie prend forme. Charlemagne divise la Savoie en comtés dont les noms et les contours correspondent toujours aux provinces traditionnelles du Genevois, de la Savoie Propre, de la Maurienne, de la Tarentaise, du Chablais, du Faucigny, de l’Albanais et du Bugey. Lors de la préparation de l'héritage, en 811, Louis II de Germanie reçoit en lot cette Sabaudia, qui devient Saboia, la Maurienne, la Tarentaise, le Mont-Cenis et le val de Suse.

Avec le traité de Verdun de 843, les territoires de ce qui deviendra le comté puis le duché de Savoie font partie de la Francie Médiane dite Lotharingie. En 888 ces territoires sont partie du Deuxième Royaume de Bourgogne crée par Rodolphe comte d’Auxerre, puis de Bourgogne-Provence après son union avec celui de Provence en 934.

En 962, Otton Ier le Grand, restaure l'empire sous la forme de l'empire romain germanique.

Maison de Savoie

.Humbert Ier, (970/975-1047) comte de Maurienne, comte de Savoie de 1027 à 1047

En 1011, vingt et un ans avant sa mort, Rodolphe III avait légué le comté de Viennois à Brochard, archevêque de Vienne. Trop âgé, celui-ci le partage vers 1029 entre ses deux neveux, Humbert de Maurienne qui reçoit le Nord, future Savoie, et Guigues 1er, dit "Le Vieux", sire de Vion et comte d'Albon, qui reçoit le Sud, futur Dauphiné A la suite de l’incorporation du royaume de Bourgogne-Provence à l'empire romain germanique en 1032, seul l'évêque de Maurienne refuse de rendre hommage à l'empereur Conrad II le Salique. Investi par lui en 1033 de la marche de Maurienne, Humbert aux Blanches Mains, se voit chargé de prendre la ville de Saint Jean de Maurienne d'assaut et après un long siège, il l'incendie afin de soumettre l'évêque rebelle. Plus tard Humbert est fait également comte de la Tarentaise, comte du Val d'Aoste, comte de Bugey, comte de Chablais et comte de Sermorens en 1038. En ce début du XI ième siècle ce qui deviendra le comté puis duché de Savoie compte une trentaine de feudataires : au premier rang les évêques puis archevêques de Moutiers en Tarentaise, les évêques de Genève, les comtes de Genevois, les évêques de Saint Jean de Maurienne, les barons de Faucigny, les évêques de Belley et au second rang les sires de La Chambre, de Viry, de Chevron, de Miolans, de Montmayeur, de Briançon, de Chambéry, de Menthon, de la Rochette, de Compey, de Sales, de Sallenove, de Beaufort, de Lucinges et d’Allinges.

.Amédée Ier (vers 1016-1051) comte de Maurienne et de Savoie de 1047 à 1051

Fils du précédent.

Il est présent à Vérone lors d’une Diète convoquée par son roi et empereur Henri III qui a succédé à son père Conrad II le Salique en 1039 et assiste à son couronnement à Rome à Noel 1046 par le pape Clément II. Il obtient de l’empereur la ville d’Asti.

.Odon Ier (1023- 1060), comte de Maurienne et de Savoie 1051 à 1060

Frère du précédent, Il aurait épousé en premières noces Richilde, fille de l'empereur Othon Ier le Grand.

En 1045, il épouse Adélaïde de Suse, marquise (margrave) de Suse et comtesse de Turin qui lui apporte de vastes possessions en Italie du nord, avec Suze, clef du passage du Mont-Cenis, Ivrée et Pignerol et lui donne cinq enfants :

-Pierre Ier de Savoie : futur 4e comte de Savoie.

-Amédée II de Savoie : futur 5e comte de Savoie.

-Othon ou Odon, évêque d’Asti.

-Berthe qui épouse en 1066 Henri de Franconie, futur empereur Henri IV

-Adélaïde, qui épouse Guigues IV d'Albon, puis en 1067 Rodolphe de Rheinfeld-Souabe, duc de Souabe.

.Pierre Ier (1048-1078), comte de Savoie de 1060 à 1078

Fils du précédent obtient de l’empereur Henri IV l’investiture du Bugey et du marquisat d'Ivrée.

.Amédée II (1050-1080), comte de Savoie de 1078 à 1080

Frère du précédent. Beau-frère de l’empereur Henri IV qui a épousé sa sœur Berthe. Il épouse en 1065 Jeanne, la fille de Gérold II comte de Genève.

L’empereur Henri IV fait part devant la Diète de Worms de 1069 de sa volonté de répudier sa sœur Berthe mais la Diète refuse de même que le pape refuse de le couronner d’autant qu’il engage avec lui la « querelle des investitures » née du fait que les empereurs estiment qu’ils leur appartient et non au pape de choisir les évêques pour les investir du pouvoir temporel de comte mais aussi par voie de conséquence de leur pouvoir spirituel d’évêque. Mais le pape Grégoire VII finit par excommunier l’empereur Henri IV qui, malgré ses velléités de divorce d’avec Berthe est accueilli à Vevey par sa belle-mère Adélaïde et son beau-frère Amédée II puis dans leur château d’Evian à Noël 1076, puis à Chignin, en 1077. Amédée II reçoit le Chablais en échange du droit pour Henri de passer par le Mont-Cenis, pour se rendre à Canossa... Adélaïde et Amédée II servent de médiateurs entre l’empereur et le pape. Ils aident efficacement l'empereur qui les récompense en donnant le Bugey à Amédée II et en reconnaissant les droits et l'inféodation du marquisat d'Ivrée à Adélaïde de Suse. L'apport politique essentiel du comte Amédée II, réside dans le début de la prise de conscience par les princes de la maison de Savoie, de l'importance de leur position géographique, au carrefour du Saint-Empire, des États pontificaux, de Venise, du royaume de France, mais surtout en tant que gardiens des passages alpins.

.Humbert II (v.1065 -1103) comte de Savoie, comte de Maurienne de 1080 à 1103, vicaire imperial

Fils du précédent et de Jeanne de Genève, il épouse Gisèle de Bourgogne, fille de Guillaume le Grand, comte de Bourgogne et de Macon. Il réussit aussi à marier sa fille Adèle avec le roi Louis VI le Gros engageant ainsi la maison de Savoie dans un début d’équilibre diplomatique entre le Royaume de France et l’Empire.

À son avènement, les terres d’Humbert II sont seulement constituées de la majeure partie de la vallée de la Maurienne, de la vallée de la Tarentaise (aux mains de l'archevêque), du duché de Turin, du Val d'Aoste, du marquisat de Suze. Deux prélats, sont plus riches et plus puissants que lui, l'évêque de Maurienne, dont l'évêché a été refondé en 1061, et Héraclius, archevêque de la Tarentaise ; par ailleurs il doit se battre contre des petits barons, des grandes vallées alpines, relevant directement de l'empereur, avec à leur tête le baron Émeric de Briançon et de grands seigneurs, comme Aimon de Chambéry et Aimon Ier de Genève. Héraclius veut asservir, toutes les populations et même les petits barons de son immense diocèse. Le peuple de Moûtiers se révolte, et se range avec une grande partie des petits barons sous le commandement d’Emeric de Briançon qui bat les troupes de l'archevêque. Ce dernier fait appel à Humbert II qui vient pacifier la vallée de la Tarentaise, mais en profite pour faire valoir ses nouveaux droits de vicaire de l’empire qu'il vient d'obtenir de son oncle l'empereur Henri IV. Le peuple de Moutier se rallie à lui. La puissance de l'archevêque est finalement réduite à ses seuls pouvoirs spirituels et à la seule propriété de ses domaines ecclésiastiques et des serfs y vivant. En 1085, son oncle l’empereur Henri IV le confirme dans la possession du Bugey, l’investit du Marquisat d’Ivrée et lui reconnait la possession du Vieux Chablais ; il récupère également la plus grande partie du pouvoir temporel de l’archevêque de Moutiers et de l’évêque de Saint Jean de Maurienne et obtient l’immédiateté impériale.

.Amédée III (v.1095- 1149) comte de Maurienne de 1103 à 1148, vice-roi de Bourgogne en 1111, vicaire de l’empire

Fils du précédent ; il épouse d’abord la fille du comte de Genève. En 1123, il se remarie avec Mahaut d’Albon, la fille du Dauphin du Dauphiné.

Amédée III doit lutter contre la tutelle de sa mère et de Louis le Gros. En 1128, il agrandit son domaine en ajoutant à son gouvernement – ce qu'on appelait le « Vieux Chablais » – la région s'étendant de l'Arve jusqu'à la Dranse d'Abondance, formant ainsi le « Nouveau Chablais ». Il favorise la renaissance de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune, dont il est l'abbé laïc et fonde l'abbaye de Saint-Sulpice en Bugey, l'abbaye de Tamié, l'abbaye d'Hautecombe. Il combat les troupes du dauphin Guigues IV d’Albon lors du siège de Montmélian en 1142. Mais l'autorité impériale renaissante assure une paix durable. C’est Amédée IV qui en 1143 remplace son titre de comte de Maurienne pour celui de Savoie et modifie ses armoiries en introduisant la croix blanche correspondant au drapeau de guerre de l’empire déjà utilisé par l’Ordre des chevaliers de Saint Jean de Jerusalem crée en 1080. Il participe en 1947 à la deuxième croisade au côté de son neveu le roi de France Louis VI et meurt à Nicosie en 1148.

.Humbert III (1136-1189) comte de Savoie de 1149 à 1189

Comme son père Amédée III, il doit lutter contre le dauphin Guigues V d’Albon encore à Montmélian en 1153 et participe à la troisième croisade. Il soutient le pape Alexandre III contre son empereur Frédéric Barberousse qu’il laisse cependant passer par le Mont Cenis en 1168 quand celui-ci est chassé par les Ligues Lombardes. Humbert croit pouvoir profiter de l’absence de son empereur pour s’émanciper ; mal lui en prend car en 1174, Frédéric le met au ban de l’empire, fait bruler Suze et déclare vassaux immédiats les évêques de Moutiers (origine des armoiries de Moutiers pratiquement identiques à celles de Genève) et de Belley avant d’aller se rendre à Arles en 1176 pour se faire couronner roi de Bourgogne-Provence en présence de ses principaux vassaux du Royaume. En 1184, Frédéric Ier convoque une Diète très importante à Mayence en présence de plus de 40 000 seigneurs de tout l’empire au cours de laquelle il adoube ses fils Henri et Frédéric les futurs Henri VI et Frédéric II. Le conflit ouvert entre le comte de Savoie et l’empereur Frédéric se poursuit sous le règne de l’empereur Henri VI et aboutit à la mise au ban de l’empire du comte de Savoie en 1187. Sous le règne des Hohenstaufen, le lien de vassalité entre l’empereur et ses vassaux s’applique dans toute sa rigueur de sorte que les comtes comme le comte de Savoie n’exercent un semblant de souveraineté qu’en raison du seul éloignement géographique de leur empereur qui peut les traduire devant sa cour de justice, leur confisquer leur fief (son comté) et les mettre au ban s’il ne remplissent pas leurs obligations à son égard.

.Thomas Ier (1178 -1233) comte de Savoie de 1189 à 1233, vicaire en Lombardie

Fils du précédent.

Il commence à régner sous le règne de l’empereur Henri VI de Hohenstaufen et réussit à rentrer en grâce auprès de l’empereur grâce à l’intervention de son tuteur le marquis de Montferrat qui avait soutenu l’empereur contre son père. Il récupère le Piémont et est nommé par l’empereur vicaire en Lombardie. A la mort d’Henri VI en 1187, ce n’est pas son frère Frédéric qui lui succède immédiatement mais c’est Othon IV Welf de Brunswick, qui est élu. Mais le roi de France Philippe Auguste (le terme Auguste qui lui est donné est la marque des légistes français qui développent l’idée que si le roi reconnait toujours à l’extérieur de son royaume la primauté d’honneur de l’empereur, il « est empereur en son royaume » soutient Frédéric contre Othon. Thomas soutient lui aussi Fréderic et fait le bon choix car Othon est battu à Bouvines en 1214 par Philippe Auguste et c’est Frédéric II de Hohenstaufen,déjà roi de Sicile, qui devient empereur en 1211 en même temps donc que roi de Germanie, d’Italie (du Nord : ancien Royaume des Lombards) et roi de Bourgogne-Provence dont font partie les terres dont se trouve investie la Maison de Savoie. L’empereur organise le royaume d’Italie en huit vicariats et celui de Bourgogne-Provence en un qu’il confie au Duc de Zärhingen, famille de Souabe ce qui place celui-ci au-dessus des comtes de Savoie, de Dauphiné, de Provence et des princes-évêques. En effet, le vicaire a la faculté de juger les causes en première instance, d’exercer le droit de grâce, de prescrire des règles de droit supplantant les statuts communaux, d’imposer des taxes nouvelles. Le vicaire a également le droit de paix et de guerre. Il peut ajouter l’Aigle Imperial sur ses armoiries. Le 15 mars 1232, Thomas Ier achète au seigneur de Berlion la ville de Chambéry.

.Amédée IV (1197-1253) comte de Savoie de 1233 à 1253, vicaire général de l’empereur pour le royaume d’Italie en 1248

Fils du précédent.

En juillet 1245, il va présenter ses hommages à Turin à l’empereur Frédéric II et se fait promettre par l’empereur la restitution de Rivoli. Pendant les années suivantes, les liens qui unissent le comte à l’empereur ne cessent de se resserrer ; il obtient de l’empereur les titres de comte d’Aoste et du Chablais. En 1247, Amédée étant devenu un chaud partisan de l’Empereur, il est convenu que Manfred, le fils de Frédéric et de Bianca Lancia, épousera Béatrice, fille du comte de Savoie : Manfred recevra immédiatement de l’empereur toute la terre qui s’étend de Pavie aux Alpes. Ce mariage est célébré l’année suivante. Par voie de conquête, Amédée IV augmente ses possessions dans le Viennois, le Lyonnais, en Piémont, en Ligurie et dans le Pays de Vaud avec le château de Moudon. Amédée et son frère, Thomas de Savoie, comte de Flandre se trouve à la tête d’une assemblée de vassaux qui rencontre à l’été 1248 à Verceil leur empereur Frédéric II. Thomas est alors nommé vicaire général de l’empire pour l’Italie du Nord, depuis Pavie jusqu’aux Alpes, et reçoit en outre de nombreux fiefs, parmi lesquels les villes d’Ivrée et de Turin, ainsi que plusieurs châteaux ; en outre, Thomas et Amédée sont mandatés par Frédéric pou entamer une nouvelle négociation avec le Pape. Thomas obtient le marquisat d’Ivrée en 1248 mais ne réussit pas à prendre Turin. Malgré néanmoins ses convictions gibelines, Amédée IV permet au pape Innocent IV en fuite de traverser ses terres. L’empereur Fréderic II meurt en 1250 et sa mort marque la fin d’une certaine idée impériale qui avec l’affaiblissement progressif du lien vassalique va permettre aux ducs, comtes, princes-évêques, républiques constituant l’empire d’augmenter progressivement leur pouvoir et d’acquérir un début de souveraineté.

.Boniface (1244- 1263) comte de Savoie de 1253 à 1263

Fils d’Amédée IV et de Cécile des Baux, il règne sous la tutelle de sa mère et de son oncle Thomas II, seigneur de Piémont, comte de Maurienne et comte de Flandres, qui meurt en 1259.

En 1258, sa grand-mère, Marguerite de Genève, comtesse de Flandres, en grande détresse par les divisions de ses fils, Pierre et Philippe de Savoie, demande du secours au roi Louis IX qui envoie en Flandres, une armée sous le commandement de son frère, le comte Charles Ier d'Anjou (1227-1285). Le comte Thomas II de Piémont et le jeune comte Boniface de Savoie se joignent à lui à Compiègne avec un corps de troupes savoyardes. La comtesse est rétablie sur son trône. En 1263, Boniface de Savoie se décide de venger son oncle Thomas II de Piémont, tué par le parti des Guelfes triomphant à Turin. Vassal de l'Empereur, Boniface à la tête d'une armée savoyarde et de ses vassaux, dont le marquis de Saluces et Jean de Bourgogne, bat au Piémont les troupes de Charles Ier d'Anjou à la bataille de Rivoli et met en place le siège de Turin. Mais, après quelques jours, arrivent au secours des assiégés, les troupes des Montferrains et des Astésans. Le combat est désespéré et Boniface est blessé et fait prisonnier, avec le marquis de Saluces. Il meurt cette même année en captivité, sans descendance.

.Pierre (1203-1268) seigneur de Vaud de 1233 à 1268, comte de Savoie, d’Aoste et de Maurienne de 1263 à 1268

Initialement chanoine de la cathédrale de Valence et prévôt de la cathédrale d'Aoste, mais ne se sentant aucune vocation pour cet état, il demande un apanage à son frère Amédée IV et reçoit les terres, châteaux et mandements de Lompnes et de Saint-Rambert-en-Bugey, puis le château de Seyllon, celui de Coutey et toutes les terres que la maison de Savoie possède en Chablais, et dans le Pays de Vaud. Son séjour en Angleterre auprès du roi Henri III lui permet de s’enrichir considérablement. Le 2 décembre 1241, il épouse Agnès de Faucigny, qui lui apporte en dot, les baronnies de Faucigny, de Beaufort et plusieurs autres terres. Enfin il hérite en 1242, de son frère Aymon, comte de Chablais. En 1250, il oblige le comte de Genève à lui livrer tous ses châteaux depuis le Fort l'Écluse jusqu'à l’Aar. Il oblige aussi l'évêque de Lausanne à lui remettre d'importantes seigneuries du Pays de Vaud. En 1253, Pierre II marie sa fille Béatrix (ou Béatrice) au Dauphin Guigues VII et lui offre le Faucigny en dot. Bien que Boniface ait des sœurs, que Thomas, son frère aîné déjà décédé ait des fils, la coutume savoyarde le fait hériter en tant que plus proche parent, la loi de primogéniture au second degré n'étant pas encore établie, il devient alors en 1263 le douzième comte de Savoie.

.Philippe Ier (1207-1285) , évêque de Valence de 1241 à 1267, prince-archevêque de Lyon de 1246 à 1267, puis comte de Bourgogne de 1267 à 1279 et 13e comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne de 1268 à 1285.

Philippe épouse le 11 juillet 1267, la comtesse Alix de Bourgogne ou Adélaïde, fille du comte Othon II de Bourgogne et de Béatrice II de Bourgogne. Par ce mariage sans enfants, il devient comte de Bourgogne, mais à la mort d'Alix, c’est Othon IV de Bourgogne (ou Othelin), né d'un premier mariage d'Adélaïde avec le comte Hugues de Bourgogne qui prend possession de la Bourgogne. Devenu, comte de Savoie, à la mort de son frère Pierre II, il reçoit l'hommage de Berne, de Nyon et de Morat. En revanche, malgré le traité que la ville de Genève avait conclu avec le comte Thomas Ier, le chapitre de la ville et l'évêque décident de s'allier secrètement au comte de Genevois. Philippe Ier veut récupérer le Faucigny qui est devenu une enclave dans ses états. C'est l'origine du conflit entre le Dauphiné et la Savoie qui va durer cent ans. Après un Interrègne de 17 ans, les grands nobles se décident à élire comme empereur plutôt qu’un duc puissant de Lorraine, de Souabe, de Franconie, de Saxe, de Bavière voire le roi de Bohème, un petit comte moins puissant en pensant ainsi ne pas à devoir subir trop fortement l’autorité impériale comme sous les Hohenstaufen. C’est ainsi qu’ils élisent en 1273, Rodolphe Ier de Habsbourg, né en 1218 dans le château de Habsbourg (dans l’actuel canton d’Argovie en Suisse) et dont l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen est le parrain. Et le 24 octobre à Aix la Chapelle, Rodolphe est couronné roi des Romains conformément à la tradition qui veut depuis Charlemagne que le futur empereur soit roi des Romains et se voit remettre par l’archevêque de Cologne les emblèmes impériaux. Philippe Ier s’oppose à l’empereur Rodolphe, en Suisse et au Piémont, et parvient à conquérir Turin. Sans enfant, Philippe Ier choisit lui-même son successeur parmi ses nombreux neveux et obtient de l'empereur Henri VII, un décret par lequel celui-ci investit de la souveraineté de Savoie, Amédée le futur Amédée V, fils de Thomas II de Piémont, comte de Flandre.

.Amédée V (1249-1323) comte de Savoie de 1285 à 1323

Fils de Thomas II de Piémont.

En 1308, c’est un membre de la famille de Luxembourg, Henri VII de Luxembourg qui devient empereur. Trois ans plus tôt, le comte Amedée V, son beau-frère, s’est rendu à Avignon demander au pape Clément V de reconnaitre Henri comme roi des romains et lui proposer de faire élire son neveu Louis II de Savoie, sire de Vaud comme sénateur de Rome (en souvenir des deux consuls de l’ancienne Rome on élisait deux sénateurs mais depuis 1192 on n’en élisait plus qu’un, lequel nommé pour 6 mois à 5 ans, avait pouvoir d’administrer Rome, de battre monnaie ; il habitait au capitole et s’il était reconnu intègre avait le droit d’ajouter à ses armoiries le sigle du Senat Romain S.P.Q.R) ; souverain de Rome, il était sous suzeraineté commune du pape et de l’empereur et venait immédiatement après eux en rang et dignité). Henri est donc élu Roi des Romains en 1308 et de retour d’un pèlerinage en 1309 à Saint Maurice d’Agaune sur la tombe de son ancêtre Sigismond, il est accueilli au château d’Evian par son vassal le comte Amédée V de Savoie. Louis II est élu sénateur en 1310. Grâce à lui, Henri VII peut le 23 juin, accompagné par son frère l’archevêque de Trèves, son beau-frère Amédée V et Louis II de Vaud, être couronné empereur par le pape dans la basilique Saint Pierre. Après la mort d’Henri VII, le pouvoir impérial se défait en Italie et à l’exception de celle que les empereurs continuent d’exercer sur leurs vassaux, le comte de Savoie, pour les terres dont il est investi dans le royaume d’Italie (du Nord) et le duc de Milan, les empereurs auront de plus en plus de difficultés à y exercer leur autorité. En 1320, lassé de la guerre d'usure entre la Maison de Savoie et celle du Dauphiné à propos de la Baronnie du Faucigny, Amédée V de Savoie veut frapper un grand coup pendant la minorité de Guigues VIII. Les années suivantes les échauffourées se multiplient. Mais Amédée V meurt en 1323.

.Édouard de Savoie (1284- 1329) comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne 1323 à 1329.

Fils aîné d’Amédée V et de Sibylle de Baugé. Epoux de Blanche de Bourgogne (1288-1348), elle-même fille de Robert II, duc de Bourgogne

Reprenant la politique d’Amédée V, Édouard, allié à Guichard le Grand, sire de Beaujeu, décide le 7 aout 1325 d'investir le château de Varey, propriété du comte de Genève Amédée III, allié du Dauphin Guigues VIII.

Au côté de Guigues se trouvent notamment :

.Hugues de La Tour, seigneur de Faucigny, oncle du jeune Guigues, mais aussi beau-frère d'Édouard de Savoie par son mariage avec Marie de Savoie.

.Amédée III de Genève, héritier des comtes de Genève et aussi neveu d'Édouard.

.Hugues de Genève, capitaine belliqueux de la ligue anti-savoyarde.

.Hugues de Joinville, seigneur de Gex.

.Aymar de Poitiers, comte de Valentinois et de Diois Raymond IV de Baux, prince d'Orange, cousin par alliance de Guigues.

.Jean II de Chalon-Arlay, époux en seconde noces de Marie de Genève, fille d’Amédée III de Genève.

Du côté d’Edouard, se trouvent :

.Guichard IV le Grand, sire de Beaujeu, allié de longue date de la maison de Savoie, et intéressé au premier chef par la prise du château de Varey.

.Jean II de Châlon, comte d'Auxerre, dont la mère est une sœur d’Édouard.

.Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre, frère du duc régnant Eudes IV de Bourgogne.

.des vassaux suisses.

Edouard perd la bataille mais parvient à s’échapper tandis que Robert de Bourgogne, Jean de Châlon et Guichard de Beaujeu sont faits prisonniers et devront payer de fortes rançons. Trois ans plus tard, Edouard se distingue dans l'armée de Philippe VI de Valois à la bataille de Cassel, en 1328. Sans fils, c’est son frère Aymon qui lui succède.

.Aymon de Savoie (1291- 1343), comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne de 1329 à 1343.

Fils cadet d'Amédée V, Il épouse le 1er mai 1330, Yolande de Montferrat, fille de Théodore Ier Paléologue, marquis de Montferrat.

Aymon passe les premières années de son règne à combattre le dauphin Guigues VIII. À la mort de ce dernier, il conclut avec le nouveau dauphin Humbert II, le traité de Chapareillan signé en 1334 dans lequel il reconnait le Rhône comme frontière entre la Savoie et le Dauphiné septentrional. Aymon désigne Louis II de Savoie comme tuteur du jeune Amédée VI et c’est Louis II qui administre la Savoie de 1343 à 1348. Un an avant sa mort en 1347, Charles IV de Luxembourg, roi de Bohême, est élu empereur. Dans cette première moitié du XIV° siècle, les tensions entre les vassaux des comtes de Savoie et les archevêques se multiplient. La ville de Moûtiers est prise en octobre-novembre 1335 et les fortifications sont démantelées. Durant la guerre de Cent Ans, il aide Philippe VI de Valois, roi de France, à combattre Édouard III, roi d'Angleterre et participe notamment à la guerre des Flandres.

.Amédée VI dit le comte vert (1334-1383), comte de Savoie, de Maurienne et d’Aoste de 1343 à 1383, vicaire impérial pour le Royaume de Bourgogne-Provence de 1365 à 1367

Fils du précédent. Il épouse en 1355, Bonne de Bourbon, fille de Pierre Ier, duc de Bourbon et d'Isabelle de Valois.

La cession du Dauphiné, terre impériale en 1349 au fils du roi de France par le dernier dauphin, lui apparait dangereuse pour la Savoie car l’empereur Charles IV de Luxembourg était susceptible de céder le vicariat sur le Dauphiné voire sur le Royaume de Bourgogne-Provence. Prince avisé, Amédée VI dit le comte vert préfére la suzeraineté impériale éloignée à celle proche du roi de France sous laquelle à l’évidence le Dauphiné va passer, après le Vivarais, le Lyonnais et le Forez 40 ans plus tot. Pour lui, ce lien avec l’empire est une précieuse garantie d’indépendance vis-à-vis du royaume de France centralisateur ou le roi tend à devenir le souverain de tous ses sujets et plus seulement comme l’empereur celui de ses vassaux directs. Sous son règne, les Etats de Savoie représentent une dizaine de Baillages :

. la Savoie propre ou Savoie ducale avec dix sept châtellenies.

. le Chablais avec le château de Chillon et ses treize châtellenies

. le Val de Suze avec Avigliana et ses trois châtellenies

. le Val d’Aoste avec Chatel-Argent-Villeneuve et ses cinq châtellenies

. le Bugey-Valromey avec Château de Rossillon-Saint Germain et ses sept châtellenies.

.la Novalaise avec Voiron partagée en huit châtellenies.

.la Bresse avec Bourg, les Dombes comprenant dix châtellenies.

. la Baronnie de Gex, la Valbonne

. le Faucigny avec Chatillon/Cluses avec onze châtellenies

Et ce, sans compter les Etats de Vaud.

En 1361, fait historique peu connu et dont les conséquences sont difficiles à analyser, Amédée envoie un représentant auprès de l’empereur Charles IV de Luxembourg pour obtenir que ses possessions ne fassent plus partie du Royaume de Bourgogne- Provence (dont une bonne partie déjà du territoire a été annexé de fait par le royaume de France) mais soenit rattachées directement à l’empire ce que l’empereur fait par un diplôme du 17 mai 1361. Pourtant Charles IV de Luxembourg, quatre ans plus tard, entend bien marquer qu’il est toujours en droit roi de Bourgognes-Provence et décide comme l’avait fait avant lui Frédéric Ier de Hohenstaufen dit Barberousse de se faire couronner à Arles dans la cathédrale Saint Trophime de la couronne de Bourgogne-Provence. Amédée VI doit venir l’accueillir à Morat aux portes de ses Etats de Vaud le 4 mai 1365 ; ils sont à Chambéry le 11 mai et le 13 mai, l’empereur confère le vicariat d’empire sur le Royaume de Bourgogne-Provence à Amédée VI ; désormais, c’est lui qui recevra à la place de l’empereur l’hommage des évêques de Sion, de Tarentaise, de Maurienne, de Genève, Lausanne, Belley, Macon, Lyon, Grenoble, Ivrée, Aoste et Turin pour leur pouvoir temporel de comte. Puis Amédée VI accompagne son suzerain jusqu’à Arles ou celui-ci se fait couronner le 4 juin. A leur retour par Genève, ils entendent les vives protestations de l’évêque Alamand de Saint Jeoire qui proteste contre le vicariat d’Amédée qui lui enlève son immédiateté impériale. Là comme l’avait fait avant lui son ancêtre l’empereur Henri VII, Charles IV demande à Amédée de l’accompagner à Saint Maurice sur la tombe de son ancêtre Saint Sigismond (roi des Burgondes) ou ils arrivent le 21 juin. Enfin Charles et Amédée se rendent au château de Romont ou ils se quittent. Dès son arrivée à Berne, Charles adresse une série de lettres patentes aux évêques et seigneurs qui dépendaient désormais de son nouveau vicaire ne tenant aucun compte des récriminations de certains. Mais en 1367, tenant compte de la véritable révolte que cette nomination suscite, l’empereur finit par révoquer le vicariat sur les princes ecclésiastiques ce qui n’entraine, à quelques exceptions près, guère de changement car entretemps beaucoup s’étaient trouvés devant le fait accompli qui, comme chacun sait, prime le droit. Quelque temps avant sa mort en 1378, Charles IV, comme l’avait sans doute appréhendé dès 1361 Amédée VI, constitue son neveu le dauphin Charles (futur roi de France Charles VI) pour son vicaire et lieutenant dans le royaume de de Bourgogne-Provence.

.Amédée VII de Savoie, dit le comte Rouge, (1360-1391), comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne de 1383 à 1391.

Fils d'Amédée VI ; il épouse Bonne de Berry, fille de Jean de France, duc de Berry et duc d'Auvergne, et de Jeanne d'Armagnac qui était petite-fille du roi de France Jean II le Bon.

.Amédée VIII ( 1391-1439) , comte de Savoie (1391-1416) duc de Savoie ( 1416-1439) comte de Genève ( 1424- 1439) pape sous le nom de Félix V ( 1439-1449) évêque de Genève (1449-1451)

Fils du précédent ; il épouse Marguerite de Bourgogne, fille du duc de Bourgogne Philippe le Hardi.

Il n’a que huit ans quand il devient comte et a pour tutrice sa mére Bonne de Berry. Une lutte pour la régence intervient entre celle-ci et sa grand-mère Bonne de Bourbon. Les Bourbons l'emportent et la grand-mère d'Amédée reste régente jusqu'en 1393. La régence du comté de Savoie passe alors au duc Philippe II de Bourgogne, qui fiance immédiatement sa fille Marie au jeune Amédée. Ce n'est qu'en 1398 que cette période de régence prend fin. Mais même après avoir quitté la régence, sa grand-mère et son beau-père conservent une influence importante sur lui. Longtemps après la mort de Philippe II, quand Philippe III devient duc de Bourgogne, Amédée fait passer huit cent de ses soldats (sous le commandement du sire de Salenove) au service de la Bourgogne, et il saisit toutes les occasions de réconcilier le duc de Bourgogne avec le roi de France. En 1402, l'enclave du Genevois (avec Genève, puis Annecy) tombe sous sa souveraineté, suite à la mort du dernier comte. En 1410, il envisage un pèlerinage à Jérusalem mais y renonce finalement. En effet, des émeutes agitent alors Paris, suite à l'opposition entre les partis ennemis, Armagnacs (auquel appartient le duc de Berry, oncle maternel d'Amédée) et Bourguignons (dirigés par le duc de Bourgogne, beau-frère d'Amédée). Le comte de Savoie préfère se rendre avec ses soldats dans son hôtel de Gentilly, au sud de Paris, et participe à la signature du traité de Bicêtre, qui ramène temporairement le calme dans la ville et en France. Ses armées contrôlent le val d'Ossola, en 1411, permettant le contrôle du Simplon (perte du territoire en 1417). Et en 1413, Il obtient l'apanage définitif du marquisat de Saluces. C’est l’empereur, Sigismond de Luxembourg qui élève à Chambéryle 16 février 1416 Amédée VIII à la couronne ducale ce qui consacre le développement de la puissance des comtes de Savoie et l’accroissement de leur souveraineté. En 1435, alors que le duc Philippe III de Bourgogne cherche à prendre ses distances avec ses alliés anglais, Amédée, son oncle, sert de médiateur entre Français, Anglais et Bourguignons, dans une conférence à laquelle participent quasiment tous les royaumes concernés par la guerre de cent ans (France et Angleterre, mais aussi Aragon, Castille, Portugal, Écosse, et même des pays d'Europe centrale et orientale, comme le Saint empire romain germanique et la Pologne). Le Traité d'Arras est signé suite à cette conférence.

.Louis Ier de Savoie (1413- 1465), duc de Savoie, de Chablais et d'Aoste, de Piémont, d'Achaye et de la Morée, Comte de Genève, de Nice, de Vintimille, de Bagé, de Romont, de Valentinois et comte de Diois, baron de Faucigny, de Vaud et de Gex, seigneur de Bugey, de Beaufort, Verceil et Fribourg, marquis de Suze, prince et vicaire du Saint-Empire de 1439 à 1465

Fils d'Amédée VIII et de Marie de Bourgogne. Il épouse en 1433, Anne de Lusignan, (1419 -1462), fille de Janus, roi de Chypre et roi titulaire de Jérusalem, et de Charlotte de Bourbon.

Le mariage est célébré par l'archevêque de Tarentaise et les réjouissances se déroulent au château de Chambéry. Parmi les invités présents, ses meilleurs amis et proches parents, le duc Philippe III de Bourgogne, le duc René Ier de Bar, le comte de Nevers et le comte de Clèves, son père le duc Amédée VIII, sa sœur, Marguerite de Savoie, le prince d'Orange, l'ambassadeur du roi de France, Christophe d'Harcourt. Les douze provinces, possessions de la maison de Savoie sont représentées ainsi que le royaume de Chypre par des délégations, ainsi que les Ordres chevaleresques de la Toison d'or pour la Savoie, la Bourgogne et l'Autriche. Après son veuvage, son père a abandonné ses fonctions ducales pour se tourner vers la religion. Dès 1434, Amédée IX administre les États de son père sous le titre de prince de Piémont. Il doit subir les intrigues de l’entourage chypriote de son épouse mais aussi les ambitions de ses voisins français et milanais. Il doit ainsi renoncer au Valentinois et ne peut s'emparer du duché de Milan à la mort du dernier Visconti. Frédéric III de Habsbourg succède à Sigismond comme empereur en 1437. Son père Amédée VIII est élu (anti)pape en 1439 et abdique alors du duché en sa faveur. Une de ses filles Bonne de Savoie épousera deviendra duchesse de Milan en épousant le duc Galèas Marie Sforza le 24 avril 1467.

.Amédée IX de Savoie (1435-1472), duc de Savoie, prince de Piémont, comte d'Aoste et de Maurienne de 1465 à 1472.

Fils de Louis Ier et d'Anne de Lusignan. Epoux de Yolande de France, fille du roi Charles VII et donc sœur du roi Louis XI. Épileptique, peu capable de régner, l'autorité est exercée par sa femme Yolande de France et par son frère Philippe, comte de Bresse.

.Yolande (1434-1478) duchesse de Savoie de 1465 à 1478

Elle soutient le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, qui projette de recueillir la couronne de Bourgogne-Provence en vue pourquoi pas de recueillir la dignité impériale élective. Elle est son alliée malheureuse pendant les guerres de Bourgogne de 1475-1477. Ce soutien lui fait perdre en 1477 une partie du Vieux-Chablais en amont de Massongex-Saint Maurice que les Valaisans en profitent pour s’emparer.

.Philibert II le Beau (1480 -1504) duc de Savoie de 1478 à 1504

Maximilien de Habsbourg succède comme empereur à son père en 1499. Cette même année 1499, l’empereur remarie pour la troisième fois sa fille Marguerite d’Autriche avec Philibert. A la Diète d’Augsbourg de 1500, l’empire est organisé en 6 cercles et le duché de Savoie rattaché au Cercle du Haut Rhin qui comprend entre autres le duché de Lorraine, l’évêché de Strasbourg, le duché de Deux-Ponts, le comté de Blamont……. Après l’échec de la tentative du grand-père de Marguerite, Charles le Téméraire, cette alliance entre Habsbourg-Bourgogne et Savoie aurait peut-être pu permettre si Philibert n’était pas mort dès 1504 d’obtenir la couronne du Royaume de Bourgogne-Provence qui comprenait encore le comté de Bourgogne (Franche-Comté) le Pays de Vaud savoyard, le Pays de Gex, le Chablais, le Genevois, le Faucigny, la Bresse, le Bugey, le Valromey, la Savoie propre, la Maurienne et la Tarentaise. Après sa mort, la Maison de Savoie prend vraisemblablement conscience qu’elle n’obtiendra jamais cette couronne royale de Bourgogne- Provence et reporte son ambition légitime vers l’Italie ou à partir de ses possessions dans le Royaume d’Italie (du Nord) elle dispose de plus de chances de succès.

. Charles III dit le Bon (1504- 1553), duc de Savoie de 1504 à 1553

Il succède à son frère Philibert comme duc de Savoie. Il doit commencer son règne par s'imposer face aux exigences, de sa demi-sœur Louise de Savoie qui veut hériter le duché, de son frère bâtard René qui demande des fiefs, et de son frère Philippe qui soutient Louise et René. Lorsque son neveu François Ier, fils de Louise de Savoie, devient roi de France en 1515, il hésite à prendre partie entre lui et son empereur Maximilien et ne cherche pas comme les Confédérés suisses à s’opposer au passage des troupes de François Ier vers l’Italie ou celui-ci veut s’emparer du Duché de Milan qu’il estime avoir hérité. François Ier gagne la bataille de Marignan en 1515 contre les armées de l’empereur Maximilien de Habsbourg et celles du pape. Mais en 1519, c’est Charles d’Espagne qui est élu empereur sous le nom de Charles Quint et non François. Sans armée et sans grands moyens, le duc Charles III change régulièrement d'alliance, entre François Ier et Charles Quint. En 1525 Charles Quint bat avec ses armées impériales François Ier à Pavie et l’emmène prisonnier à Madrid ou ils signent en 1526 le traité de Madrid : pour sa libération François Ier doit payer une colossale rançon réunie par sa mère Louise de Savoie, renonce au Duché de Milan et accepte que Charles Quint reçoivent le Duché de Bourgogne. Mais rentré en France, François renie sa signature et en 1536, Il engage la 9 iéme guerre d’Italie pour reconquérir le duché de Milan et décide avec ses alliés de fait, Berne, Fribourg et Valais, l’occupation des territoires savoyards sans rencontrer aucune résistance, (cantons qui se considèrent toujours pourtant en droit comme sujets de l’empereur). Dans le pays de Vaud et le Genevois, l'autorité du duc est mise à mal. La cité de Genève se révolte et Charles III lui impose un blocus; pour s'en dégager, la cité fait appel aux Bernois, qui après quelques tergiversations passent à l'attaque, et conquièrent le Pays de Vaud. Charles III, incapable de réagir, brandit la menace de faire intervenir Charles-Quint dont il est le vassal, mais ce dernier est bloqué à Naples. Profitant de la situation, François Ier réclame l'héritage de sa mère, Louise de Savoie, sur la Bresse et le Faucigny. Il franchit la frontière ouest et ses troupes prennent les capitales, Chambéry, puis Turin. Charles III se trouve privé de la plupart de ses États, ne conservant que le comté de Nice et la Vallée d'Aoste et finit par se réfugier à Verceil/Vercelli. Pendant cette occupation de la Savoie, le roi François Ier, par un édit royal du 6 janvier 1539, crée un Parlement de Savoie ce qui constitue un acte de souveraineté dans la mesure ou il devient la juridiction de dernier recours dans les possessions de la Maison de Savoie ( ce qui ne signifie pas pour autant que les ducs de Savoie dans leur litige avec d’autres maisons possessionnées de l’empire ou vis-à-vis de l’empire ne continuent pas de relever eux de la justice impériale à la différence des litiges par exemple entre les 13 cantons de la Confédération suisse). Charles Quint, trop occupé en Italie, n’a pu aider militairement Charles III mais a néanmoins, à la Diète de Spire de 1545, enjoint sans succès aux Bernois, aux Fribourgeois confédérés, qui restent ses sujets, de même qu’à l’évêque de Sion, de lui restituer ses territoires. Charles III reste réfugié à Vercelli jusqu’à sa mort en 1553.

.Emmanuel-Philibert (1528- 1580), duc de Savoie de 1553 à 1580, gouverneur des Pays-Bas de 1555 à 1580

A dix-sept ans, en mai 1545, il part rejoindre l'empereur qui s'apprête à combattre la ligue de Smalkalde. C'est le début d'une longue aventure militaire. Charles Quint lui donne sa chance et, à la bataille de Muhlberg, le 13 avril 1547, Emmanuel-Philibert commande l'arrière-garde de l'armée impériale. En 1553, Charles Quint le nomme, à vingt-cinq ans, capitaine général de l'armée des Pays-Bas. Après la mort de son père, survenue le 16 septembre 1553, il est officiellement investi du duché de Savoie par Charles Quint le 15 juillet 1554. Le 27 octobre 1555, Philippe II le nomme gouverneur des Pays-Bas. Ferdinand Ier de Habsbourg, ainé de Charles Quint lui succède après l’abdication de ce dernier en 1556. Charles Quint partage alors ses possessions entre son frère Ferdinand et son fils Philippe II qui devient roi d’Espagne mais reçoit également l’héritage bourguignon qui continue de relever de l’empire. L’année suivante le 10 aout 1557, Emmanuel-Philibert, Général des armées impériales au service du neveu de l’empereur Ferdinand, le roi d’Espagne Philippe II, bat à Saint Quentin les troupes du roi de France Henri II qui a succédé à François Ier. Par le Traité de Cateau-Cambrésis de 1559, la France doit évacuer la partie des territoires savoyards qu’elle occupe depuis 1536. Par le Traité de Lausanne de 1564 avec les Bernois, ceux-ci restituent Pays de Gex, partie du Genevois et du Chablais qu’ils occupent depuis 1536 mais conservent les Etats de Vaud que, sans doute pour les raisons sus-exposées ou par crainte de la puissante grandissante de Berne alliée à Genève passée à la Réforme, Emmanuel-Philibert ne se bat pas pour conserver alors pourtant qu’ils avaient servi de base de développement depuis trois siècles à la Maison de Savoie (depuis le château de Chillon). Enfin cinq ans plus tard, par le Traité de Thonon de 1569, la Savoie récupère le reste du Chablais sauf la partie qui deviendra Bernoise puis Vaudoise (au nord du Rhône de Chillon à Saint Maurice) et celle qui sera conservée par le Valais (au sud du Rhône de Saint Gingolph – Chatel à Saint-Maurice). Profondément attaché à l’appartenance de la Savoie à l’Empire romain germanique, mais ne croyant plus à la pérennité de son Royaume de Bourgogne-Provence (dont l’empereur Charles Quint avait pourtant tenu à se faire couronner à Aix en Provence en 1536) qui subit ces nouvelles amputations au profit des Confédérés, Emmanuel- Philibert décide de transférer sa capitale de Chambéry à Turin. Sous son règne on assiste au début de la centralisation sur cette ville de l’administration des Etats savoyards.

.Charles-Emmanuel Ier de Savoie (1580- 1630), duc de Savoie de 1580 à 1630

Fils d’Emmanuel-Philibert.

Un peu étrangement par rapport à ce qui vient d’être dit, Il conserve le vieux rêve de reconstituer à son profit le Royaume de Bourgogne-Provence ; mais son espoir s’avère vain. Allié à l'Espagne par son mariage, il profite des guerres de religion pour s'emparer en 1588 du marquisat de Saluces et reçoit en 1590 des Ligueurs le titre de comte de Provence. Il envahit de nombreuses fois le Dauphiné et pousse même jusqu’à Fréjus en 1590, s’emparant de Draguignan et d’Aix, mais il est battu le 17 septembre 1591 à Pontcharra par Lesdiguières. Il attaque à nouveau les possessions françaises, et prend le fort d'Exilles en 1593. Mais le roi de France Henri IV, après avoir envahi la Savoie et le Piémont (deuxième occupation) se fait céder le Bugey, le Valromey et le pays de Gex par le traité de Lyon en 1601 mais en échange, le marquisat de Saluces devient définitivement une possession de la Maison de Savoie. Suit la tentative de décembre 1602 de reprendre Genève qui aboutit au Traité de Saint Julien de 1603 par lequel la Savoie renonce définitivement à cette ville; deux traités qui ne font qu’accentuer le glissement de la destinée vers l’Italie de la Maison de Savoie. Charles Emmanuel est ensuite le jouet entre les politiques de Richelieu et d’Olivares, ministres des rois des Habsbourg d’Espagne qui sont possessionnés dans le nord de l’Italie. Alors qu’il a des prétentions sur le marquisat de Montferrat à la mort du marquis en 1627, il se rend compte que Richelieu soutient les droits de Gonzague de Nevers, instrument du roi de France contre les Habsbourg. Charles Emmanuel se tourne alors vers eux et déclare la guerre au roi Louis XIII ; l’empereur occupe le marquisat mais les armées royales fondent sur Suze en mars 1629 obligeant le duc à signer un armistice, la Paix de Suze. L’année suivante Charles Emmanuel rompt l’armistice soutenu par l’empire mais Louis XIII occupe toute la Savoie (c’est la troisième occupation par la France) et s’emparent en Piémont de Pignerol, Suze, Saluces, Briguéras…. Charles Emmanuel meurt cette année 1630.

.Victor-Amédée Ier de Savoie (1587- 1637), duc de Savoie de 1630 à 1637

Fils du précédent.

Victor-Amédée doit signer le Traité de Cherasco le 6 avril 1631; au bout de 9 années, le roi de France Louis XIII rend la Savoie à son souverain sans la forteresse de Pignerol. Bien qu’aimant la paix Victor-Amédée est entrainé par Louis XIII et la Hollande dans la guerre de Trente Ans commencée en 1618 dans laquelle Louis XIII, époux d’Anne d’ Autriche (de Habsbourg) s’est trouvé lui-même entrainé à partir de 1635 contre l’empire (Habsbourg d’Autriche) et contre l’Espagne (Habsbourg d’Espagne) ; c’est en marchant sur Milan qu’il meurt en 1637. .François-Yacinthe de Savoie (1632 -1638), duc de Savoie de 1637 à 1638 Fils du précédent, Il ne règne que quelques mois.

.Charles-Emmanuel II de Savoie (1634-1675) duc de Savoie de 1638 à 1675

Il succède à l'âge de quatre ans à son frère François-Hyacinthe et sous la régence de sa mère Christine de France, fille d’Henri IV, et donc sœur de Louis XIII, qui exerce la régence dans la même situation qu’avait connue avant elle Yolande de Savoie, sœur de Louis XI. Mettant fin à la guerre dite de Trente Ans, les traités de Westphalie signés en 1648 amènent l’empire à la création de l’Electeur de Hanovre comme Huitième Electeur et accordent l’indépendance de l’empire aux Pays Bas (future Belgique, Luxembourg et Pays Bas) et à la Confédération Suisse mais pas à la Savoie que le duc Charles Emmanuel II ne demande d’ailleurs pas. Peut être parce que l’article VIII de l’un des deux traités place désormais sur un pied d’égalité à l’intérieur de l’empire, les princes, les villes libres et l’Empereur. Preuve du maintien de la Savoie dans le Saint Empire, Charles est présent au côté notamment des évêques de Worms, de Spire, Strasbourg et de Bâle, du prince de Salm et de la ville libre de Francfort dans le matricule impériale de 1654 pour l’investiture par l’empereur Ferdinand III de Habsbourg de son duché, du Piémont et de quelques autres fiefs du Montferrat même s’il ne reconnait plus l’autorité de la Chambre impériale et ne paye plus le Mois Romain.

.Victor-Amédée II de Savoie (1666-1732) duc de Savoie et Prince de Piémont de 1675 à 1732, roi de Sicile de 1713 à 1720, puis roi de Sardaigne de 1720 à 1730.

Fils de Charles-Emmanuel II, duc de Savoie et prince de Piémont, et de Marie Jeanne Baptiste de Savoie, duchesse de Genève et d'Aumale.

Victor-Amédée II, devenu majeur en 1684, c’est lui qui règne en Savoie ; la même année, il épouse sa cousine Anne d’Orléans fille de Philippe d’Orléans (frère de Louis XIV) et d’Henriette d’Angleterre (nièce de Christine de France). Il se montre tout d’abord très docile à la politique française puis décide d’entrer dans la ligue d’Augsbourg qui oppose Louis XIV (allié aux turcs comme l’avait fait avant lui François Ier) à l’empire (Habsbourg d’Autriche), à l’Espagne (Habsbourg d’Espagne) à l’Angleterre et à la Hollande. En 1690, il déclare la guerre à la France ce qui vaut à la Savoie une nouvelle occupation (la quatrième) par la France ; ses troupes et celles de son cousin le Prince Eugène de Savoie-Carignan, attaquent en 1692 le Dauphiné mais elles sont battues le 4 octobre 1693 à La Marsaille, année ou le Prince-Eugène est nommé par l’empereur à la tête des armées impériales. Victor-Amédée passe sans complexe dans le camp de la France sans attendre la fin de cette guerre. Le traité de Turin de 1696 met fin aux opérations et à l’occupation de la Savoie et permet à la Savoie de récupérer la forteresse de Pignerol. Cette guerre dite de neuf ans ou de la Ligue d’Augsbourg se termine par le traité de Ryswick de septembre-octobre 1697 par lequel Louis XIV annexe définitivement Strasbourg et toute la Basse-Alsace (les 4/5 de l'Alsace). Louis XIV accepte de mettre fin à l'occupation militaire du duché de Lorraine, mais Sarrelouis est définitivement cédée à la France. Les violences des armées françaises dans le Palatinat qui se retrouve totalement dévasté et ses populations décimées font néanmoins perdre à Louis XIV tous les espoirs formés par Mazarin quarante plus tôt d’une élection à la dignité impériale. Le 1er novembre 1700, le roi d’Espagne Charles II de Habsbourg meurt sans successeur. Les deux principales familles régnantes d'Europe, celle de France et celle d'Autriche, toutes deux très apparentées à Charles II, revendiquent alors le trône. Charles II a légué sa couronne par testament à Philippe, duc d'Anjou, petit-fils du roi de France Louis XIV (Bourbon mais également Habsbourg par sa mère Anne d'Autriche, petit-fils du roi Philippe III d'Espagne, donc cousin germain de Charles II). Philippe, âgé de 17 ans, va à Madrid où il est couronné sous le nom de Philippe V. Toute l'Europe se sent menacée par l'alliance dynastique de la France et de l'Espagne, d’autant plus forte que, par lettres patentes du 1er février 1701, Louis XIV reconnaît le droit de Philippe V à succéder à la couronne de France. C’est la cause d’une nouvelle guerre dite de Succession d’Espagne. Victor-Amédée II la commence au côté de Louis XIV mais celui-ci qui connait sa facilité à changer de camp, prend la précaution en septembre 1702 de faire désarmer ses troupes. Victor-Amédée revient alors dans le camp de l’empire et obtient en 1703 le marquisat de Montferrat. Mais Louis XIV fait occuper une nouvelle fois (la cinquième) la Savoie et s’empare les unes après les autres de ses places fortes ; ce n’est que grâce à l’intervention du Prince Eugène que le 7 aout 1707 Turin assiégé est sauvé. Au congrès d'Utrecht, qui réunit les belligérants depuis janvier 1712, chacun essaie de trouver une sortie honorable. Philippe V conserve le trône d'Espagne, toutefois il doit renoncer, pour lui et pour sa descendance, au trône de France même dans le cas où les autres princes de sang français disparaîtraient. De la même manière, la France conserve toutes les conquêtes de Louis XIV (Flandre française, Roussillon, Lille, Artois, Franche-Comté, Alsace). Les combats cessent définitivement en 1713, après une campagne militaire en Allemagne victorieuse pour Louis XIV. L’électeur de Brandebourg reçoit la couronne de Prusse tandis que le Duc de Savoie Victor-Amédé II, avec le soutien du Prince Eugène de Savoie-Carignan gagne, les provinces italiennes d'Alexandria et de Valesia, non pas la couronne du Royaume des Lombards (Italie du Nord) mais celle de Sicile et se fait couronner dans la cathédrale de Palerme ou s’était fait couronner l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen (qui y a son tombeau). Le 6 mars 1714 est signé le Traité de Rastatt qui marque pour les Habsbourg d’Autriche un agrandissement de leurs États héréditaires mais au détriment de la puissance impériale. Cinq ans après le traité d’Utrecht de 1713, le traité de Londres de 1718 prévoit qu’en 1720, Victor Amédée II roi de Sicile doit échanger sa couronne de Sicile contre celle de Sardaigne avec l’empereur Charles VI de Habsbourg : la Sardaigne, le Piémont et la Savoie constituent alors ce qu’on appelle les Etats Sardes et non pas l’Etat Sarde. Chacun de ces Etats sardes a un statut international différent dans la mesure ou le duché de Savoie continue d’appartenir au Saint Empire Romain Germanique et le roi, comme duc, participe toujours aux Diètes Impériales de Ratisbonne (ou se tiennent toutes les Diètes d’empire après 1648) comme ancien territoire ayant appartenu au Royaume de Bourgogne-Provence. En revanche, le Piémont donné en apanage par l’empereur Sigismond de Luxembourg en 1416 à Amédée VIII lors de son élévation à la couronne ducale, relève lui du Royaume d’Italie (du Nord) dont l’existence réelle sinon nominale comme celui de Bourgogne-Provence a pratiquement cessé et dont plus aucun territoire n’est représenté aux Diètes impériales depuis la dernière Diète impériale de Lindau de 1496 ( pour ce Piémont, les membres de la maison de Savoie portent le titre de Prince) enfin le Royaume de Sardaigne devenu propriété des Habsbourg depuis Charles Quint ne faisait pas partie de l’empire. En fait il s’agit de trois Etats ayant un souverain en commun comme cela s’était déjà produit souvent dans le passé et comme cela le cas par exemple de Georges Ier, Electeur de Hanovre et roi d’Angleterre à la même époque (une même personne se retrouvant souverain de plusieurs Etats distincts). Le roi Victor Amédée II a le souci d’établir son pouvoir souverain à l’intérieur de ses Etats. Sous son règne, triomphe l’absolutisme qui a peu ou prou pour modèle celui du roi Louis XIV. En 1730, il décide d’abdiquer au profit de son fils Charles-Emmanuel III.

.Charles-Emmanuel III de Savoie (1701-1773), duc de Savoie, roi de Sardaigne, de Chypre et de Jérusalem de 1730 à 1773.

Fils de Victor Amédée II, duc de Savoie.

Celui-ci voit son règne marqué par deux conflits :

.celui de la guerre de succession de Pologne ou en 1733, il est dans le camp de l’Espagne et de la France contre l’empire allant jusqu’à promettre à Louis XV de lui céder la Savoie si les conquêtes sur les Habsbourg s’avèrent suffisantes pour lui accorder des compensations en Italie.Il fait la conquête du Milanais, prend Pavie, bat les troupes impériales à Guastalla mais n’obtient par la paix de Vienne en 1738 que les pays de Tortone et de Novare et quelques fiefs d’empire. Entretemps néanmoins il épouse Élisabeth-Thérèse de Lorraine, belle-sœur de Marie-Thérèse, fille et héritière de l'empereur Charles VI laquelle avait épousé le duc de Lorraine et de Bar François III deux ans auparavant ; duché de Lorraine, terre d’empire que les rois de France comptaient depuis longue date pouvoir annexer comme ils s’étaient déjà rendus suzerains pour le duché de Bar. Louis XV ne peut donc pas accepter que, comme cela avait été le cas de la Franche Comté de 1477 à 1678, ces duchés Lorraine et de Bar puissent être des possessions directes de la famille impériale des Habsbourg.

.celui de la guerre de succession d’Autriche qui commence à la mort de l’empereur Charles VI en 1740 en raison de sa décision de léguer à sa fille Marie-Thérèse les Etats Héréditaires de la Maison des Habsbourg avec le risque comme cela vient d’être dit que son époux depuis 1736 le duc de Lorraine François III ne devienne empereur ce qui était intolérable pour le roi de France. Un accord est donc conclu entre l'empereur Charles VI et le roi Louis XV par lequel le duc François III abandonne la Lorraine à la France pour devenir grand-duc de Toscane ; en compensation, la France accepte la Pragmatique Sanction de l'Empereur qui fait de Marie-Thérèse son héritière (conjointement avec son futur époux, François). Mais Charles-Albert, l’Electeur de Bavière ou Frédéric-Auguste II, l’Electeur de Saxe et Roi de Pologne aspirent à l’élection impériale. Frédéric II, tout nouveau roi de Prusse, sans déclaration de guerre préalable, engage contre l’empire les hostilités et fait envahir la Silésie dès décembre 1740. Louis XV soutient les prétentions de l'Électeur de Bavière. Le 11 décembre 1740, il envoie le maréchal Belle-Isle, assister comme son ambassadeur à l'élection du Bavarois à Francfort. Le 5 juin 1741, Frédéric II signe avec le maréchal de Belle-Isle un traité d’alliance avec la France. Par ce traité, la France s'engage à soutenir militairement l'Électeur de Bavière, et à reconnaître les conquêtes prussiennes en Silésie. En contrepartie, Frédéric ne consent que des promesses. Ses autres alliés sont l'Espagne et la Bavière. Marie-Thérèse est soutenue elle par Georges de Hanovre, Electeur de Hanovre et Roi de Grande-Bretagne et par les Provinces-Unies, traditionnels opposants à l'hégémonie de la France, ainsi que par la Saxe et le roi de Piémont-Sardaigne qui, à la mort du père de Marie-Thérèse lui a fait valoir ses prétentions sur le Milanais qu’il n’a pu obtenir par le traité de Vienne deux ans plus tôt. Faute de l’obtenir, il s’est satisfait des promesses de celle-ci d’une augmentation de ses territoires en Italie contre son retour dans le camp de l’empire ; mais Il perd 5 000 hommes contre la France à Coni en 1744. Finalement, en 1745, Marie-Thérèse fait élire son époux le duc François Lorraine sur le trône impérial et devient alors impératrice consort des Romains. Le roi de Sardaigne Charles-Emmanuel III signe en 1746, à Turin, la paix avec la France mais c’est le traité d’Aix la Chapelle de 1748 qui met fin à la guerre de succession. Par ce traité, Louis XV restitue à l'Autriche les territoires conquis aux Pays-Bas ainsi que la Savoie et le comté de Nice et reconnaît au mari de Marie-Thérèse de Habsbourg le droit à la couronne impériale. Charles-Emmanuel III recherche alors, à toutes fins utiles, une alliance dans l’autre camp et fait épouser à son fils en 1750 une infante d'Espagne de la Maison de Bourbon, belle-sœur du Dauphin Louis-Ferdinand. Il meurt en 1773.

.Victor-Amédée III de Savoie (1726-1796) duc de Savoie, prince de Piémont, roi de Sardaigne, de Chypre et de Jérusalem de 1773 à 1796.

Fils du précédent.

En 1789, Il est très vite hostile à la révolution et accueille à Turin des princes émigrés. De leur côté, en octobre 1792, un certain nombre de roturiers prennent l’initiative de constituer une Assemblée nationale des Allobroges, réunion de délégués de toutes les communes du duché qui siège à Chambéry sur le modèle de l’Assemblée nationale française ; en huit jours, elle met à bas tout l’édifice politique, administratif et social de l’ancien régime en Savoie ; la déchéance du roi est prononcée.Le principal artisan de cette révolution est un prêtre. Philibert Simond, originaire de Rumilly, député du Bas-Rhin. Puis cette assemblée nationale fait une demande d’annexion à la France. D’abord hésitante (plusieurs membres de la Convention étant favorable à la création d’une république sœur qui aurait regroupé Genève et la Savoie) l’Assemblée nationale française vote le 27 novembre 1792 l’incorporation du duché à la République Française et sa transformation en un seul département du Mont Blanc avec 6 députés pour le représenter à l’Assemblée Nationale Française. L’empire romain germanique proteste contre l’abolition par la Constituante des droits seigneuriaux des princes allemands possessionnés en Alsace. La République française se garde de son côté de déclarer la guerre au Saint Empire se limitant à la déclarer à son chef en sa seule qualité de roi de Bohême et de Hongrie mais après l’invasion par les armées révolutionnaires des Pays-Bas et de la Rhénanie, l’empire est contraint le 23 mars 1793 de déclarer la guerre à la République. C’est désormais l’armée des Cercles de l’Empire dont la Savoie fait partie du Cercle du Haut Rhin qui combat les armées de la révolution. Profitant du développement dans le duché des mouvements contre-révolutionnaires, les armées impériales et du royaume de Piémont-Sardaigne parviennent à y pénétrer jusqu’à Annecy ou le drapeau du royaume flotte le 21 aout 1793 mais une riposte de Kellermann les oblige à repasser les Alpes. Le 5 avril 1795 par la paix de Bâle entre la Prusse et la France, cette dernière acquière la rive gauche du Rhin objectif des rois de France notamment depuis Louis XIV. .Charles-Emmanuel IV de Savoie (1751-1819), duc de Savoie, prince de Piémont et roi de Sardaigne de 1796 à 1802. Après la défaite de Montenotte lors de la campagne d'Italie de Bonaparte en 1796, Charles-Emmanuel IV de Savoie, qui a succédé à son père Victor-Amédée III, signe l'armistice de Cherasco qui reconnait la perte de Nice et de la Savoie et doit se réfugier en Sardaigne. Le Piémont est alors découpé en six départements et les quatre Electorats rhénans deviennent quatre départements français, la Prusse obtenant elle en compensation la sécularisation d’un certain nombre de principautés ecclésiastiques. Le département du Mont-Blanc est amputé lui une première fois par la loi du 25 août 1798 de sa partie nord (Thonon-les-Bains, Bonneville, Cluses) pour créer le département du Léman avec le district de Carouge et le Pays de Gex dont Genève qui vient d’être annexée devient la préfecture et une deuxième fois le 17 février 1800, par le détachement des cantons de Chamonix, de Saint-Gervais, de Megève, de Flumet et de Sallanches et leur rattachement au département du Léman qui est alors divisé en trois arrondissements, celui de Genève qui reste la préfecture et ceux de Bonneville et Thonon qui deviennent sous-préfectures. Enfin en 1801, le traité de Lunéville confirme définitivement le rattachement de la Rive gauche du Rhin à la République française et précise que c’est par le biais de sécularisation et de médiatisation que les princes allemands lésés seront indemnisés. C’est à la Diète d’Empire qu’il incombe de les indemniser. Ainsi en juillet 1802 l’empereur François II est conduit à convoquer une députation d’empire (Reichsdeputation) à laquelle est soumis un projet de Bonaparte qui a reçu l’assentiment du tsar sur la base duquel est élaboré un recès. Cette même année, Charles-Emmanuel IV abdique laissant le peu de pouvoir qu’il conserve à son frère Victor-Emmanuel Ier. Le 2 décembre 1804, Bonaparte se fait couronner empereur selon la tradition romaine d’origine en marquant bien la suprématie de l’empereur sur le pape (il se met la couronne lui-même que lui remet le pape) et puis il transforme la République cisalpine en royaume d'Italie, se nommant roi d'Italie le 17 mars 1805. Le couronnement a lieu le 26 mai 1805 dans le Dôme de Milan. Ce Royaume d'Italie est un État pré-unitaire italien qui comprend l'Italie centre orientale et une bonne partie du nord avec pour capitale Milan. Un an plus tard, jour pour jour, le 2 décembre 1805, Napoléon remporte la bataille d’Austerlitz contre l’empereur romain germanique François II et celui de Russie Alexandre Ier. Puis début 1806, Napoléon fait pression pour que des ducs Bavière et de Wurtemberg se voient accéder à la couronne royale ayant obtenu de lui en récompense de leur soutien militaire le rattachement de plusieurs territoires à leurs duchés. Ces couronnements accentuent la désintégration de l’empire romain germanique même si l’empereur François II obtient la confirmation de l’appartenance de leurs royaumes au Saint Empire. Le coup de grâce est donné le 12 juillet 1806 quand seize des princes d’empire, dont ces deux nouveaux rois de Bavière et de Wurtemberg, constituent une confédération sous protectorat de l’empire napoléonien. En effet la constitution de cette Confédération du Rhin indique dans son article 1 que la Confédération fait sécession de l’empire. Le lien entre la Savoie et l’Empire est définitivement rompu.

La Savoie retrouvera sa totale indépendance hors de l’Empire Romain Germanique pour 45 ans seulement de 1815, date de la fin du Premier Empire Napoléonien français jusqu’ à 1860 date de sa nouvelle annexion par le Deuxième Empire Napoléonien français.

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